FUSION & EFFUSIONS

Depuis des années, j'écris régulièrement des nouvelles fantastiques que je relis, corrige avant de les laisser dormir au fond d'un tiroir.  Créer, inventer et rêver et puis alors ? Rien ? Pendant quelques mois, ces histoires oubliées, tapées sur une vieille machine à écrire électrique, furent retranscrites sur CD pour dormir de nouveau.

Et puis un jour, j'ai enfin fini par comprendre que les rêves n'attendent pas... Il y a avait toujours enfoui dans un coin de ma tête un explorateur de l'espace, un vampire ou une fée... C'est à ce moment là qu'est née Lilhandra Young, une jeune seelie (fée) déchue qui se trouve propulsée dans le monde des humains ouvert depuis quelques années aux SurNats.

Les aventures de Lilhandra Young, hormis les prologues, ne sont jamais écrits à la première personne pour une simple et bonne raison : ne pas laisser de coté un seul de mes personnages et leur donner, à tour de rôle, une importance cruciale dans le déroulement de l'histoire.

Les Disparus de Central Park met en avant chacun des personnages afin que vous puissiez faire connaissance avec eux et leur façon de voir différemment les mêmes choses mais aboutir à une même conclusion. Parfois...


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ROMAN

LES DISPARUS DE CENTRAL PARK
Les dossiers surnaturels de Lilhandra Young
(titre provisoire)

Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 15:13

Il était près de 14 heures lorsque Terry fit irruption dans la chambre de Lilhandra. Danaé, qui avait pris l’habitude de dormir avec la fée, s’étira longuement avant d’entamer une toilette légère et de filer vaquer à quelques obscures occupations félines.

 

- Lilhandra… murmura Terry.

 

- Hmmm…. Quoi…. Il est temps ? demanda la fée d’une voix éteinte.

 

- Non. Mais je dois prendre des dispositions pour ce soir. Ne m’attends pas, je serais absente tout le reste de la journée. Marat viendra te chercher directement ici. Tiens-toi prête, le soleil se couche à 21h37 ce soir.

 

La jeune fée, dont seules quelques mèches violettes dépassaient de sous la couette, émis un grommellement signifiant qu’elle avait entendu avant de s’enfoncer davantage dans son lit.

 

- Soit prudente… souffla Terry avant de sortir de la pièce.

 

- Toi aussi… répondit Lilhandra.

 

Trois quart d’heure plus tard, la fée émergea finalement de sous la couette. Après un petit tour express dans la salle de bains, Lilhandra s’octroya un solide petit déjeuner. Le plateau chargé d’une grande tasse de café, de muffins, de pancakes au miel et de fruits, Lilhandra se posta devant la télévision. Il lui restait quelques heures à tuer avant que Marat ne vienne la chercher et elle espérait bien en profiter pour se reposer. Attrapant le plan du bâtiment, Lilhandra suivit du doigt encore une fois le chemin qu’il lui faudrait parcourir. 27 mètres dans une gaine d’aération, ça pouvait paraître peu, mais lorsque l’on fait à peine une quinzaine de centimètres, cela prend vite l’aspect du parcours du combattant d’autant que si elle entrait en contact avec les parois, s’en serait fini d’elle. Pour cela, elle avait sollicité l’aide du créateur d’Athanor.

 

Sa mission était simple tout en étant dangereuse. Il lui fallait traverser la gaine d’aération, totalement métallique comme par hasard, pour aller dans la salle où se trouvait l’unité centrale du SRIS. Mission uniquement rendue possible par la taille des gaines, 30 cm de largeur, 20 de hauteur et parce que les grilles les refermant étaient toutes en plastique, réduction budgétaire oblige. Depuis l’épisode du chat, Kévin avait gardé en tête le fait que Lilhandra pouvait se faufiler presque partout et il ne s’était pas gêné pour lui demander cette faveur. Ce que vous pourriez trouver de plus gros là-dedans est de l’ordre d’une souris, vous devriez pouvoir en venir à bout sans problème. Je compte sur vous. Ben voyons ! Une souris ! Comme si elle avait l’habitude de descendre dans l’arène combattre des rongeurs ! Lilhandra esquissa une grimace puis se concentra de nouveau sur le plan. Une fois arrivée au bout de la gaine, un sort de propulsion devrait suffire pour faire basculer la grille de l’autre coté. Il ne lui resterait plus qu’à ouvrir la porte de la salle informatique à Marat qui se chargerait du reste, les serrures électriques n’étant codées qu’à l’extérieur. Le but de cette opération : récupérer certaines informations sans laisser la moindre trace et filer.


Ayant fini jusqu’à la dernière miette de son petit déjeuner, Lilhandra se débarrassa du plateau sur un coin du bar puis se dirigea dans sa chambre, laissant Danaé ronronner au rythme de MTV.

 

Alors qu’elle vérifiait une dernière fois ses vêtements, son attention fut attiré par un objet oblong déposé bien en évidence aux pieds du miroir à paroles. Ce qui semblait être un médaillon disposait d’un tour de cou rigide, comme les précieux bijoux magiques qu’avaient l’habitude de porter les Elfes. Prudemment, Lilhandra le disposa autour de son cou. Le médaillon entièrement en argent ciselé représentant des armoiries elfiques, trouva sa place au milieu de sa poitrine. A peine le bijou avait-il touché sa peau qu’il se fixa à son corps, lui ceignant la taille et le cou à l’aide de tresses d’argent semblant sortir de nulle part. Lilhandra avait déjà vu des gravures de ce genre de médaillons dans La Précieuse Histoire Elfique, un livre plus que centenaire écrit par l’un de ses prédécesseurs de la Grande Apogée. Ces médaillons étaient, à la base, destiné à repousser les sorts d’attaques les plus courants en créant une sorte d’aura magique autour de son propriétaire. Il ne faisait aucun doute que le Mage en avait détourné la fonction. Lilhandra exerça une pression sur le médaillon et celui, rétractant ses tresses argentées, tomba lourdement sur le sol.

 

- Merci Athanor, murmura t’elle en le ramassant et en le déposant avec ses vêtements.

 

Alors qu’elle était sur le point d’aller se laver, son portable se mit à sonner. Un coup d’œil rapide lui apprit qu’il s’agissait de Léonard. Léonard. C’était autant à cause de la mise en garde de Marat que par fidélité à Prentis qu’elle avait refusé de terminer la soirée avec lui la dernière fois. Leonard est un prédateur aussi dangereux que moi, dans un autre registre. La phrase de Marat ne cessait de tourner en boucle dans sa tête depuis. La soirée qu’elle avait passé avec Léonard avait été parfaite jusqu’à ce qu’elle se souvienne des étranges sensations qu’elle ressentait à chaque fois qu’il la touchait. Et elle avait le sentiment qu’il n’était question que de désir. Une boule d’amertume se forma au fond de sa gorge et elle reposa le téléphone sur son bureau. Il fallait peut-être mieux ne pas répondre pour l’instant et rester concentrer sur la mission qu’elle devait accomplir.

 

Après une douche rapide, Lilhandra enfila ses vêtements et ses spartiates. Tant pis si les codes vestimentaires seelies n’avaient strictement rien à voir avec ceux des Humains. Elle avait besoin de se sentir à l’aise. Fixant une petite bourse de velours au bas de son corset, elle y fit glisser le médaillon elfique. Puis, avec des gestes sûrs, elle déverrouilla les sceaux magiques du tube de régénérescence d’Abbyss et se saisit de l’épée à pleine main. Au repos depuis son arrivée dans le Monde Premier, Abbyss étincelait de mille feux comme si elle venait juste d’être forgée. Lilhandra la glissa dans son fourreau dorsal. Puis elle sortit son holster d’épaule ainsi que son SIG. Pas question non plus qu’elle parte en mission sans arme. Les Humains appellent cela de la paranoïa, dans son cas, ce n’était que de la prudence…

 

- Athanor ?

 

Le miroir à paroles se voila et le visage de l’Elfe apparut.

 

- Lilhandra, répondit-il en la saluant d’un hochement, le visage fermé.

 

Elle avait bien conscience qu’il n’était qu’un avatar et qu’il reflétait avant tout les émotions de son créateur, mais elle eut du mal à regarder l’Elfe droit dans les yeux. Fixant son regard sur le plastron militaire de l’avatar, elle déglutit avant de se lancer.

- Je tenais à te remercier pour le médaillon. J’ai bien conscience de son importance pour la famille du Mage, j’ai reconnu les armoiries des Trynn gravées dessus. Je te promets d’en prendre le plus grand soin.

 

- Ainsi tu as reconnu le blason des Trynn… fit Athanor d’une voix douce. Ce médaillon n’appartient pas au Mage et il ne s’agit pas d’un prêt mais d’un cadeau. Mais, ce n’est pas pour le remercier que tu m’as convoqué, je me trompe ? Tu as de peur, n’est ce pas ?

 

- Oui…

 

- Il est encore temps pour toi de faire marche arrière.

 

- Je ne peux pas, Athanor. Il y a un SurNat extrêmement dangereux dans la nature, il tue les nôtres et les dévore pour s’approprier leurs pouvoirs. Si nous ne l’arrêtons pas, qui le fera ?

 

- Alors je ne peux que te souhaiter bonne chance et t’offrir ceci.

 

Athanor tenait dans la paume de sa main une petite sphère de cristal. Il prononça quelques paroles dans une langue que Lilhandra ne comprit pas, de l’Elfe Ancien, probablement. La sphère disparut de la main d’Athanor pour apparaître aux pieds de la fée.

 

- Prends-la avec toi.

 

- Qu’est ce que c’est ? demanda Lilhandra.

 

- Cela n’a pas encore de nom mais c’est avec cela que le Mage a capturé les images de Sidh’Danaan pour te les offrir. Il te suffit de la projeter en l’air pour l’activer. Elle te suivra comme ton ombre et capturera toutes les images autour de toi.

 

- Merci, murmura la fée, touchée par le geste de l’avatar.

 

Brusquement, Athanor se raidit comme aux aguets.

 

- Ce doit être le moment. Il y a un cadavre sur ton balcon.

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Lundi 11 janvier 2010 1 11 /01 /2010 16:09

Terry était déjà couchée lorsque Lilhandra fut de retour à l’appartement. Allongée sur son lit, elle se remémorait le plan d’action définit par Kévin. Il était clair que chaque membre de son équipe était apte à ce genre d’intervention mais elle s’en sentait tout bonnement incapable. Elle n’était pas faite pour cela ! Son domaine, c’était les parchemins et les livres, le savoir et sa transmission. Même si elle avait réagit positivement aux différentes épreuves et entraînements menés par Terry, là il n’était plus question de se faire la main… et la peur qu’elle ressentait était sans commune mesure. Elle avait beau essayer de se remémorer sa fin de soirée avec Léonard, rien n’y fit.

 

Contre toute attente, elle avait obéi à Marat et s’était tenue hors de portée de Léonard. Comme promis, elle l’avait rejoint dans son appartement au dessus du club. Elle avait eu droit à un cours de cuisine privé et s’était délecter du menu qu’ils avaient concocter ensemble. Durant ce laps de temps, elle avait tout oublié : Kévin et ses plans casse-cous, Terry et son entraînement de commando, Matt et sa douleur d’avoir perdu un proche. Bref, elle avait passé une soirée très agréable et Léonard avait même réussi à provoquer chez la fée quelques fous rires mémorables. Mais maintenant qu’elle était seule, tout ce qui avait été dit durant la réunion déferlait dans son esprit comme une lame de fond.

 

Lilhandra attrapa Danaé qui était venue la rejoindre quelques minutes plus tôt et passa ses longs doigts dans son épaisse fourrure. La chatte, tout à son aise, émit une série de ronronnements de grande satisfaction avant de mordiller le bout des doigts de la jeune femme.

 

- Ingrate, murmura Lilhandra tout en continuant pourtant à caresser l’animal.

 

Elle n’avait pas été surprise d’apprendre que Kévin ne l’avait pas incluse dans les interventions que se préparaient. Elle comprenait parfaitement sa position et de toutes façons l’un comme l’autre savait qu’elle n’était pas encore prête. Mais elle ne s’était certainement pas attendue à ce qu’il lui avait demandé. Certes, Marat l’accompagnerait et bien qu’elle aurait préféré la compagnie de Terry ou de Rachel, elle était heureuse de ne pas être totalement seule sur ce coup là…

 

Se levant d’un coup au point que Danaé, qui s’était endormie, émit un crachement de surprise, Lilhandra se dirigea vers la salle de bains. Elle vérifia qu’Abbyss ne manquait de rien avant de se faire couler un bain. Puis, retournant vers sa chambre, elle ouvrit en grand son placard avant de porter son choix sur une tenue ramenée de Sidh’Danaan, une fine combinaison pourpre sortie tout droit des soieries de Erin’tal, cité principale des Elfes et un corset-plastron de dentelle du même ton. Fouillant tout en bas du placard, elle ressortie aussi une petite paire de spartiates et disposa le tout sur son fauteuil. Elle ôta enfin ses vêtements et se glissa dans le bain presque brûlant qu’elle venait de se faire couler. Là encore, elle savourait avec délices la Magie Technologie des Humains. A Sidh’Danaan, les sources chaudes des cascades lactées étaient ce qu’il y avait de mieux pour se détendre et les cavités rocheuses naturelles permettaient à chacun de se trouver un coin tranquille pour profiter de son bain. Mais aucun Seelie n’aurait eu l’idée d’amener l’eau chaude jusqu’à la cité…

 

- Athanor ?

 

La surface du miroir de la salle de bains se troubla et le visage de l’avatar apparut.

 

- Que puis-je faire pour toi ?

 

- J’aimerais que tu me parles d’Alter Mundia et de ce qui s’y passe… La maison me manque de plus en plus…

 

Un sourire chaleureux étira les lèvres de l’Elfe.

 

- Je pensais bien qu’un jour tu aurais ce désir. J’ai bien mieux que cela…

 

Le visage d’Athanor disparut pour laisser place à un paysage qu’elle ne reconnaissait que trop bien : Galaan, le piton rocheux qui marquait le début du territoire des sirènes et au-delà duquel nul pécheur ne devait s’aventurer. Puis, l’image se mit à bouger telle une caméra et enveloppa les alentours de Sidh’Danaan. Pendant presque trois quart d’heure, Lilhandra put revoir sa cité et ses environs : le palais, qui semblait s’être vidé de la joie de vivre qui le caractérisait, le jardin des Délices où une grande variété d’arbres fruitiers avaient été plantés pour le seul plaisir des papilles des Seelies le traversant et la Grande Apogée, l’équivalent sans doute de ce qu’était la grande bibliothèque d’Alexandrie à son époque, et où se trouvaient la totalité du savoir seelie. Puis l’image remonta la grande promenade qui conduisait au forum et au marché public pour ensuite se perdre dans le dédale des petites voies des quartiers résidentiels. Puis l’image devint floue et le visage d’Athanor réapparut.

 

- Par quel prodige le Mage a t’il pu faire cela ? murmura t’elle d’une voix rauque qui trahissait son émotion.

 

- Il a toujours été fasciné par la Magie Technologie des Hommes. Il s’en inspire beaucoup pour créer de nouveaux sorts. Celui-ci s’apparente à ce que les Hommes appellent caméra vidéo, sans le son malheureusement mais il me semble que c’est à l’étude. Apparemment cela t’a plu… Les images ont été capturées il y a un peu plus d’une semaine, après Samain.

 

Pendant un moment, les deux SurNats discutèrent de leurs cités respectives et Athanor transmis à Lilhandra les quelques informations qu’il avait pu obtenir sur le devenir des siens à Sidh’Danaan. Elle apprit ainsi que la plupart de ses amis avaient fini par être relâcher, faute de la preuve d’une quelconque trahison envers la nouvelle monarchie et que Deneft, son maître scribe, le seelie qui lui avait tout appris de l’art des parchemins avaient trouver refuge dans la cité-forteresse de Brag-Nart, chef-lieu des Nibelungen, les Nains du Nord. Quant à son cousin Mitrane et sa cousine Kaaly, les Elfes de la cité d’Actriis, informés par une seelie proche de l’ancien pouvoir, les avaient fait officieusement sortir de Sidh’Danaan et leur avaient offert asile alors que leurs parents avaient été exécutés pour haute trahison. Mais sa plus grande surprise fut d’apprendre que Prentis, son amant, celui à qui elle se destinait, avait rejoint les rangs de Lyssandre et était même devenu, pour l’heure, l’un de ses concubins. Devant la déception plus que visible de la fée, Athanor préféra garder le silence.

 

- Athanor… J’ai besoin d’un conseil, commença Lilhandra au bout d’un moment. J’ai une mission très particulière à effectuer. J’ai pour cela besoin de me rapetisser mais ici, j’ai de grande difficulté à me maîtriser et il se trouve que je vais devoir traverser une canalisation de plusieurs mètres faite de métal toxique.

L’avatar fronça les sourcils.

 

- Quel genre de mission ?

 

- Un cambriolage…

 

Devant la mine déconfite de l’Elfe, Lilhandra entreprit d’informer Athanor des grandes lignes de l’enquête en cours et de l’importance du rôle de l’agence pour arrêter un dangereux SurNat. Elle lui expliqua ensuite les détails de l’opération que Kévin avait mis au point et l’importance qu’il attachait à la réussite de cette mission. Au fil de son histoire, le visage de l’avatar se décomposa.

 

- Si c’est une plaisanterie, Princesse, elle est loin d’être drôle ! Un cambriolage ! Avec un vampire en plus ! Ton art, c’est le parchemin, pas le baroud !

 

Visiblement, Athanor ne désapprouvait pas seulement son coéquipier de mission mais toute l’opération.

 

- C’est pour cela que j’ai besoin des conseils de ton créateur !! Je ne tiens pas à y laisser mes ailes !

 

- Je vais voir ce que je peux faire… Mais ne t’attends pas à ce que le Mage approuve ce que tu t’apprête à faire… S’il peut t’en empêcher, il le fera…

 

- Merci Athanor.

 

Athanor la salua un bref hochement de tête puis son visage disparut derrière un voile de brume. De nouveau, la surface du miroir se troubla avant de reprendre, cette fois, son aspect d’origine.

 

Perplexe, Lilhandra s’enfonça davantage dans l’eau jusqu’à ce que la mousse lui chatouille le menton. Mais qu’est ce qui était passé par la tête de Kévin pour lui faire jouer les monte-en-l’air ! D’accord, avec Marat, elle était la seule à pouvoir défier l’apesanteur et c’est d’ailleurs pour cela que Kévin avait décrété que c’était ce dernier qui devait l’accompagner et personne d’autre. Mais de là à cambrioler les bureaux du SRIS !

 

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Lundi 4 janvier 2010 1 04 /01 /2010 11:25

Rachel n’avait jamais vraiment eu d’affinité avec Lilhandra. SurNat d’origine terrienne, elle n’avait que peu de sympathie pour les arrivants d’Alter Mundia, toutes races confondues. Ils avaient un monde, une culture et pour certains des pouvoirs tels qu’ils pouvaient faire revenir l’Homme à l’âge de pierre. Elle avait toujours considéré comme une erreur de les accueillir à bras ouverts et de leur permettre de vaquer à leurs affaires sur Terre. Il lui semblait évident que la cupidité avait pris le dessus sur la prudence ! Mais la nature humaine était ce qu’elle était… Pourtant, Rachel devait reconnaître que la fée avait du cran même si à l’instant présent, elle n’en menait pas large. Si elle ne s’était pas déjà enfilée au moins un litre de café depuis qu’elles étaient arrivées à son appartement, peut-être que son air faussement détaché aurait pu la tromper.

 

- Vous voulez encore du café, Rachel ? demanda Lilhandra.

 

- Je préfère m’abstenir avant d’avoir dans les veines plus de caféine que de sang… marmonna la changeling. Et cesse donc de me vouvoyer, on n’est pas à la Maison Blanche !

 

- Bien… Mais je vais quand même refaire du café…

 

- Lilhandra, pourquoi es tu venu à New York ? commença Rachel en hésitant.

 

- A l’époque où ma mère régnait sur nos cités, j’ai eu la chance de pouvoir entendre les récits des voyageurs d’entre-les-mondes. Vois-tu, mon… métier, si je puis dire, était de copier et de sauvegarder notre savoir et d’enrichir nos connaissances.

 

- un peu comme les moines copistes avant Gutenberg ?

 

- Euh… oui, on peut dire cela comme ça… Je me suis prise de passion pour ces chroniques de voyage que je recopiais. Au fil du temps, j’ai commencé à me poser pas mal de questions : la guerre avec les vampires était-elle vraiment inévitable ? Pourquoi nous a t’elle poussé à abandonner notre terre natale ? Pourquoi après ce schisme, nos espèces ont-elles évoluées si différemment alors que nous avions partagé tant de siècles ? Pourquoi nous aviez-vous oublié ?

 

- Nous ne vous avons pas vraiment oubliés, rétorqua Rachel, embarrasée.

 

- Non, Vous nous avez rangé dans vos mythes et légendes. Vous avez nié notre existence pour mieux vivre la vôtre. Vous nous avez écrasé dans l’oubli… Mais... J'imagine que nous ne pouvons vous en blâmez, nous vous avions abandonné dans une période funeste et il a suffit d’un homme pour vous faire oublier qui nous étions, pour vous faire renier votre appartenance à la magie.

 

- Je ne comprends pas.

 

- Vous avez préférer donner crédit à une religion qui encensait l’histoire d’un homme qui multipliait les miracles tout en décrétant que la magie était démoniaque. N’est ce pas un peu paradoxal ?


- Parles tu de Jésus, le fils de Dieu ?

 

La fée acquiesça d’un hochement de tête.

 

- Vous avez créé des lois religieuses afin de soumettre les plus faibles d’entre vous à une volonté divine que seuls, certains élus, étaient capables d’entendre. Endoctrinés, vous nous avez renié et pourchassé avant de vous détruire les uns les autres. Vous avez voulu annihiler ceux qui, par amour pour vous, sont restés auprès des Hommes. Et tout cela au nom de quelqu’un qui n’a jamais existé. Et vous vous êtes soumis une religion qui a asservi des milliards d’individus… Vous avez choisi ce que vous appelez le Purgatoire alors que nous vous offrions le Paradis…

 

- Comment oses-tu dire une chose pareille… Je ne peux te laisser dire que Dieu n’existe pas… J’ai grandi dans la foi, il m’a permis de retrouver la paix quand j'en ai eu le plus besoin… Il a sacrifié son fils pour le salut de l’Humanité… La Bible nous a appris à nous aimer les uns les autres et…

 

- Tu parles de Jésus de Nazareth comme d’un homme extraordinaire… Ne vous est-il jamais venu à l’esprit qu’il pouvait être Fae ou bien tout simplement illuminé ? Que cette œuvre littéraire retraçant sa vie n’était rien d’autre que le premier best seller de l’Humanité ? Non, vous avez décrétez qu’il était un Humain sélectionné par une essence divine étrangère à tout ce que vous aviez pu connaître alors…

 

- Alors, durant des siècles, vous nous avez surveillés ? la coupa Rachel, mal à l’aise par le tournant que prenait la conversation.

 

Lilhandra se radoucit. Sans s’en rendre compte, elle avait laissé la passion envahir son discours et il fallut le changement de sujet opportun provoqué par Rachel pour qu’elle en ait conscience. Rougissante, la fée baissa la tête en balbutiant.

 

- Au début, oui. Elfes et Seelies étant les êtres les plus proches physiquement des humains, cette mission était pour nous. Mais contrairement aux Elfes, nous craignions les vampires plus que tout aussi nous faisions notre maximum pour nous tenir à l’écart. Puis vous avez développé une forme d’intelligence très supérieure à la nôtre pour créer vos sociétés de besoins et de consommation et vous avez commencé à empiéter sur la Nature. En faisant cela, vous avez détruits une grande majorité de nos portails. Si nous avons réussi à en sauver quelques uns, nous savions qu’un jour viendrait où nos deux mondes seraient définitivement séparés. Même si cela a pris du temps, nous nous sommes unifiés, toutes races confondues pour mener une action commune contre ce qui serait une coupure irréversible d’avec notre monde natal. C’est à ce moment là que vos SurNats ont décidé de vivre au grand jour. Nous y avons vu un signe du destin et avons profiter de cette occasion pour réapparaître dans vos vies. Nous ne pouvions nous résoudre à perdre les derniers liens qui nous unissaient à vous. Puis la politique est entrée dans la partie et nous avons trouvé des terrains d’entente.

 

- Mais vous avez changé de gouvernement et tu te retrouves expédier chez nous…

 

- Ne te méprends pas, du temps de ma mère, j’étais volontaire pour venir dans le Monde Premier. Mon souhait était de rencontrer vos historiens et tenter d’établir des parallèles dans nos évolutions respectives. Apprendre les uns des autres. Ma mère a perdu son combat. Mais en tant que Quayan Faeryn, je n’ai commis aucun crime contre le nouveau gouvernement aussi ais-je connu la prison plutôt que la mort. Mais je suis de lignée royale et je pourrais exiger un jour un nouveau duel pour reprendre la place qui me revient de droit. C’est pourquoi je suis ici.

 

- Et donc la gratte-papier que tu es se retrouve aujourd’hui dans une unité spéciale. Il n’y a pas à dire, elle a de la suite dans les idées votre nouvelle reine… Et ton pays ne te manque pas ?

 

- Chaque jour un peu plus… répondit la fée à mi-voix.

 

- Pourtant tu sembles très bien t’adapter ici, comme la plupart des tiens d’ailleurs… Tu sembles même plus new-yorkaise que moi, parfois !

 

Lilhandra ne put s’empêcher d’émettre un petit rire sarcastique avant de venir s’asseoir près de Rachel.

 

- Ai-je vraiment le choix ? répondit-elle d’une voix douce cette fois. Je dois m’adapter ou mourir. Crois-moi, si je pouvais rentrer chez moi, je le ferais.

 

- Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, bafouilla Rachel en s’empourprant.

 

Les yeux dans le vague, la jeune fée ne sembla pas prêter attention à la réponse qui venait de lui être faite.

 

- Discuter avec les arbres me manque… Contempler les bans de sirènes au coucher du soleil me manque… Le doux murmure de la rivière argentée, le chant des lyres des prêtresses de Séléna, le parfums des fleurs de miel, la chaleur de la terre, les gens de ma contrée, mes amis… Ma mère, à qui je n’ai pu offrir une cérémonie digne de ce nom… Ecrire et retranscrire des pages entières de notre histoire, de nos civilisations et de nos cultures pour les préserver et les offrir aux générations suivantes… Tout cela me manque à un point que je ne saurais le dire. Et rien ici, pas même votre fabuleuse Magie Technologie, ne me fera oublier tout ça…

 

- Ainsi, c’est ce à quoi nous avons renoncé, selon toi ?

 

Lilhandra hocha la tête en signe d’acquiescement.

 

- Un jour, tu rentreras chez toi…

 

- Oui, mais certainement pas grâce à eux, murmura Lilhandra en pointant son menton vers la porte d’entrée alors que l’interphone venait de retentir.

 

Lilhandra quitta le canapé avec nervosité pour ouvrir la porte.

 

- S’ils m’emmènent, je…

 

- Personne ne t’emmènera… l’interrompit Rachel avec véhémence.

 

- Bien… fit la jeune fée avant d’ouvrir la porte sur deux Seelies aux allures fort peu sympathiques. Un homme et une femme, tous deux vêtus d’un uniforme austère aux différentes tonalités de gris contrastant violemment avec l’étoffe soyeuse dans laquelle ils avaient été taillés, jetèrent un coup d’œil rapide à la pièce avant d’arrêter leur regard sur Rachel puis entrèrent dans l’appartement en s’inclinant respectueusement face à Lilhandra.

 

- Cet entretien est sensé être privé, commença la Seelie. Votre amie humaine pourrait-elle nous laisser seule un moment ? A moins que vous vous sentiez suffisamment en forme pour nous accompagner jusqu’à l’ambassade ? Ainsi, vous pourriez prendre des nouvelles d’Alter-Mundia et de vos proches et, pourquoi pas, ramener quelques produits locaux, nous venons juste de recevoir des fruits des jardins de lumière et…

 

Avant que Lilhandra n’ait eu un le temps de prononcer un mot, Rachel s’était levée pour rejoindre le trio qui n’avait pas bougé de l’entrée, sa plaque de l’AFIS à la main.

 

- Je ne suis pas une amie mais un agent de l’Agence Fédérale des Investigations Surnaturelles à laquelle Lilhandra La Jeune a été incorporée en accord avec le protocole d’aide et d’échange Seelie. Accord que votre nouveau gouvernement n’a toujours pas signer. De ce fait, seule prévaut la loi actuellement en vigueur dans ce monde. Je vous rappelle ainsi que vous n’êtes pas, ici, en territoire Seelie mais Américain. Vos lois et vos requêtes ne peuvent donc en aucun cas surpasser les nôtres. Toutefois, je suis là pour témoigner du bon déroulement de cet entretien réalisé dans le respect de chacun et faire un rapport circonspect à notre gouvernement. C’est que nous tenons à cœur le bien-être et les intérêts de nos alliés Alter-Mundiens placés sous notre protection.

 

Un petit sourire naquit au coin des lèvres de Lilhandra. Qu’avait-elle lu déjà dans le dossier de Rachel ? Ah, oui ! sortie première de sa promotion en droit international…

 

Les deux envoyés de l’ambassade seelie se regardèrent un instant puis l’homme prit la parole.

 

- Nous nous réjouissons de l’intérêt que porte votre gouvernement à cette collaboration entre espèces. Effectivement, il se peut qu’avec les évènements qui ont conduit à un nouveau gouvernement dans notre contrée, la signature de ce protocole d’accord ait pris du retard et que nous nous soyons involontairement déchargés sur vous de la prise en charge des nôtres dans votre monde. Nous en avons conscience et sommes là pour… rectifier le tir, comme vous dites car il se trouve que ma collègue ci-présente a exactement la même mission que vous. De toute évidence, nos gouvernements semblent faits pour s’entendre et nous comprenons la nécessité que cet entretien se déroule sur votre sol et sous votre autorité.

 

- Dans ce cas, permettez à votre Quayan Faeryn de vous offrir le café et quelques pâtisseries. Il s’agit d’une coutume humaine répandu dès lors qu’il s’agit d’accueillir des amis.

 

Soulagée, Lilhandra se dirigea d’un pas alerte vers la cuisine tandis que Rachel invitait les Seelies à s’asseoir. Peu importait les sentiments de Rachel à son égard, elle savait maintenant que cette dernière l’assisterait jusqu’au bout. De plus, elle se félicitait d’avoir pensé à demander à Athanor d’assister secrètement à cet entretien. Lilhandra était certaine, et il le lui avait confirmé, qu’il pouvait identifier ses visiteurs Seelies ainsi que leur affinité politique. Connais ton ennemi, avait conclut Athanor avant de disparaître. Plaçant le pichet de café ainsi que des brownies et des cookies sur un plateau, elle afficha un sourire factice sur ses lèvres avant de faire face aux siens pour la première fois depuis son arrivée. Aussi bête que cela puisse paraître, elle ne se sentait enfin plus seule.

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Lundi 4 janvier 2010 1 04 /01 /2010 11:16

Lyl’Lee et Ted, suivis quelques temps plus tard par Angus et Seamus, étaient revenus à l’agence les bras chargés de documents. Les interrogatoires n’avaient pas donné grand chose. La colocataire d’Elisabeth Clearwater, Ann-Sarah Miller, avait bien confirmé qu’elle était au courant de la nature SurNat d'Elisabeth mais avait juré n’en avoir jamais parlé à quiconque. De plus, elle avait rassemblé tous les papiers personnels de son amie afin que les agents de l’AFIS puissent y trouver d’éventuels indices. Quant à Malcolm Jefferson, un jeune étudiant en informatique, il avait eu la malchance de tomber éperdument amoureux d’une fille qui n’avait d’yeux que pour son boulot et s’était laissé un peu emporté par son enthousiasme. Aussi, le fait qu’il ait repéré un rival potentiel dans le sillage de la sirène, l’avait contraint à passer à l’acte un peu brusquement et à se voir assigner au tribunal avec une interdiction d’approcher la jeune femme à la clé. Cela aurait pu être une piste intéressante si le suspect en question n’avait pas subi une appendicectomie en urgence au moment de la disparition de Brad Dayton. Bref, rien de vraiment concluant ne ressortait de ces interrogatoires à part innocenter les principaux intéressés. Il ne leur restait plus qu’à éplucher de nouveau les papiers personnels de chaque victime afin de trouver un lien qui les unirait.

 

Détaillant les documents par type, ils en auraient pour une bonne partie de la journée ne serait-ce que pour les scanner et lancer une recherche informatique aléatoire de concordances. Noms, numéros de téléphone, factures et devis d’entreprises ou de sociétés, voire même certains prospectus nominatifs, tout serait épluché par un logiciel ultra performant de reconnaissance. Les papiers personnels des trois victimes allaient passer au peigne fin et tous priaient pour qu’il en ressorte quelque chose.

 

De son coté, Shon Nagura disséquait l’aura présumée de l’assassin de Dayton et de Richard selon les recommandations que lui avait donné Kévin. Lorsqu’il l’avait entendu exposer cette piste de travail, il se serait coller des baffes uniquement pour ne pas y avoir penser lui-même. Le spectrophotomètre nucléaire du Centre d’Etude des Espèces Surnaturelles de Washington n’avait pas donné de meilleurs résultats que son spectrophotomètre de masse. Et pour cause ! Obnubilé par la possibilité d’un SurNat d’origine inconnu, il avait complètement zapper l’hypothèse d’un mélange d’auras. Aussi improbable que cela puisse paraître, il fallait bien reconnaître qu’avec le portrait qu’avait tiré le gars du FBI, cette théorie prenait tout son sens.

 

Etalant les deux scanners indéterminés pris sur les lieux des crimes, Shon entreprit tout d’abord de définir les traits communs. En partant de ce principe et en inversant le processus, il lui suffirait de décomposer chaque aura identifiée et d’éliminer l’une après l’autre celles des victimes pour se retrouver avec celle de l’assassin. Simple et efficace. La classification de Willinger ferait tout le travail. Glissant dans l’automate le cliché prit près du lac où furent découverts les restes de Debbie Richard, Shon ne s’attendait pas à avoir les résultats avant deux bonnes heures. Ensuite, il lui faudrait recommencer avec le cliché concernant la disparition de Brad Dayton. Qu’à cela ne tienne ! Il allait mettre ce temps à profit pour perfectionner une ou deux babioles destinées à faciliter la vie de l’équipe sur le terrain. Dans ces moments là, il avait l’impression d’être le résultat d’un clonage entre Inspecteur Gadget et Q, spécialiste des gadgets de l’agent 007. Pour l’heure, il travaillait à l’amélioration des armes que pouvaient éventuellement utiliser Lilhandra en remplaçant toutes les parties contenant du fer par un produit composite aux propriétés quasi identiques. Car contrairement à Terry, qui supportait plus ou moins le fer grâce à sa nature à moitié humaine, Lilhandra pouvait présenter des brûlures graves malgré un contact relativement bref. Shon avait comparé cette allergie à celle que présentaient les vampires avec l’argent et effectué exactement le même travail que sur les armes de Marat en tenant compte de leurs différences.

 

Kévin en était à son dixième coup de fil au moins. Il avait déjà appelé toutes ces personnes et en avait même énervé certaines. Pourtant, malgré plusieurs remontées de bretelles, il n’avait aucunement l’intention de lâcher le morceau. Connu pour sa facilité à écraser quelques pieds en cas de besoin, Kévin s’attendait à ce que le sous-fifre attitré du maire passe de nouveau par la voie hiérarchique pour lui bourrer le mou. Tous attendaient de lui des résultats rapide, probants et conclus dès que possible par une arrestation grandiloquente. Lui-même s’impatientait. D’une part parce que la situation s’était passablement compliqué dès lors que l’un de ses agents était directement touché par l’enquête. Ensuite, parce qu’ils étaient à deux doigts de trouver quelque chose d’important. Il le sentait. Ils avaient un indice entre les mains dont ils ne soupçonnent pas encore l’importance parce qu’ils ne l’avaient pas encore identifié. Il en était convaincu. Parce que sinon, ils étaient foutrement dans la merde !

 

Pour la troisième fois depuis le début de l’affaire, Kévin appela Steve Barnett, son homologue du SRIS. Si l’une des victimes, peut-être même les trois avec un peu de chance, avait fait des démarches administratives particulières, déposé une requête ou demandé un permis quelconque, il fallait qu’il le sache surtout si cela pouvait faire avancer l’enquête. Barnett, qui ressemblait toujours autant à un maxi doonut et était imprégné de son amabilité coutumière, n’était pas disponible et c’est de nouveau avec son assistant Dirk Mendel qu’il du négocier son besoin urgent d’informations. Comme la dernière fois, celui-ci se confondit en excuses et assura Kévin de l’entière coopération de son service en lui promettant de lui faxer ces informations dans le courant de la journée.

 

Et comme si tout cela ne suffisait pas, il lui fallait aussi tenir le rôle de baby sitter ! Malgré toute l’affection qu’il avait pour la fée, il fallait bien reconnaître que son arrivée à l’AFIS avait généré un beau bordel ! Et pour couronner le tout, le gouvernement seelie avait manœuvré avec une telle dextérité qu’il se retrouvait avec un agent actif à protéger de sa propre espèce sous peine de déclencher un incident diplomatique sans précédent ! Il avait volontairement évoquer avec dérision la convocation dont Lilhandra avait fait l’objet mais il n’aimait pas du tout la tournure que prenait les choses. Apparemment, il avait surestimé la patience de la nouvelle souveraine seelie quant à la longévité de Lilhandra… Il allait falloir qu’il se montre extrêmement prudent. D’une part parce que pas mal de politiciens n’attendaient qu’une occasion pour démanteler l’AFIS, jugeant inacceptable et pernicieux que des SurNats potentiellement dangereux soient intégrés au système judiciaire humain. Ensuite parce que la diplomatie étant déjà une science particulièrement conjecturale entre humains, elle revêtait un aspect autrement plus complexe entre races différentes dotées de pouvoirs surnaturels. Depuis la nuit des temps, l’Homme avait toujours eu tendance à détruire ce qu’il appréhendait plutôt que de chercher à le comprendre. Cependant, cette fois, la race humaine n’était plus tout en haut de l’échelle alimentaire et faisait même figure d’outsider sur liste complémentaire… Kévin se savait donc attendu au tournant avec ce premier gros dossier. Et puis il y avait Matt et sa meute de loups enragés… Non, décidément, il fallait vraiment marcher sur des œufs avec cette affaire et ce n’était pas sa plus grande spécialité même s’il ne s’en sortait pas trop mal d’autant qu’ils avaient identifiés la probable prochaine victime.

 

Avoir dépêché Terry à sa protection avait été une évidence, Kévin savait parfaitement que la cible serait en parfaite sécurité le tout était qu’il ne fallait pas que cette surveillance soit trop longue. D’abord parce qu’il avait besoin de tous ses effectifs pour mener une intervention dès que possible et aussi parce qu’une cible se lasse vite des pratiques de sécurité contraignantes et devient peu à peu moins prudente ce qui pouvait mettre sa vie en danger tout autant que celle de l’agent que la protège.

 

- J’ai quelque chose ! hurla Ted Chelsea.

 

Aussitôt, tous se ruèrent vers son bureau, l’encadrant comme pour une photo de famille… le sourire en moins.

 

- Très bien, le bleu ! crache le morceau ! rétorqua Kévin.

 

- Toutes les victimes ont répondu à une offre d’essai pour NY-Câble, un nouvel opérateur de chaînes câblées. Cette offre, valable quinze jours, date d’il y a un peu plus de deux mois. Et toutes les victimes ont contractés un abonnement d’essai durant ces quinze jours.

 

- N’est ce pas l’opérateur télé de Dayton ?

 

- Si mais il y a certainement beaucoup de gens qui ont répondu à cette offre… répliqua Raven.

 

- Oui, mais la publicité indique qu’un technicien se déplace gratuitement au domicile des nouveaux abonnés pour brancher le décodeur et faire les tests adéquats. Je viens de demander à la société NY-Câble les noms des techniciens qui se sont déplacés au domicile de Clearwater, de Dayton et de Richard. On ne devrait plus tarder à les avoir.

 

Alors que Ted Chelsea se noyait dans ses explications, le vrombissement d’une imprimante l’arracha à ses réflexions. Un saut, il récupéra la feuille encore chaude et la parcouru le sourire aux lèvres.

 

- Bingo ! Deux pistes valent mieux qu’une ! Nos trois victimes ont aussi toutes eu, à un moment donné, le même opérateur téléphonique pour leur portable. Pas forcément au même moment certes mais il ressort une période ou Clearwater et Dayton y ont été abonné en même temps tandis que Richard venait de changer d’opérateur… Or nous savons que ces sociétés gardent un fichier de leurs anciens clients pour des racolages ponctuels.

 

Dites-moi, Chelsea… Deux pistes, ce n’est pas une de trop ? railla Kévin.

 

- Pas si l’on considère que l’on a une chance sur deux d’arrêter l’assassin dans les quarante huit heures…

 

- Mais cela veut aussi dire monter deux opérations en parallèle. Je n’ai pas les moyens en hommes d’un tel déploiement. A moins que… Rassemblez-moi toutes les informations recoupant ces deux possibilités : interventions téléphoniques ou à domicile, noms des techniciens, sondages, etc… Je veux connaître tout des échanges entre ses sociétés et ses clients. Ensuite, dès que notre fouine samouraï aura les résultats de ses analyses, je veux tous vous voir en salle de réunion… Même les absents !

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /2009 14:53

Les deux véhicules banalisés quittèrent le parking de l’agence en même temps. Alors que Lyl’Lee et Ted Chelsea iraient interroger la colocataire d’Elisabeth Clearwater, Angus et Seamus se chargeraient de Malcolm Jefferson, l’amoureux transit.

 

Les interrogatoires n’avaient jamais été le point fort de Terry et elle remerciait intérieurement Kévin de s’en être souvenu. Si sa patience pouvait être phénoménale lorsqu’il s’agissait de traquer une cible, elle devenait toute relative lors d’interrogatoires et elle ne parvenait pas à oublier qu’il y a quelques mois, un SurNat extrêmement dangereux avait été remis en liberté du fait de sa négligence. Conscients l’un comme l’autre de la dangerosité de l’individu, il avait fallu l’effacer sans que cela puisse être rattaché d’une façon ou d’une autre à l’AFIS. Terry était coutumière de ce genre de missions qu’elle réalisait auparavant pour la CIA mais Kévin ne l’avait pas entendu de cette oreille. S’il l’avait couverte lors de cette bavure, Kévin ne lui avait plus jamais confié d’interrogatoires, qu’il s’agisse de suspects ou de témoins. Cependant, Terry ne s’en portait pas plus mal. A chacun son boulot et force était de reconnaître qu’elle n’était pas spécialement polyvalente…

 

Kévin avait officiellement blackboulé Lilhandra de l’enquête et elle côtoyait la fée depuis suffisamment longtemps maintenant pour savoir que cela ne lui avait pas plus du tout. Mais ce qui l’ennuyait par dessus tout, c’était cette convocation bidon pour un contrôle d’intégration par l’ambassade seelie. Les conditions dans lesquelles étaient arrivée Lilhandra étaient plus que délicates. Aussi espérait-elle que Lilhandra jouerait le jeu pour le bien de toute l’équipe. Kévin avait pris les choses en main cette fois. Par contre, il y avait fort à parier qu’à compter de cette visite, la fée traînerait systématiquement une ficelle derrière elle. Kévin n’avait pas donné d’autres informations, il était donc clair que le gouvernement seelie garderait plus ou moins ses distances avec le Monde Premier tant qu’il n’aurait pas réussi à se débarrasser de Lilhandra. S’il y avait un moyen de mettre fin à cette mascarade politique dans les règles de l’art, Kévin finirait par le trouver, même si cela prenait du temps. Parce que sous ses airs de bourrin se cachait un fin diplomate qui s’ignorait.

 

Sa mission du jour : contacter le maître de la ville. Là aussi Kévin avait eu le nez creux. Même si cela faisait près d’un an qu’ils ne s’étaient plus adressés la parole, il avait gardé en mémoire la brève liaison qu’elle avait eu avec le maître-vampire de New York : Dylan Donovan. Il fallait bien lui reconnaître une chose : c’était un vampire de parole. Comme elle l’avait exigé, il n’avait plus jamais interférer dans sa vie. Toutefois, Terry était nerveuse à l’idée de devoir reprendre contact avec lui. Non pas qu’il lui manquait ; ils avaient presque été sur le point de s’entretuer mais force était de constater qu’elle avait toujours aussi peur de lui.

 

Contrairement à une grande majorité de vampires qui donnaient dans le business nocturne par facilité, Dylan Donovan, lui, faisait dans l’œuvre d’art. Il possédait plusieurs galeries de renom que sa principale servante, Bella Hathaway, une quinquagénaire de la haute société américaine, gérait pour lui d’une main de maître. Il était aussi le mécène d’une bonne centaine d’artistes d’avant-garde à travers le globe, ce qui lui permettait d’alimenter ses galeries en œuvres originales et de satisfaire l’égocentrisme des collectionneurs privés prêts à mettre le prix fort pour une œuvre tendance. L’image des vampires de New York s’était grandement améliorée depuis qu’il dirigeait la ville. Ses actions culturelles et les divers dons qu’il faisait à la ville y étaient certes pour quelque chose, mais son charme faisait facilement cinquante pour cent du boulot. La maxime une main de fer dans un gant de velours semblait avoir été écrite pour lui. Après tout, comment un être doté d’yeux d’un bleu plus limpide que l’eau pure, de longues boucles blondes à en faire pâlir Nelly Olson et d’un physique androgyne pouvait-il appartenir à une espèce maléfique ?

 

Pourtant, Terry l’avait vu à l’œuvre et plus d’une fois. Et le gant de velours n’était véritablement qu’une façade. Cruel et respecté car altruiste. C’est ainsi que Dylan Donnavan était perçu par les autres vampires. Et pas seulement par ceux de New York. Il pouvait être aussi cruel qu’ensorcelant. Pire. Le décalage qui existait entre ce qu’il paraissait être et ce qu’il était réellement suffirait à le faire entrer dans le panthéon des psychopathes. Pourtant, il y avait toujours eu en lui suffisamment de force pour ne jamais franchir la ligne rouge qui sépare le guide avisé du dément. Même Marat qui n’était pas connu pour être un enfant de chœur, filait droit lorsque Dylan était dans les parages. C’est dire l’ambiguïté du personnage !

 

Dans la ville la plus embouteillée du monde, le ralentissement de la circulation allait crescendo. Bientôt, il ne serait plus question de ralentissement mais de stagnation. La galerie Hathaway n’était plus qu’à quelques mètres aussi Terry décida t’elle de se garer et de poursuivre son chemin à pied. Dans un réflexe, elle lissa son pantalon ainsi que les manches de son tailleur puis vérifia que sa veste dissimulait parfaitement son holster d’épaule. Lorsqu’elle se surprit à faire ces gestes, elle ne put empêcher un rire sarcastique de franchir ses lèvres. Bella Hathaway lui faisait toujours l’effet d’une belle-mère éternellement insatisfaite qui ne lui pardonnerait jamais d’avoir quitté celui qu’elle considérait comme son propre fils même si ce dernier avait près de deux siècles de plus qu’elle ! L’entretien promettait d’être sympathique !

 

- Bonjour. Puis-je vous être utile ?

 

- Bonjour. Bella Hathaway n’est pas là ? demanda Terry, surprise d’entendre une voix masculine surgir de derrière le comptoir de verre qu’avait toujours occupé la Margaret Thatcher des galeries d’art.

 

Un homme élancé de type méditerranéen et au regard d’ébène, s’avançait, tout sourire. Ses longs cheveux noirs et ondulés, disciplinés à grand renfort de cire parfumée, étaient maintenus vers l’arrière en catogan et son bouc était taillé avec précision. Ses mains, soignées et manucurées, arboraient une chevalière en or à chaque annulaire. Sur l’une d’elles, Terry reconnut tout de suite le sceau de Dylan, une fleur d’aubépine. L’autre chevalière représentait ce qui lui semblait être un symbole arabe. Enfin, une épingle de cravate représentant un griffon d’or parachevait le tableau. Tout, que cela soit dans sa tenue vestimentaire ou bien dans sa façon de se tenir, montrait que Terry avait affaire à un homme extrêmement raffiné.

 

- Et à qui ai-je l’honneur ?

 

- Terrence Jackson. J’ai été très proche de monsieur Donovan, il fut un temps…

 

- Oui. J’ai entendu parlé de vous, mademoiselle Jackson. Malheureusement, madame Hathaway a du se retirer de la vie publique pour raisons de santé. Mais si vous le désirez, je peux lui transmettre un message.

 

Un problème de santé ? Des nèfles ! La bonne santé d’un Serviteur est étroitement liée à celle de son Maître ! Ou bien Dylan avait changé de serviteur, ce qui est extrêmement rare chez un vampire ou alors le Maître de la ville avait changé de politique intérieure… Dans les deux cas, ce n’était pas très bon signe… Pour la première fois, Terry regrettait de n’avoir pas conservé le numéro de téléphone privé de Bella Hathaway.

 

- Ce n’est pas la galeriste que je suis venue voir, mais la Servante…

 

- Ah… Je vois… Si vous avez besoin de faire passer un message au Maître, je peux parfaitement m’en charger…

 

- Et vous êtes ?

 

- Oh… Je suis navré, je manque à tous mes devoirs. Je suis Hassan al Sharakhan, archéologue spécialisé dans les civilisations du Moyen-Orient et historien d’art, pour vous servir… fit-il en s’inclinant profondément face à Terry.

 

- Dans ce cas… Voici le message : le serviteur du maître doit se mettre à l’abri sans plus attendre jusqu’à ce que le prédateur soit intercepté. Je ne peux malheureusement pas en dire plus sans compromettre le travail de l’AFIS. Mais le Maître est habitué à ma façon de procéder.

 

- Hmmm… Ce n’est pas de bon augure…

 

- Non, effectivement. Il faut impérativement que ce message lui soit délivré le plus rapidement possible et que son Serviteur se montre extrêmement vigilant en acceptant, par, exemple un peu de compagnie diurne…

 

- Mademoiselle Jackson, le Serviteur en question en serait tout à fait ravi…

 

 

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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PROFIL

  • : Kara LORIS
  • LES DOSSIERS SURNATURELS DE LILHANDRA YOUNG
  • : www.myspace.com/karaloris

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