FUSION & EFFUSIONS

Depuis des années, j'écris régulièrement des nouvelles fantastiques que je relis, corrige avant de les laisser dormir au fond d'un tiroir.  Créer, inventer et rêver et puis alors ? Rien ? Pendant quelques mois, ces histoires oubliées, tapées sur une vieille machine à écrire électrique, furent retranscrites sur CD pour dormir de nouveau.

Et puis un jour, j'ai enfin fini par comprendre que les rêves n'attendent pas... Il y a avait toujours enfoui dans un coin de ma tête un explorateur de l'espace, un vampire ou une fée... C'est à ce moment là qu'est née Lilhandra Young, une jeune seelie (fée) déchue qui se trouve propulsée dans le monde des humains ouvert depuis quelques années aux SurNats.

Les aventures de Lilhandra Young, hormis les prologues, ne sont jamais écrits à la première personne pour une simple et bonne raison : ne pas laisser de coté un seul de mes personnages et leur donner, à tour de rôle, une importance cruciale dans le déroulement de l'histoire.

Les Disparus de Central Park met en avant chacun des personnages afin que vous puissiez faire connaissance avec eux et leur façon de voir différemment les mêmes choses mais aboutir à une même conclusion. Parfois...


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ROMAN

LES DISPARUS DE CENTRAL PARK
Les dossiers surnaturels de Lilhandra Young
(titre provisoire)

Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /2009 14:26

Confortablement installée dans un coin discret du restaurant, son dossier ouvert à plat sur la table, Lilhandra avait les yeux dans le vague. Avec ses portes sculptées issues d’un ancien palais, ses lanternes en verres colorés et ses longues tentures de soie, le Devi était le genre d’endroit que les humains à la recherche d’un dépaysement total affectionnaient tout particulièrement. Pour le coup, le choix de dîner en Inde au cœur même de New York appartenait à Trish O’Leary, plus connu par Lilhandra sous le nom de Tryss la Vagabonde. Lilhandra avait bondi de joie quand, la veille, elle avait reçu un mail de sa part lui fixant rendez-vous dans ce restaurant. Non seulement, elle allait revoir enfin l’une de ses congénères mais elle était aussi à quelques rues du quartier général de Marat, un night-club gothique, où elle était sensée se rendre dès le crépuscule naissant afin de faire part au vampire des directives de Kévin. Non pas que cette mission l’enchante tellement mais vu son peu d’expérience en tant qu’agent fédéral, agent de liaison était encore ce qu’elle pouvait faire de mieux.

 

Tryss la Vagabonde lui avait laissé un message sur son Blackberry comme quoi elle aurait une heure de retard mais Lilhandra n’en avait pris connaissance qu’une fois sur place. En attendant l’arrivée de sa congénère, elle compulsa encore une fois les nouveaux éléments du dossier Dayton tout en grignotant des mini naans au fromage avec son jus de fruit. De nouveau, une série de frissons remontèrent le long de sa colonne vertébrale. Brad Dayton était mort. Raven avait indiqué durant le briefing qu’Hannibal était entré en contact avec son âme et qu’au moment même où elle parlait, Rachel, sous sa forme d’aigle, survolait l’Est River Park à la recherche du corps et une équipe d’experts scientifiques l’accompagnaient. Ce qu’ils avaient trouvé dépassait toute imagination. En tout cas, la sienne et elle n’était pas près d’oublier cet après-midi là.

 

A peine l’équipe s’était-elle installée autour de la table de réunion que Rachel avait fait son apparition. En silence, elle avait déposé les premières conclusions du médecin légiste devant Kévin et s’était installée au fond de la salle. Après une lecture rapide des documents, Kévin avait pris la parole et annoncé à tous que les restes du corps de Brad Dayton venaient d’être retrouvés sur les bords de l’Est River Park. Lorsque Lilhandra avait fait part de son étonnement quant à la façon dont Kévin parlait de la dépouille du défunt, elle n’avait pas imaginé une seule seconde ce qui l’attendait. Et lorsque Kévin lui avait répondu sans ambages que le corps de Brad Dayton, sans jeu de mots, n’avait plus que la peau sur les os, la jeune seelie avait brusquement pâli tandis que ses entrailles jouaient à saute-mouton dans son abdomen. Déglutissant péniblement, elle s’était collée au fond de son siège, tentant de réprimer la nausée que l’évocation de l’état du cadavre avait fait naître. Le reste de l’équipe, quant elle, avait avalé la nouvelle sans broncher. Pourtant une question tournait en boucle dans la tête de chacun d’eux : s’il ne restait vraiment que les os et la peau de Brad Dayton, où était passé le reste ?

 

Mais ce qui était tout aussi choquant pour elle était la surprenante découverte qu’avaient fait Kévin et Lyl’Lee dans le Nebraska. Lilhandra ne parvenait pas à comprendre que l’on puisse renier à ce point sa nature. Brad Dayton était ce que les humains appelaient un changeling. Pour les seelies, il était un changeforme et pas n’importe lequel. Un chat. Les seelies respectaient ces félins qui étaient aussi appelés mangeurs de chagrin car ils avaient la faculté d’absorber les sentiments négatifs comme la peine ou l’amertume. Aussi, lorsque des enfants seelies naissaient changeformes et devenaient félins, il s’en suivait une fête grandiose dès le lendemain de leur première transformation. Mais Kévin avait soulevé une seconde interrogation : le tueur en avait-il après l’homme ou après le changeforme ? D’autant que le secret de Brad Dayton était partagé avec au moins une personne. Matt et Rachel avaient ramené de l’appartement de Dayton un album de photos consacré à Félix, la forme animale du disparu. Si la majorité d’entre elles étaient des photos prises en famille dans la ferme familiale des Dayton, les autres, plus récentes, avaient été faites lors de concours félins ou dans un lieu privé. Pourtant, ce n’était pas tant les photos qui étaient intéressantes mais plutôt celui ou celle qui les avait prises… Donc, troisième question : qui d’autre que sa famille savait que Brad Dayton était un changeforme ? Cette question trouva rapidement une réponse grâce à une réflexion pertinente du vampire. Cherchez la femme, avait-il dit. Et avec son cynisme habituel, il avait démontré que les photos avaient été prise par une femme grâce à l’ombre de celle-ci reportée sur une surface plane en arrière plan sur l’une d’elles. Il fallait l’œil d’un vampire pour la voir et l’arrogance de Marat pour se targuer avec ironie d’une telle découverte. Une fois de plus, cela avait eu le don de foutre Kévin en rogne et celui-ci avait carrément demandé au vampire s’il ne voyait pas aussi le nom de cette femme en bas de la photo. Des fois que… Pour la divination vous devriez plutôt voir avec Raven, lui avait répondu Marat avec flegme.

 

La situation aurait certainement dégénérée une fois de plus si, dans un même élan, Matt et Rachel n’avaient pas désigné d’une seule voix la voisine de palier de Brad Dayton. Rebecca Travis. La vue perçante de Rachel avait recalibrée en trois dimensions l’une des photos de l’album et il lui était apparu évident que la pièce où elle avait été prise était l’exacte réplique du salon de Dayton mais avec une décoration différente. De plus, Teresa Sanchez avait insisté sur le fait que cette fameuse Madame Travis était prête à adopter le chat de ce dernier s’il était retrouvé…

 

Du coup, les ordres de Kévin furent simples : interroger une nouvelle fois Rebecca Travis et lui mettre la pression si nécessaire, reprendre les dossiers du FBI avec l’aide de l’agent Chelsea en mettant l’accent sur les disparitions de SurNats, trouver ou plutôt flairer des pistes olfactives à partir de l’endroit où avait été abandonner le corps - un boulot pour les loup-garous et les vampires avec Terry comme arbitre, des fois que les deux espèces aient encore une fois envie de se bouffer le nez. Les fouines du laboratoire, quant à elles, furent chargées de redéfinir les résultats du SAM-2 en prenant en compte l’aura changeling de Dayton. Comme l’avait justement évoqué Kévin, le meurtrier avait peut-être agit seul en fin de compte.

 

Quant à elle, elle avait hérité de la délicate mission de centraliser et de synthétiser les informations émanant de chacun puis de faire la liaison entre les différents groupes de travail. Lilhandra avait été sur le point de protester quand Terry lui rappela la raison particulièrement évidente de son arrivée chez les humains et qu’il valait peut-être mieux qu’elle se montre prudente tant qu’elle n’était pas capable d’assurer elle-même sa potection. Cet enfoiré va recommencer… avait conclut Kévin pour boucler le briefing.

 

- Intéressante lecture ?

 

Lilhandra leva le nez de son dossier. Tryss la Vagabonde se tenait debout, magnifique avec ses longs cheveux roux et bouclés tombant en cascade sur ses épaules dénudées. Son glamour était des plus simples : Tryss s’était contentée de modifiée la couleur de sa peau et de ses cheveux, bleus à l’origine et d’arrondir la pointe de ses oreilles. Tout le reste, sa silhouette, sa taille ou la forme de son visage était resté à l’identique. Une peu plus grande que Lilhandra, elle arborait une longue robe bustier noire et un boléro en fausse fourrure vert émeraude. Lilhandra se leva d’un coup et entreprit la révérence due à tous dignitaires de la cour quand la main de Tryss se posa fermement sur son bras pour l’en dissuader.

 

- Nous sommes chez les humains… Et toute aînée que je sois, je n’ai jamais fait partie de la cour.

 

- Parce que vous ne le vouliez pas… Je suis si heureuse de vous revoir, lança Lilhandra dans un grand sourire enthousiaste.

 

- Tu sembles t’adapter assez facilement à la Magie Technologie… Je ne pensais pas avoir de tes nouvelles aussi vite. Ton message m’a ravi mais ce que tu me demandes n’est pas sans risques. Et je ne parle pas seulement de moi… continua Tryss.

 

- Je sais que ce que je vous demande est périlleux mais je ne le ferais pas si ce n’était pas absolument nécessaire…

 

- J’en ai conscience. Mais peut-être n’as tu pas pris toute la mesure de ton exil et j’espère que tu ne fais pas cela dans le but d’une vengeance… Tu ne fais pas le poids… Lyssandre a de grands pouvoirs…

 

- Non. Mon unique souci, pour l’instant, est de survivre ici avant d’envisager quoi que ce soit sur Alter Mundia… Mais pour cela, j’ai besoin de récupérer Allaly et le tube de régénérescence d’Abyss.

 

A l’approche d’un serveur venu prendre leur commande, les deux jeunes femmes se turent, se concentrant sur le menu qui défilait devant leurs yeux.

 

- Je… Je ne sais pas quoi prendre, commença Lilhandra, perturbée par cette interruption.

 

- Permets-moi de choisir à ta place. Les crevettes de Goa sont excellentes et le riz est un accompagnement très parfumé, tu verras.

 

Puis, se tournant vers le serveur, Tryss énonça sa commande avant de reprendre la conversation où elle avait cessé.

 

- Allaly a été détruit dès ton emprisonnement et la cour a décrétée que chaque nouveau miroir à paroles construit devait être dorénavant systématiquement déclaré auprès du Ministère de la Sûreté qui est dirigé Naguir, le mage noir de la reine. Il en est d’ailleurs de même pour tous les objets liés à la magie… Elle assure ainsi sa position en contrôlant la diffusion d’informations et en listant tous les propriétaires d’objets magiques. Crois-moi, la liberté individuelle a nettement perdue de sa saveur à Sidh’Danaan…

 

Lilhandra accusa le coup. Une boule venait de se former dans le creux de son estomac et des larmes coulaient maintenant le long de ses joues. Allaly était son miroir à paroles possédant un avatar doué une intelligence artificielle implantée par magie. Mais surtout, c’était une compagne au quotidien depuis sa plus tendre enfance. Apprendre sa destruction était pour elle comme l’annonce de la mort d’un proche. Mais plus prosaïquement, sans miroir à paroles, elle n’était plus seulement coupée de sa patrie mais aussi de tous les autres seelies, qu’ils se trouvent sur le Monde Premier ou sur Alter Mundia. Cependant, elle se félicitait tout de même d’avoir réussi à soustraire Abyss aux confiscations qu’elle avait subie avant son départ d’Alter Mundia.

 

- Mais…, reprit Tryss, j’ai trouvé une autre alternative pour l’obtention d’un miroir à paroles. Seulement il te faudra accepter d’en payer le prix.

 

- Comment avez-vous fait ?

 

- J’ai pris contact avec un mage-guerrier de la noblesse elfique. Une ancienne connaissance de ta famille. Il s’est engagé à te fabriquer un miroir à paroles si de ton coté, tu respectes un accord que ta mère a passé autrefois avec sa famille.

 

- Quel type d’accord ? demanda Lilhandra, perplexe.

 

- Je n’en ai pas la moindre idée mais il m’a assuré que c’était dans tes moyens.

 

- Soit… J’ai vraiment besoin d’un miroir à paroles. Mais il doit comprendre que je ne suis pas en odeur de sainteté à Sidh Danaan et qu’il devra peut-être attendre longtemps avant que je puisse honorer la parole de ma mère.

 

- Il en a parfaitement conscience et m’a demandé de te dire qu’il t’apporterait son aide dans la mesure de ses possibilités. Tryss marqua une pause, cherchant apparemment ses mots.

 

- Lilhandra, tout cela doit impérativement rester entre nous. Le concept de haute trahison est de nouveau fort à la mode à la cour et des têtes tomberont si notre conversation venait à être rendue publique… conclut Tryss avec force.

 

- Je comprends parfaitement. Mais je dois mettre Terry au courant, je vis chez elle.

 

- C’est hors de question ! Débrouille-toi pour qu’elle s’absente la nuit prochaine. Le miroir sera prêt. Quant à ton tube de régénérescence, je l’ai déjà récupéré. Il est ici, à New York, en sécurité. Je te livrerai tout cela demain soir.

 

Le serveur revint avec les commandes puis leur servit du thé à la menthe avant de s’effacer de nouveau. Tandis qu’elle dégustait son plat, Lilhandra ne put s’empêcher de poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis plusieurs minutes.

 

- Qui est-ce ?

 

- Qui donc ? répondit Tryss innocemment.

 

- Ce mage-guerrier ! Qui est-ce ? demanda Lilhandra avec ferveur.

 

- Je suis désolée mon enfant. Il m’a fait promettre de ne pas révéler son identité. Question de sécurité, tu comprends ?

 

Lilhandra ravala sa déception avant de piquer une crevette du bout de sa fourchette et de la porter distraitement à sa bouche.

- C’est bon, n’est ce pas ? Cette cuisine est originaire d’une partie du Monde Premier en voie de développement, fit Tryss avec passion. J’ai visité cette contrée il y a déjà plusieurs années. Je suis curieuse de voir comment elle a évolué depuis… Alors, et toi, comment cela se passe t’il avec tes nouveaux amis ?

 

Sans savoir pourquoi, Lilhandra se remémora l’épisode embarrassant qui s’était déroulé devant l’ascenseur en présence du vampire quelques jours plus tôt et rougit sans pouvoir s’en empêcher.

 

- Oh… Et bien… Mieux que je m’y attendais dans une unité comme celle-là compte-tenu de mes antécédents… Je ne me suis pas encore fait bouffée ou débitée en petits morceaux et ma colocataire est une tueuse d’élite passionnée qui m’apprend le métier avec amour et qui vient de m’offrir un SIG-2022 avec tous les accessoires qui vont avec en cadeau de bienvenue… Non, vraiment, je ne vois pas ce que je pourrais exiger de plus !

 

Tryss éclata d’un rire cristallin avant d’engloutir une cuillérée de son gâteau de semoule.

 

- Et bien… Tu sais maintenant ce que les humains entendent par reconversion !

 

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /2009 14:23

Il était tout juste dix neuf heures lorsque Hannibal entama la préparation de la cérémonie rituelle. L’heure n’avait aucune importance dans le rituel mais Hannibal avait tenu à le faire dès qu’il avait quitté les locaux de l’AFIS. L’idée qu’appeler une âme ou bien relever un mort ne pouvait se faire qu’en pleine nuit, et si possible à minuit pile, relevait du folklore mais il fallait reconnaître que la disparition de l’astre solaire semblait faciliter les contacts d'outre-tombe.

 

Hannibal mettait la dernière touche à la cérémonie rituelle qui permettrait d’entrer en contact avec l’âme d’un défunt. Il observa une dernière fois la console en vieux chêne qui lui servait d’autel et vérifia que tout était bien à sa place. Il fallait impérativement que tout soit prêt avant de commencer. Déjà parce que cette cérémonie allait lui demander de mobiliser beaucoup d’énergie mais surtout, parce qu’une fois commencée, elle ne devait en aucun cas être interrompue. Et seul un nécromancien suffisamment puissant pouvait arriver à bout d’un rituel à la durée complètement aléatoire.

 

Raven se tenait au fond de la pièce, silencieuse. Le sol du garage avait été creusé afin de construire cette petite pièce totalement close dont on pouvait accéder par une trappe métallique. Elle servait principalement à Hannibal qui avait souvent besoin d’une obscurité presque complète pour officier et le fait de se trouver sous terre lui permettait d’invoquer plus facilement les morts. Raven, elle, pratiquait en pleine nature. Elle n’était pas nécromancienne mais elle savait que ce rituel demandait beaucoup d’énergie à celui qui l’invoquait. Tout ce qu’elle pouvait faire, c’était être là, et en cas de besoin, pour coupler son énergie à celle de son mari si nécessaire. Mais ce qui l’inquiétait davantage était qu’il faille répéter ce rituel jusqu’à ce que l’âme de Dayton apparaisse à Hannibal.

 

Hannibal alluma les deux candélabres disposés de part et d’autre de la table puis éteignit le plafonnier. Déposant au fond d’une large coupelle en argent les quelques cheveux de Dayton récupérés lors du passage de Lyl’Lee et de son équipe au domicile de la victime, Hannibal saupoudra le tout avec une pincée de jusquiame séchée. Puis, saisissant son athamé, il s’entailla l’avant-bras, laissant couler quelques gouttes de sang dans la coupelle. Totalement immobile devant l’autel, ses deux mains entourant la coupelle, Hannibal psalmodia les paroles rituelles. Il devrait les répéter jusqu’à ce que l’âme de Dayton se manifeste. Cela pouvait prendre quelques minutes si celle-ci était déjà libérée de son corps ou bien plusieurs heures, voir plusieurs jours dans le cas contraire. Malheureusement, la réussite de ce rituel ne dépendait que de la mort de Dayton.

 

Ce n’est qu’au bout de six heures, que le premier contact se fit. Bien qu’Hannibal était à bout de force, balbutiant plus que prononçant les mots magiques qui avaient appelé l’âme de Dayton, il se raidit brusquement. Une petite lumière blanche apparut au centre de la coupelle puis grossit jusqu’à devenir aussi grosse qu’une orange avant de s’élever au-dessus du récipient. Avec une douceur infinie, les mains d’Hannibal caressèrent la sphère étincelante comme pour la réconforter. A un moment, celle-ci sembla même se lover contre les paumes chaudes de vie de celui qui l’avait appelée. Tout en continuant à psalmodier sa litanie, Hannibal se concentra, paupières mi-closes, afin d’absorber les flashes désordonnés que lui imposait l’âme qui se trouvait entre ses mains tout en buvant le spectacle fabuleux que lui offrait cette âme de toute beauté.

 

Raven, toujours silencieuse, observait la scène avec gravité. Bien sûr, elle avait déjà vu Hannibal appeler une âme et son émerveillement était toujours plus intense à chaque apparition de l’une d’elles. Mais son inquiétude grandissante depuis qu’Hannibal avait commencé le rituel l’empêchait de profiter pleinement de ce moment précieux. Cela avait pris plusieurs heures à Hannibal pour faire venir l’âme de Dayton et son épuisement était visible. Mais ce qui l’inquiétait le plus, c’était le temps qu’il passait en sa présence. Hannibal lui avait déjà raconté ce qu’il percevait à chaque contact : des flashes de vie aléatoires, parfois des bribes de mots mais surtout Hannibal pouvait ressentir les mêmes émotions que le défunt. Et ça, cela l’effrayait plus que tout parce que dans leur boulot, la mort frappait toujours avec violence. Dieu seul sait ce que vivait Hannibal actuellement et s’il supporterait une nouvelle fois d’endurer autant de souffrance et de douleur.

 

Tout doucement, Hannibal se désengagea du rituel et tandis que la sphère perdait de sa substance en retournant au fond de la coupelle, il recouvrit cette dernière de ses mains et chuchota quelques mots apaisants afin de l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure. Petit à petit, la lueur se fit moins intense jusqu’à ne plus être qu’un point lumineux vacillant avant de disparaître définitivement.

 

- Adieu Brad. Repose en paix mon ami, murmura Hannibal avant de souffler les bougies.

 

Raven quitta enfin sa place et se glissa juste derrière son mari, passant ses bras autour de sa taille.

 

- Comment te sens-tu ?

 

- Fatigué…

 

- Je devrais peut-être te préparer quelque chose à manger pour…

 

- Je suis fatigué de ne tenir dans mes mains que des âmes innocentes… continua t’il sans prêter attention à ce que sa femme venait de dire.

 

Puis il se retourna vers elle et devant sa mine inquiète, la prit tendrement dans ses bras. Ils restèrent ainsi, blottis l’un contre l’autre, un long, très long moment. Jusqu’à ce que le téléphone sonne…

 

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Lundi 17 août 2009 1 17 /08 /2009 11:03

Si il existait un annuaire des trous paumés, la ferme des Dayton mériterait d’y être référencée. A mi-chemin entre Chimney Rock et la piste de l’Oregon, plantée entre nulle part et des champs à perte de vue, l’ancienne bâtisse de bois semblait défier quotidiennement les vents depuis sa construction. Spécialisée dans les céréales, la famille Dayton paraissait pourtant se satisfaire de ce mode de vie isolé comme si, blottie entre le ciel et la terre, elle se sentait protégée du monde extérieur.

 

La voiture que Kévin avait loué à l’aéroport, une vieille Lincoln bleu foncé, soulevait davantage de poussière qu’une tornade et c’est toutes fenêtres fermées que Lyl’Lee et lui avaient fait le plus grand du trajet malgré une chaleur étouffante. Kévin avait pris la précaution de téléphoner aux Dayton pour annoncer son arrivée. Il n’avait pas du tout envie de se taper le trajet pour rien et encore moins d’être obliger de le faire une seconde fois. Même Lyl’Lee, qui adorait pourtant voyager, semblait étrangement atone. Il comprenait parfaitement que le paysage morne, sans un seul arbre à l’horizon, était quelque chose de profondément ennuyeux pour la jeune elfe, vu qu’il était limite supportable pour lui.

 

Comme pour la plupart des fermes du Middle West, la bâtisse principale était flanquée d’une vaste grange devant contenir tout le matériel agricole de l’exploitation. Malgré la pauvreté architecturale de l’ensemble, force était de constaté que tout était entretenu avec soin. Maison et grange avaient été fraîchement repeintes en blanc et rouge tandis qu’un petit potager familial était encadré par une petite clôture de bois blanc flambant neuve. Plus encore, un grand parterre de petites fleurs multicolores avait été réalisé au centre de la cour et autour duquel il fallait impérativement tourner pour aller dans quelque direction que ce soit.

 

Comme il s’y attendait, les Dayton, du moins le père et le fils, étaient à l’extérieur, travaillant de ci de là en attendant l’arrivée des agents fédéraux. La mère devait probablement être entrain de concocter quelques bonnes choses pour leur visite… Garant la voiture juste à coté de la camionnette familiale, Kévin et Lyl’Lee se précipitèrent à l’extérieur, enfin ravis de pouvoir prendre enfin un bol d’air.

 

- Agent Crawford, j’imagine ? fit le plus âgé en lui offrant une poignée de main ferme.

 

- Oui et voici l’agent Smith. Nous vous remercions d’avoir accepté de nous recevoir chez vous, répondit Kévin aussi civilement que possible.

 

Les Dayton père et fils se retournèrent vers Lyl’Lee puis, sans un mot, se dirigèrent vers la maison en leur faisant signe de les suivre. Apparemment, les SurNats n’étaient pas en odeur de sainteté chez les Dayton.

 

En tout cas il n’y avait aucun doute sur la filiation. Dayton junior était le portrait craché de son père. Une forte carrure et une stature identique, des cheveux noirs et drus, des sourcils épais sur des yeux marrons glacés, une peau mate, burinée par le travail en plein air. La ressemblance était accentuée par le port de la même cote de travail verte. Ce qui était étrange, sommes toutes, c’est que Brad Dayton, hormis quelques traits familiaux, était très loin de l’archétype familial avec ses yeux verts, son teint clair et sa silhouette élancée.


Montant les quelques marches de bois donnant sur la terrasse couverte où une balancelle oscillait au gré du peu de vent qui s’y engouffrait, Kévin et Lyl’Lee pénétrèrent directement dans une vaste cuisine aux lambris peints en blanc et où les meubles en bois avaient retrouvé une seconde jeunesse à coups de ponceuse avant d’être, eux aussi, repeints dans les mêmes tons rouges que l’extérieur. Au centre, une table rectangulaire drapée d’une nappe à carreaux rouges et blancs accueillait un vase rempli de fleurs fraîchement cueillies. Les fenêtres étaient habillées de brise-bises vraisemblablement crochetés à la main et une odeur de biscuits tièdes envahissaient la pièce. Tout ici paraissait sortir tout droit d’un cliché pris dans les années cinquante. A première vue, les Dayton semblaient fermement attachés aux traditions mais sans pour autant renoncer au confort qu’offrait la vie moderne. Kévin en avait pour preuve le four à micro-ondes ultra moderne qui trônait sur l’étagère en bois ou le combiné réfrigérateur-congélateur flambant neuf.

 

Mary Dayton se tenait debout, près de la cuisinière, un pichet de thé glacé à la main. De taille moyenne et un peu rondelette, elle avait de longs cheveux poivre et sel réunis en chignon juste au-dessus de la nuque. Avec sa robe à fleurs plissée et ses petites chaussures de toile couleur jean, elle était tout à fait raccord avec son environnement.

 

- Asseyez-vous, ma femme a préparé du thé et des gâteaux, commença Dayton senior tandis lui-même et son fils s’installait autour de la table.

 

- Merci. Comme je vous l’ai dit au téléphone, je suis chargé de l’enquête concernant la disparition de votre fils. Ma collègue et moi-même arrivons directement de New York pour éclaircir certains points avec vous.

 

Mary Dayton déposa un verre devant chacun afin de servir le thé et de déposer le plateau de cookies encore tièdes puis vint s’asseoir juste à coté de son mari.

 

- Je vois que vous avez une très belle exploitation agricole. Comment se fait-il que Brad n’ait pas souhaité reprendre votre suite avec son frère ?

 

- Depuis son plus jeune âge, Brad a toujours voulu travailler en ville. Il a fait toutes ses études dans ce but : avoir une carrière, un bel appartement. Quitter cet endroit… murmura Mary Dayton d’une voix tremblante.

 

- De toute évidence, il n’avait pas sa place ici, répliqua Dayton senior à sa femme. Mais ne vous méprenez pas agent Crawford en s’adressant de nouveau à Kévin, j’aime mes deux fils de la même manière. Mais Brad était trop… différent pour travailler à la ferme.

 

- Jack… le supplia sa femme.

 

- Différent comment ?

 

- Si vous voulez tout savoir agent Crawford, Brad n’est pas mon fils biologique. Il ne nous a pas fallu longtemps avant de nous en rendre compte, continua t-il d’une voix neutre. Pourtant, je l’ai reconnu et élevé comme mon propre fils ici présent. Et Jimmy et Brad se sont toujours très bien entendus.

 

- Agent Crawford, reprit Mary Dayton. Nous sommes de bons citoyens, nous payons nos impôts et allons tous les dimanches à l’église. Mais comme tout à chacun, nous avons aussi dû traverser quelques tourmentes. Il y a plusieurs années, je me suis laissée éblouir par un homme de la ville. Pour lui, j’ai quitté mon fils et mon mari. Il m’a laissé tomber au bout de quelques semaines, dès que je lui ai dit que j’étais enceinte. Je suis restée quelques jours dans un foyer pour femmes célibataires avant de téléphoner à Jack et qu’il vienne m’y chercher. Il aurait pu m’y laisser et demander le divorce mais il est venu pour me ramener à la maison. J’ai prié, agent Crawford, prié de toutes mes forces pour que le Seigneur me pardonne mais cela n’a pas suffit… J’ai jeté l’opprobre sur les miens et chaque jour nous en payons le prix…

 

- Maman…

 

- Non Jimmy. Tout cela est arrivé par ma faute ! C’est moi qui suis responsable de la disparition de Brad. Si j’avais su…

 

Mary Dayton éclata en sanglots tandis que son mari lui passait le bras autour des épaules et l’aidait à se lever.

 

- Nous vous prions de bien vouloir nous excuser, Agent Crawford. Ma femme a besoin de repos. Depuis la disparition de Brad nos nerfs sont mis chaque jour à rude épreuve…

 

Puis ils quittèrent tout les deux la cuisine. Un escalier de bois craqua sous les pas du couple puis le silence s’abattit dans la cuisine.

 

- Il faut comprendre mes parents Agent Crawford. Comment réagiriez-vous si, au moment de donner le bain à votre bébé, celui-ci se métamorphosait en animal ?

 

Kévin et Lyl’Lee sursautèrent en même temps.

 

- Brad est un changeling ? Il n’en ai fait mention nulle part ! s’exclama Kévin.

 

- Mes parents ont tout fait pour garder le secret. Le révéler c’était révéler la faute de ma mère, étaler en place publique la honte de notre famille. Comme vous avez pour vous en rendre compte, ma mère est très croyante et chaque fois que Brad se métamorphosait, cela la renvoyait face à sa faute. Mais ne croyez pas qu’elle détestait Brad, bien au contraire. Mais elle ne pouvait supporter que la punition de Dieu retombe sur Brad plutôt que sur elle… Aussi, dans ces conditions… Ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour élever Brad comme n’importe quel enfant. Pendant des années, ils ont tenté d’ignorer sa nature animale. Mais Brad avait de plus en plus besoin de se retrouver parmi ses semblables. Adolescent, il s’est même mis dans la tête de retrouver son père biologique… Puis il s’est petit à petit éloigné de nous pour finir par partir d’abord pour Chicago puis pour New York. A croire qu’où il aille, nous ne serions jamais assez loin….

 

- Brad revenait-il de temps ici ?

 

- Uniquement pour Thanksgiving. Au début, il venait aussi pour Noël et pour l’anniversaire de maman. Puis ses chèques ont commencé à remplacer ses visites.

 

- Avait-il gardé contact avec quelqu’un en particulier ? peut-être par courrier ou par téléphone ?

 

- Non. Brad n’appelait que très rarement et c’était souvent pour répondre à un message laissé par maman. Mais Brad et moi avons toujours été proches, bien plus que ne l’imagine nos parents. Contrairement à eux, je trouvais cool d’avoir un petit frère qui pouvait se transformer. Brad et moi sommes restés en contact par mail. Je lui racontais ce qui se passait à la ferme et lui me racontait sa vie.

 

- Dites-moi Jimmy, en quoi votre frère se transformait-il ?

 

- En chat. Vous savez, maman ne s’en rend pas réellement compte ou peut-être trop, au contraire, mais elle a raison sur un point : c’est son obsession du secret qui a éloigné Brad de nous. Papa, lui, s’en foutait royalement du moment que Brad cesse de vouloir chopper les poules les jours de pleine lune.

 

Après avoir fait le tour de la maison et de la grange en compagnie de Jimmy Dayton, Kévin et Lyl’Lee regagnèrent leur voiture et quittèrent l’étroit chemin de terre pour regagner la route. Ils n’avaient pas revus Jack et Mary Dayton mais ils avaient obtenus bien plus qu’ils n’étaient venus chercher grâce à Jimmy.

 

- Je comprends mieux leur animosité à mon égard, commenta Lyl’Lee.

 

- Tu n’es pas une changeling, répondit Kévin, pince sans rire.

 

- Non, mais je suis une SurNat, rétorqua la jeune elfe en faisant bouger le bout de ses oreilles pointues.

 

Le reste du trajet, près de trois heures, se fit dans un silence monacal, chacun étant plongé dans ses pensées. Mais ce qui était certain, c’était qu’ils étaient tout deux ravis de rentrer à New York.

 

A peine les pneus de l’avion avaient-ils touchés le sol de la piste de l’aéroport La Guardia que Kévin se détendit un peu. Alors que Lyl’Lee jubilait à chaque fois qu’elle devait voyager par les airs, Kévin, lui, aurait volontiers fait tout le trajet en voiture et même en bus pour ne pas avoir à se prendre pour Lindberg… ou Saint-Exupéry ! Il devait pourtant bien reconnaître que le voyage avait été plus fructueux qu’il ne l’espérait.

 

Durant le vol, il avait eu tout le temps d’aller au bout de sa réflexion. Brad Dayton était un changeling élevé dans la certitude qu’il était le fruit d’une punition divine. Même s’il avait fini apparemment par accepté sa différence, il n’en demeurait pas moins qu’il n’avait pas crié sa nature de changeling sur les toits ! Toutefois, cela pouvait relancer positivement l’enquête s’il s’avérait que ce n’était pas l’homme qui était visé mais le changeling, parce que les personnes au courant de la nature de Brad Dayton ne devaient pas être légion… Et l’aura indéterminée sur le scanner pouvait très bien appartenir à Dayton… Ce qui signifierait qu’il n’y avait jamais eu qu’un seul kidnappeur… Mais avec des si…

 

- Chef… Vous avez vraiment besoin d’aller à Atlanta ? Non, parce que c’est le prochain itinéraire de cet avion… Enfin, c’est comme vous voulez…

 

Kévin sursauta en bafouillant. Tous les passagers avaient déjà débarqué et il ne restait plus qu’eux et le personnel de vol à bord. Lyl’Lee ainsi qu’une hôtesse de l’air passablement amusée par la situation étaient penchées au-dessus de lui, les yeux emplis d’une bienveillance trop polie pour être honnête. En fait, l’une comme l’autre retenait tant bien que mal un fou-rire imminent. Si elles ne se foutaient pas de sa gueule ouvertement c’était uniquement parce qu’il était le supérieur de la première et que la seconde avait une bonne maîtrise d’elle-même.

 

- Puis après Atlanta, nous irons à Washington DC. Si cela vous intéresse… conclut l’hôtesse de l’air.

 

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Vendredi 14 août 2009 5 14 /08 /2009 11:17

Des choses couraient un peu partout sur son corps, des insectes probablement, que Brad Dayton sentait se délecter de ses plaies. Relevant avec peine la tête dans un effort qui lui semblait démesuré, il laissa échapper un cri de douleur. Il lui semblait qu’un feu d’artifice explosait au fond de son crâne. Un frisson parcouru son échine, ravivant le feu de ses chairs à vif. Il avait si mal qu’il s’enjoignit à maîtriser les tremblements sporadiques de son corps afin de limiter la douleur.

 

Prenant une grande inspiration qui semblait lui brûler les poumons, Dayton s’évertuait à retrouver son calme. Il avait toujours été un homme doté d’un calme olympien, c’était le cadeau divin de sa seconde nature. Il se contenta cette fois de relever les yeux au maximum pour découvrir que son univers actuel se résumait à une sorte de souterrain humide et désaffecté. Entre inconscience et somnolence, Dayton avait perdu la notion du temps. Mais il savait qu’il n’avait pas bougé. Il percevait la même pénombre, le même silence, la même odeur de moisissure qu’à son arrivée. Les odeurs d’urine et d’excréments en plus. Les siens. Dès les premières minutes, Dayton avait tenté de discuter avec son kidnappeur, de négocier puis l’avait finalement supplié. Sans le moindre résultat. Ce dernier, impassible, n’avait pas décroché un mot, se contentant de poursuivre la tâche qu’il s’était assigné. A part pour lui faire ingurgiter de l’eau à profusion à heures régulières aux fins de noyer son estomac, Dayton était resté totalement seul des heures durant. Il s’était demandé pourquoi son ravisseur l’avait délesté de tous ses vêtements avant de le ferrer au mur comme une bête. En fait, ce dernier attendait patiemment que sa victime se vide, ni plus ni moins. Une fois que Dayton l’avait compris, la terreur ne l’avait plus quittée.

 

En y repensant, cela faisait un moment que sa noyade intestinale avait cessée et la peur s’était de nouveau frayée un chemin jusqu’à la plus petite terminaison nerveuse de son corps. Cette torture ayant cessée, une autre allait commencer. Il en était certain. Et elle serait pire. Bien pire. Ce genre de tarés ne pouvait obtenir le plaisir dont ils étaient esclaves qu’en allant crescendo dans la démence et l’horreur.

 

Soudain, un cliquetis se fit entendre. Un nouveau frisson parcouru le corps de Dayton. Un frisson d’effroi qui lui fit émettre un jet d’urine involontaire. Quelques bruits de pas et puis plus rien. Il était là. Tout près de lui à l’observer. Puis le craquement caractéristique d’une allumette se fit entendre. Au bout de quelques secondes, une lueur vacillante perçait enfin l’obscurité. C’est là qu’il le vit. Non pas qu’il ne l’avait pas reconnu mais il ne put retenir un cri d’épouvante qui se propagea le long des parois. En fait, il ne pouvait plus s’arrêter de hurler. Devant lui, vêtu d’une paire de bottes en caoutchouc et d’un vaste tablier de boucher en cuir marron, l’homme déroula dans un calme absolu une ancienne trousse médicale en cuir, de celle que l’on voit dans les westerns, pleine d’instruments prêts à infliger des souffrances insoutenables. Du mini scalpel destiné à la chirurgie esthétique au hachoir de boucherie en passant par le couteau à désosser, tout y était.

 

L’homme plissa les yeux tandis qu’il caressait du bout du doigt le contenu de sa trousse. Il lui serait impossible de travailler dans les mêmes conditions que la dernière fois. Il avait déjà procédé ainsi et cela avait été une catastrophe. Fouillant dans sa grande poche de tablier, il en extirpa un bâillon sado-maso et enfonça profondément la boule entre les dents de Dayton avant de serrer les sangles derrière sa tête. Ce n’était pas le genre d’ustensiles qu’il affectionnait mais il devait reconnaître que c’était foutrement efficace.

 

- Navré. Mais j’ai besoin de calme pour travailler.

 

L’homme détacha Dayton du mur avec douceur et le soutint en passant l’un de ses bras autour de sa taille. C’était l’occasion rêvée ! En le repoussant de toutes ses forces, Dayton savait qu’il avait une chance de s’en sortir. Le repousser et même le frapper si nécessaire. Il lui suffirait ensuite de lui balancer en pleine figure les lourdes chaînes dont il était encore affublé. Après cela, attraper la vieille lampe à gaz où et puis filer aussi vite que ses jambes pourraient le lui permettre. C’est ce qu’il devait faire !

 

A peine eut-il le temps de réfléchir à son évasion qu’il se retrouva plaqué à plat ventre sur une énorme table de bois. Comment ? Où était donc passé ce laps de temps qui devait lui permettre de sauver sa peau ? Il y a une seconde encore, il était enchaîné au mur ! Une seconde, ou peut-être bien une minute… De nouveau, des larmes coulèrent sur ses joues en comprenant qu’il avait employé ce temps si précieux à se bercer d’illusions.

 

Sans même lui adresser un regard, l’homme lui enfonça le visage dans une alvéole creusée dans la table, vraisemblablement réalisée pour cet usage. Les larmes de Dayton redoublèrent non plus parce qu’il avait peur, il était bien au-delà dorénavant. Mais parce qu’il n’était plus considéré comme un être humain par son bourreau, il savait que sa mort ne surviendrait qu’après une lente agonie.

 

L’homme lui sangla tout les endroits de son corps susceptibles de mouvements brusques : nuque, taille, coudes, poignets, genoux, chevilles. Le peu qu’il avait pu voir dans sa position et dans cette semi obscurité, fut l’installation d’un ample seau en plastique suspendu par son anse à un crochet fixé sous le plateau, juste entre les pieds de la table. Contre toute attente, de la musique d’ambiance, suffisamment forte pour la rendre désagréable, envahit la pièce. Brusquement, un puissant jet d’eau glacée lui mordit la peau pendant quelques secondes, descendant puis remontant le long de son corps à plusieurs reprises. Puis il sentit la brûlure sur chaque centimètre carré de son corps de ce qui lui semblait être un gant de crin tandis qu’une forte odeur de savon lui emplissait les narines. Après un savonnage dynamique, le jet d’eau froide vint cette fois le soulager de ce décapage énergique. Enfin, la douceur d’une serviette éponge vint effacer toute trace d’eau avant qu'il ne sente les mains de l’homme badigeonner ses jambes avec ce qui semblait être un produit antiseptique. Il ne passa pas plus d'une seconde avant qu’une douleur effroyable ne lui arrache la poitrine.

 

Peu de sang avait jailli de la plaie car cette fois il avait pris son temps pour trancher net le tendon d’Achille. Avec application, il effectua le même geste précis sur l’autre cheville. Toujours avec une assurance sans faille, il trancha un à un les différents tendons qui reliaient les mollets aux genoux. Il avait bien appris de ces erreurs précédentes. Les tressautements de son dernier sujet l’avaient obligé à s’y reprendre à plusieurs reprises pour obtenir un travail soigné. les sursauts de sa proie étaient devenus tellement insupportables qu’il avait été obligé de lui trancher la gorge avant même d’avoir fini. Il avait agit sous le coup de l’énervement et l’a regretté presque aussitôt. Quand le sang ne circule plus, les muscles ne sont plus oxygénés et se rigidifient rapidement et il devait reconnaître qu’en agissant ainsi, il avait nettement perdu en qualité.


Cette fois, il s’y était pris autrement. Il avait pris le temps de réfléchir à la résolution de ce genre de problèmes et il savait qu’il mettrait moitié moins de temps pour officier cette fois-ci. En fait, il avait rédigé une procédure type qu’il appliquait à la lettre et qui lui évitait dorénavant de patauger dans les fluides divers et variés que provoquait immanquablement son travail.

 

Déjà, de la musique. Elle lui permettait de se concentrer sur ses gestes tout en couvrant les différents bruits et gargouillis qui pouvaient détourner son attention. Puis, il avait enrichi son matériel avec des outils de professionnels et améliorer son établi de travail par l’ajout de plusieurs sangles et d’un seau de récupération. Enfin, il avait établi un calendrier très précis afin de ne pas revivre la même mésaventure que la dernière fois. Un sourire étira ses lèvres minces. Il ne devait pas perdre le fil de ce qu’il faisait. Il aurait tout le temps plus tard de se féliciter sur la maîtrise dont il faisait preuve pour obtenir ce dont tous ces imbéciles se privaient volontairement et qui lui revenait de droit.

 

Lentement, il enfonça le scalpel juste sous l'entaille pratiquée en dessous du genou puis incisa profondément la peau en suivant la courbe du mollet jusqu’à la cheville, sectionnant plusieurs vaisseaux sanguins au passage. Telle une nappe d’huile, le sang se répandit de façon homogène sur la table avant de rejoindre la rainure sculptée qui faisait le tour du plateau avant de s’écouler lentement dans le seau prévu à cet effet. Se munissant d’une très fine spatule métallique, l’homme entreprit de décoller doucement la peau des muscles devenus visibles et turgescents. Décidément, c’était son jour de chance : il n’y avait pas une once de graisse à nettoyer. De nouveau, un sourire étira ses lèvres. Assurément, il se surpassait aujourd’hui. S’il continuait à ce rythme, il aurait largement le temps de tout remettre en ordre avant de partir se préparer un bon petit plat et de regarder les rediffusions de Charmed à la télé. Putain, ce qu’il aimait cette série !

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Samedi 8 août 2009 6 08 /08 /2009 11:39

Il était treize heures lorsque la sonnerie stridente du radio-réveil martela les tempes de Lilhandra. Se redressant avec difficulté dans son lit, la jeune seelie ferma les yeux quelques instants tout en se massant les tempes. Elle détestait ces petites machines qui lui filaient migraines et palpitations dès le lever. Que n’aurait-elle pas donné afin de pouvoir faire venir, Allaly, son miroir à paroles. Non seulement il était bien plus esthétique que ce vulgaire réveil-matin mais il l’éveillait toujours en douceur en plus de ses autres fonctions. Mais il y avait fort à parier que Lyssandre l’avait fait détruire dès qu’elle en avait eu l’occasion. Lilhandra repoussa les couvertures au pied du lit et contempla sa toute nouvelle chambre. Elle faisait près de dix huit mètres carrés sans compter le dressing et la salle de bain attenante. C’était donc une pièce aux proportions tout ce qu’il y avait de correct. Terry, qui était une grande passionnée de culture asiatique, avait aménagé tout l’appartement dans un style japonais où se mêlait avec harmonie tradition et modernisme.

 

Le lit, une vaste plate-forme en bois sculpté, munie de tiroirs, sur laquelle reposait un futon, deux petits oreillers rectangulaires dans les tons rouge et anthracite une couette assortie décorée de grosses fleurs stylisées. De part et d’autre du futon se trouvaient deux petits tabourets japonais en bois laqué faisant office de table de chevet. Le bout de l’estrade, face à l’une des trois baies vitrées de la chambre, était consacré à toute une série de bonsaïs, tous plus beaux les uns que les autres, disposés et traités avec soin. Tous les murs avaient été peints en gris hormis le mur contre lequel se trouvait l’estrade qui lui, avait été peint en rouge très foncé puis agrémenté de feuilles d’argent qui semblaient avoir été disposées de manière aléatoire. L’effet était superbe car il donnait l’impression que de l’argent liquide avait été incrusté dans le mur. Quant aux portes du dressing et la salle de bains, elles avaient été décorées dans le style des estampes japonaises et représentaient des scènes de vie de courtisanes du Moyen Age. Seuls les longs stores californiens rouge brique n’avaient rien d’asiatique mais se noyaient pourtant dans le décor. Le sol de la chambre avait été recouvert d’une moquette anthracite si foncée qu’elle semblait presque noire tandis que deux épais tapis faits de minuscules lanières de cuir de la même couleur que les stores servaient pour un de descente de lit et pour l’autre à délimiter l’espace bureau. Le reste du mobilier se composait d’une commode basse supportant un petit téléviseur à écran plat, de deux consoles gigognes noires en bois sculptées et laquées faisant office de bureau et de son retour ainsi que d’un fauteuil en cuir. La veille, elle y avait d’ailleurs déposé en vrac son ordinateur portable, son Blackberry et le dossier de l’enquête en cours, ce qui faisait paraître la pièce en désordre tant le reste était impeccablement rangé. Sa besace en crin de licorne et tissée par les mains habiles d’une sylphide était accrochée au dossier du fauteuil.

 

Sautant à bas du lit, Lilhandra attrapa sa besace et en sortit le petit carnet sur lequel elle avait noté les précieux renseignements que lui avait donné Tryss la Vagabonde avant son départ. Tryss était une amie de sa mère depuis toujours et avait été décrétée personna non grata à la cour de Lyssandre par la nouvelle reine. Elle aurait probablement été arrêtée pour haute trahison si elle s’était trouvée dans le royaume au moment du changement de gouvernement. Mais Tryss était une voyageuse doublée d’une baroudeuse et elle avait préféré cette vie d’aventures entre Alter Mundia et le Monde Premier à la vie paisible, mais certes monotone, à la cour royale de Sidh Danaan.

 

Feuilletant distraitement son carnet, Lilhandra s’arrêta sur une ligne écrite de la main même de Tryss. Elle se figea, passant un doigt sur les mots comme si ceux-ci avaient été en relief. Si quelques semaines plus tôt, cette suite de mots et de symboles n’avaient absolument aucun sens à ses yeux, aujourd’hui elle prenait toute sa dimension. Tryss lui avait donné une adresse mail ! A plusieurs reprises, Tryss lui avait parlé avec admiration de la Magie Technologie des humains mais elle n’avait pas compris à quel point Tryss la maîtrisait elle-même. Un large sourire de étira les lèvres de la jeune femme. Enfin, elle n’était plus toute seule.

 

Se dirigeant d’un pas presque dansant vers sa petite salle de bains toute de marbre anthracite vêtue, Lilhandra entreprit de se faire couler un bain. Alors qu’elle avait de l’eau jusqu’au menton, Lilhandra se prit à réfléchir à tout un tas de choses. Dès ce soir, elle prendrait contact avec Tryss. Cette dernière lui avait offert son aide sans le lui dire ouvertement mais Lilhandra savait qu’elle pourrait compter sur elle désormais. La perspective d’une liaison officieuse mais directe avec Alter Mundia était plus que réjouissant. Peut-être pourrait-elle obtenir des renseignements sur les évènements qui se déroulaient en ce moment à la cour par l’intermédiaire de Tryss et même, qui sait, peut-être récupérer le tube de rénégérescence d’Abyss qu’elle avait pris soin de cacher avant son départ. Depuis son arrivée dans le Monde Premier, Abyss avait dû se contenter d’un bain quotidien au gros sel dans la baignoire, ce qui ne permettait pas à sa magie d’être optimale. S’enfonçant davantage dans la baignoire, Lilhandra chassa momentanément ses réflexions. Elle était entrain de passer de la réalité à l’utopie la plus farfelue et c’était loin d’être une bonne chose pour garder la tête froide. Lilhandra se concentra donc sur la soirée de la veille. A l’évocation de sa petite mésaventure dans le hall de l’AFIS, elle sentit de nouveau le feu lui monter aux joues. Devant l’arrogance du vampire, elle avait voulu lui démontrer qu’il ne l’impressionnait pas le moins du monde mais tout ce qu’elle avait réussi à afficher, c’était sa fesse droite… Cependant, après avoir quitté l’agence, Marat s’était comporté en parfait gentleman tout le reste la soirée, la raccompagnant même jusque chez Terry.

 

Par contre, pour ce qui était de la mission elle-même, la somme des informations récoltées était égale… à zéro ! Bien qu’elle ne connaisse pas grand chose à l’investigation sur le terrain, il ne lui avait pas fallu beaucoup de temps pour comprendre qu’ils n’obtiendraient rien de très intéressant. Bref, la conclusion de Marat avait été que Brad Dayton était un « monsieur-tout-le-monde », ni plus, ni moins. Pour sa part, Lilhandra n’était pas certaine de ce que cela voulait vraiment dire mais devant la pauvreté de leurs informations, elle n’avait pas eu besoin de plus d’explications. La plupart des habitués des deux clubs avaient bien reconnu Brad Dayton mais ils étaient fort bien incapables de dire quoi que ce soit susceptible de faire avancer l’enquête. Les clients avaient évoqué quelqu’un de discret et le personnel avait parlé d’un homme respectueux doublé d’un bon vivant.

 

Lilhandra s’étira dans l’eau avec lenteur avant d’attraper une serviette. Après s’être enduite le corps d’un lait hydratant, Lilhandra enfila une brassière brodée et son boxer coordonné. Terry avait raison : cette tenue de nuit était nettement plus confortable que les longues chemises de soie qui s’entortillaient systématiquement autour de sa propriétaire dès que celle-ci avait le malheur de bouger un peu trop en dormant. Dès qu’elle en aurait l’occasion, elle investirait dans toute une gamme de brassières et de boxers. Mais elle n’arrivait pas non plus à abandonner complètement ses anciennes habitudes vestimentaires faites de longs vêtements éthérés. Elle enfila donc par-dessus un long déshabillé de voile et de dentelles pourpre et gris se fermant par des rubans et pourvu de larges manches bouffantes. Enfin, Lilhandra brossa sa longue chevelure violette avant de remonter le tout sur sa nuque en un chignon lâche tout juste maintenu par deux doubles pics en argent.

Comme d’habitude, Terry était déjà debout et une bonne odeur de nourriture commençait en envahir l’appartement. Vêtue d’un magnifique kimono noir où s’épanouissait une myriade branches de cerisiers en fleurs, Terry était entrain de préparer des œufs brouillés aux saucisses lorsque Lilhandra débarqua dans la cuisine. Cette dernière huma l’air comme un prédateur à l’affût et sentit l’eau lui venir à la bouche.

 

- Salut Princesse, bien dormi ? lança Terry à sa colocataire tandis qu’elle versait le contenu de la poêle dans deux assiettes.

 

- Bonjour. Mieux qu’hier… Sauf que je ne sais plus très bien quand était hier… répondit Lilhandra en se versant un grand verre de jus d’orange.

 

- Tu t’es beaucoup affaibli chez Kévin. Il faut le temps de récupérer des forces et de t’adapter. Et voilà justement de quoi récupérer, alors qu’elle lui tendit son assiette pleine à craquer.

 

Les deux jeunes femmes commencèrent à manger dans un silence monacal et ne reprirent la parole qu’une fois leur repas terminé.

 

- Marat et toi avez obtenu quelque chose hier soir ?

 

- Comment dis-tu déjà ? Ah oui… Que dale !

 

- Hmmm…Pas mieux… Matt a eu beau draguer toutes les serveuses de la boîte, nous sommes ressortis bredouilles.

 

- Et maintenant ?

 

- Il n’y a rien que l’on puisse faire pour l’instant. Il nous faut attendre le retour de Lyl’Lee et de Kévin et écouter ce qu’ils ont a nous apprendre.

 

- Mais Hannibal et Raven devaient invoqués leurs magies hier soir peut être que…

 

- S’ils avaient obtenu quelque chose, nous en aurions été averties tout de suite.

 

- Alors que faisons-nous ?

 

- Rien. Ou plutôt si, répondit Terry avec un petit sourire en coin. On va au Cop Fight Club et c’est toi qui conduit.

 

- Quelle bonne idée… Cela faisait presque vingt quatre heures que je ne m’étais pas fait insultée ou pris de gnons. Ca commençait à me manquer…

 

Même le plus crétin des crétins est encore capable de conduire une voiture. Tu n’as donc pas de souci à te faire lui avait fait remarqué Kévin en riant, quelques jours auparavant. Restait à savoir s’il voulait dire qu’elle viendrait à bout de cet apprentissage sans problème ou si il la considérait comme une crétine absolue. Bien qu’elle se doutait qu’il s’agissait là d’humour, avec Kévin, elle aurait toujours un petit doute. Le fait est que Lilhandra avait cessé de se plaindre et s’était mis plus sérieusement à l’apprentissage du code de la route et à la maîtrise du véhicule. Elle s’était même appropriée un petit adage comme cri de guerre : Aujourd’hui, je t’aime plus qu’hier et bien moins que demain. Après tout, la méthode Coué marchait peut-être aussi sur les faes. Pourtant, même si le trajet se déroula sans anicroche ni accrochage, Lilhandra ne se trouva soulager qu’une fois le véhicule garé sur le petit parking du Cop Fight Club.

 

Le tatami avait été fraîchement nettoyé, Lilhandra en avait encore une fois la preuve sous les yeux. Tandis que Terry lui tendait une main pour l’aider à se relever, cette dernière la tira d’un coup sec et l’envoya de nouveau valser quelques mètres plus loin. Pas grave, le bleu va très bien avec le mauve, se dit mentalement Lilhandra en pensant aux nouveaux hématomes qui allaient fleurir sur sa peau dans quelques heures. Sauf qu’à cette vitesse, elle allait finir par ressembler plus à un Schtroumpf qu’à une fée. Une fée. Mais quelle idiote elle faisait !

 

Alors que Terry avait saisie Lilhandra par le bras afin de la faire passer une nouvelle fois par dessus son épaule, Lilhandra se redressa aussi bien qu’elle le pu pour tenter de contrer l’attaque. Alors que Terry préparait son mouvement, Lilhandra déploya brusquement ses ailes et se servit de la force de propulsion dont Terry tentait d’user pour passer par dessus la tête de cette dernière. A peine toucha t’elle le sol du bout des pieds que Lilhandra entama un coup de pied circulaire et envoya Terry au sol. Surprise, Terry se redressa lentement et se mit à éclater de rire.

 

- Et bien ! Tu en as mis du temps à comprendre que tous les coups étaient permis !

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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PROFIL

  • : Kara LORIS
  • LES DOSSIERS SURNATURELS DE LILHANDRA YOUNG
  • : www.myspace.com/karaloris

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