FUSION & EFFUSIONS

Depuis des années, j'écris régulièrement des nouvelles fantastiques que je relis, corrige avant de les laisser dormir au fond d'un tiroir.  Créer, inventer et rêver et puis alors ? Rien ? Pendant quelques mois, ces histoires oubliées, tapées sur une vieille machine à écrire électrique, furent retranscrites sur CD pour dormir de nouveau.

Et puis un jour, j'ai enfin fini par comprendre que les rêves n'attendent pas... Il y a avait toujours enfoui dans un coin de ma tête un explorateur de l'espace, un vampire ou une fée... C'est à ce moment là qu'est née Lilhandra Young, une jeune seelie (fée) déchue qui se trouve propulsée dans le monde des humains ouvert depuis quelques années aux SurNats.

Les aventures de Lilhandra Young, hormis les prologues, ne sont jamais écrits à la première personne pour une simple et bonne raison : ne pas laisser de coté un seul de mes personnages et leur donner, à tour de rôle, une importance cruciale dans le déroulement de l'histoire.

Les Disparus de Central Park met en avant chacun des personnages afin que vous puissiez faire connaissance avec eux et leur façon de voir différemment les mêmes choses mais aboutir à une même conclusion. Parfois...


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ROMAN

LES DISPARUS DE CENTRAL PARK
Les dossiers surnaturels de Lilhandra Young
(titre provisoire)

Samedi 8 août 2009 6 08 /08 /2009 11:33

Lorsque sur les coups de vingt et une heures, Matt traversa le hall de l’agence les bras chargés de sodas et de hamburgers, la quasi totalité de l’équipe s’était déjà retrouvée dans la salle de réunion. Raven et Hannibal mettaient de l’ordre dans les piles de dossiers qu’ils devaient encore étudier et Lyl’Lee, Seamus et Angus relataient leur absence de découverte à Central Park et à Cavanaugh & Portmann Society à Terry et Lilhandra. Rachel avait commencé à éplucher les papiers personnels de Dayton à la recherche d’informations à exploiter. Seul Kévin s’était retranché dans son bureau, prétextant une myriade de coups de fil à passer. Tout le monde attendait l’arrivée de Marat pour commencer le briefing quotidien.

 

A peine les sacs avaient-ils étaient déposés sur la table, que tous s’agglutinèrent autour, à la recherche du menu commandé une demi heure plus tôt. Les mets furent à peine déballés que Kévin fit son entrée dans la salle de réunion. Tous s’assirent, laissant à Matt le soin de dispatcher les commandes.

 

- Voilà et ça, c’est la commande spéciale fée…  fit-il en adressant un clin d’œil à Lilhandra. Je serai vraiment curieux de savoir où vous allez mettre tout ça, chère enfant…


- Pourquoi ? Tu n’es pas le seul à avoir une faim de loup, répliqua Terry dans un petit sourire.

 

- Oui, continua Lilhandra en saisissant sa commande de trois hamburgers, deux maxi frites et un litre de soda, on a toujours besoin d’un plus petit que soi, le tout c’est qu’il soit en forme…

 

- Justement… Vous allez avoir la chance de nous montrer comment vous aller dépenser toutes ces calories, avança Kévin, entre deux bouchées. Cela fait plus d’une semaine que l’on ne sait pas trop ce que vous manigancez toutes les deux mais j’aimerais bien savoir quelles sont les atouts dont vous disposez.

 

Lilhandra jeta un bref coup d’œil à Terry qui acquiesça un mouvement de tête discret. La jeune fae prit une profonde inspiration avant de parler.

 

- En fonction de leur saison de naissance, les nouveaux-nés seelies sont associés à un élément fondamental. Je suis née à la saison des feuilles bleues et donc l’eau est mon élément. J’ai donc la capacité de manipuler l’eau sous toutes ses formes.

 

- Démonstration, lança Terry, en plaçant une carafe d’eau devant la jeune seelie.

 

Lilhandra se leva et regarda fixement la carafe. Aussitôt, l’eau se glissa en dehors du récipient et flotta au-dessus de la table, formant une sphère parfaite. Brusquement, de fins filaments de glace partant du centre de la sphère s’étirèrent lentement, la bardant ainsi de centaines d’aiguilles protectrices. Puis, à peine la sphère de glace s’était-elle formée qu’une intense brume enroba la boule en lévitation et transforma cette dernière en un nuage de vapeur parfaitement sphérique. Enfin, la sphère s’étira avec lenteur pour prendre une forme cylindrique et commença à tournoyer sur elle-même, créant un minuscule tourbillon qui vint s’engouffrer dans la carafe pour reprendre, à son contact, son aspect liquide.

 

- Hmmm… C’est mignon tout plein, mais ce ne sont pas des boules de noël qui vous sauveront la vie en cas de… marmonna Kévin.

 

- Nous travaillons sur différentes adaptations de son pouvoir, l’interrompit Terry.

 

- Comme quoi ? demanda Hannibal

 

- Transformer les gouttes de pluie en projectiles de glace ou encore aspirer l’eau d’un corps vivant.

 

- Démonstration ? lança Matt, avec un grand sourire.

 

Sur ce, Terry attrapa la pomme que Raven venait de prendre en main et la lança vers le plafond. Aussitôt, sans que quiconque n’ait le temps d’analyser le phénomène, la pomme se ratatina, complètement flétrie tandis que des milliers de gouttelettes microscopiques demeuraient en suspension autour d’elle. Puis, tout aussi soudainement, le phénomène s’inversa et la pomme retrouva son aspect lisse et brillant avant de choir lourdement sur la table.

 

- Tu peux la goûter, elle est exactement comme avant.

 

- Putain… Vous avez de drôle de jeux toutes les deux… Terry, lorsque je t’ai demandé de prendre en main l’entraînement de Charlotte aux Fraises, c’était pas pour en faire une arme de destruction massive ! Est-ce qu’elle est fiable au moins ?

 

- Tout dépend que ce que tu appelles fiable. Lorsqu’il s’agit de Magie, elle assure. Bien plus qu’avec un flingue en tout cas… Mais pour le reste… Elle ne vaut pas un clou… Elle n’est pas prête pour aller sur le terrain, lança Terry.

 

- Je… Je ne suis pas très douée avec votre technologie et je ne sais pas me battre…pas encore… balbutia Lilhandra.

 

- Très impressionnant tout de même… Ma vodka manquait justement de glace…

 

Toutes les têtes se tournèrent vers la porte. Marat s’était nonchalamment adossé au chambranle, sirotant tranquillement son verre.

 

- Putain, Marat, vous êtes là depuis combien de temps ? grogna Kévin.

 

- Suffisamment longtemps…

 

- Parfait. Assez joué. Tout le monde au boulot maintenant.

 

En quelques minutes, la table retrouva sa fonction première et les dossiers de la veille firent leur réapparition, faisant face à leur propriétaire respectif. Raven distribua rapidement un compte-rendu informatif du jour avant de baisser la lumière et d’enclencher le vidéo-projecteur.

 

- Bien, Jarvis va nous faire un petit topo de vos recherches respectives. Si jamais une idée brillante devait faire son apparition dans les limbes de vos cerveaux, vous êtes priés d’en faire profiter les autres, merci.

 

- Bien. La nouvelle inspection sur les lieux de l’enlèvement n’ayant rien donné, je vais passer directement au profil de la victime. Brad Dayton, âgé de trente et un ans, est originaire du Nebraska où ses parents, Jack et Mary Dayton, sont agriculteurs. Pas de petite amie régulière mais a une passion avérée pour les chats. Il a un frère aîné, Jimmy, qui a repris dernièrement la direction de la ferme familiale qui lui assure des revenus corrects. Ses meilleurs amis sont pour la plupart ses collègues de travail avec qui il sort assez fréquemment après le bureau. Ses employeurs le décrivent comme un élément essentiel à leur cabinet. Rigoureux et proactif, Dayton est davantage considéré comme un associé que comme un employé. Il loue un appartement situé entre Colombus Avenue et la West 72th rue, dans le West Side. Ses voisins le décrivent tous comme un homme discret et respectueux des autres, toujours prêt à rendre service. Pour rejoindre son travail, le cabinet de courtage Cavanaugh & Portmann Society dont les bureaux se trouvent dans la East 72th rue, il traverse quotidiennement Central Park. Celui-là, fit Raven en suivant du doigt la Olmsted Drive sur le plan projeté sur écran géant. Au mieux la victime n’était connue que de vue parce qu’elle empruntait toujours le même itinéraire. L’interrogatoire de ses collègues de Central Park n’a pas donné grand chose : bon collègue, la tête sur les épaules. Dayton avait l’habitude de déjeuner dans le même diner tous les midis et là, même son de cloche : Brad Dayton était un client sans histoire. La fouille de son appartement n’a pour l’instant rien donné. Tout y était nickel. Les disques durs de son ordinateur professionnel, son portable personnel ainsi que ses papiers personnels sont actuellement passés au peigne fin par notre équipe de fouines. A noter le passage d’un technicien de TV&Sat. Il est passé chez Dayton lui installer un nouveau décodeur et n’est resté qu’une heure environ, temps habituel pour ce type d’intervention. Dayton était absent et c’est le mari de la gardienne qui l’a accompagné dans l’appartement et est resté avec lui. L’intervention a été programmée deux jours auparavant par Dayton lui-même.

 

- Des problèmes d’argent ? demanda Kévin.

 

- Dayton gagne dans les deux à trois mille dollars par mois en fonction de ses résultats et il envoie systématiquement cinq cent dollars à ses parents depuis son arrivée à New York. Il paie toujours son loyer dans les temps et son compte, sans être blindé, est toujours créditeur. Enfin, il a contracté une assurance-vie dès son arrivée dans le cabinet de courtage et dont ses parents et son frère sont bénéficiaires. Pas de casier ni de condamnation, jamais de contravention. Bref, Dayton est ce que l’on appelle dans le jargon un gars bien.

 

- Un profil concernant les kidnappeurs ? demanda Kévin.

 

- La recherche de cas de disparitions similaires sur les six derniers mois n’a rien donné. Nous savons qu’il s’agit de SurNats pratiquant au moins la Magie Elémentaire. Un sorcier ou un nécromancien. Peut-être même les deux mais nous n’avons toujours pas pu déterminer le type de la seconde aura sur le scanner. Ils sont parfaitement au point et n’ont laissé aucune trace exploitable ce qui nous pousse à dire que Dayton n’est pas leur première victime. Nous avons lancé une recherche sur les SurNats déjà condamnés pour enlèvement et tentons de recouper ceux qui répondent au profil et qui auraient pu faire connaissance en milieu carcéral. Enfin, nous pensons aussi qu’il peut s’agir de deux SurNats totalement inoffensifs séparément mais qui, ensemble, forment un duo démoniaques. Dans ce cas de figure, il se peut que ni l’un ni l’autre n’ait un casier.


- Bien, commença Kévin. Angus et Seamus, vous vous chargez de la recherche en milieu carcéral. Matt, Terry, Marat et Lilhandra, vous allez faire un petit tour dans les clubs de prédilection de la victime et chercher à savoir si la victime n’aurait pas été abordée par deux personnes à la fois. Si ses proches ne peuvent rien nous apprendre, il n’est pas dit qu’un habitué des lieux ne puisse pas nous aidé. Les Jarvis, vous essaierez d’entrer en contact avec l’âme de Brad Dayton dès ce soir. S’il a été tué, il pourra peut-être nous conduire à son cadavre. Rachel, je veux une filature discrète - c’est-à-dire à tire d’aile, des collègues et voisins de Dayton. Quant à Lyl’Lee et moi, nous partirons dès demain dans le Nebraska rencontrer la famille de Dayton. Un homme bien sous tout rapport ne se fait pas enlever. Brad Dayton a donc un secret. Un secret qui a été découvert et jugé suffisamment important aux yeux de ses kidnappeurs pour passer à l’acte. Notre avion décolle à sept trente demain matin. Nous devrions être de retour en fin d’après midi. On se retrouve ici demain soir et avec des résultats cette fois… Bon, c’est pas tout ça, la journée n’est pas finie pour tout le monde !

 

Alors que chacun ramassait ses affaires et quittait la pièce, Kévin se rapprocha discrètement de Lilhandra.

 

- Ainsi vous allez emménager chez Terry ? Remarquez, je ne peux pas vous en vouloir, j’adore ma femme mais sa cuisine est infecte… Kévin marqua une pause en contemplant la ville qui s’étalait sous ses pieds. Vous êtes sûre de savoir ce que vous faites ? C’est que je suis responsable de votre sécurité et nous savons tous les deux pourquoi vous êtes ici…

 

Lilhandra lui adressa un sourire timide tout en lui pressant le bras.

 

- Je vous suis extrêmement reconnaissante à vous et à votre famille d’avoir bien voulu m’héberger mais c’était de toute façon une situation provisoire. Mais vous savez aussi bien que moi que rester plus longtemps chez vous mettrait un jour ou l’autre votre famille en danger. Terry m’offre la possibilité de me sentir chez moi quelque part tout en continuant à me former et à me protéger jusqu’à ce que j’en sois capable moi-même. C’est une offre que je ne pouvais refuser. Et puis, nous avons des origines communes... Et enfin oui, c’est vrai, la nourriture de votre épouse est infâme mais elle est toujours faite avec amour… conclut-elle en souriant.

 

- Très bien… C’est vous qui voyez… Je me chargerai de vous rapporter vos affaires. Vous les trouverez dans mon bureau dès demain.

 

- Remerciez encore votre épouse pour moi.

 

- Ce sera fait, fit-il en s’éloignant tandis que Terry s’approchait à grands pas.

 

- Nous avons du pain sur la planche. Je ne serais pas avec toi ce soir aussi contente-toi d’être une parfaite compagne et laisse faire ton partenaire sur ce coup. Profites-en pour étudier ton environnement. Et surtout pas de magie…

 

Raven et Hannibal se dirigèrent vers la sortie, laissant les deux jeunes femmes seules dans la salle de réunion.

 

- On va se préparer ici… J’ai juste un coup de fil à passer avant. Choisis une tenue plutôt habillée, je reviens tout de suite.

 

Terry adressa à la jeune fae un petit sourire d’encouragement avant de quitter la pièce à son tour. Lilhandra en profita pour ranger le dossier contenant les éléments de l’enquête sur la disparition de Brad Dayton dans l’un de ses nombreux sacs. Elle essaierait d’y jeter un coup d’œil avant de dormir un peu. Elle se passa doucement les mains sur les yeux en laissant échapper un bâillement. Il fallait qu’elle s’adapte plus vite à cette nouvelle façon de vivre sinon elle allait y laisser sa santé. Une seule Lune, un sommeil peu réparateur, une alimentation trop pauvre et en quelques jours elle n’était plus l’ombre que d’elle-même. Même Abyss qui se nourrissait entre autre de sa magie montrait des signes de faiblesse. A l’heure actuelle, n’importe quel tueur à la solde de Lyssandre pouvait tenter sa chance, elle ne serait pas en mesure de se défendre.

 

- Chanel…Terrence a toujours été une femme de goût. Je vois qu’elle vous initie avec grandeur à l’art vestimentaire, commenta Marat un jetant un coup d’œil nonchalant dans l’un des sacs.

 

Lilhandra sursauta brusquement et renversa le contenu du sac qu’elle tenait. Par chance, celui-ci ne contenait qu’une paire d’escarpins vernis et un petit sac de soirée noir affublé d’un gros nœud en soie beige sur le coté.

 

-Je ne voulais pas t’effrayer, dit Marat d’une voix grave et malicieuse.

 

- Si c’était vraiment le cas, vous vous seriez annoncé tout de suite plutôt que de me surprendre, rétorqua Lilhandra, soudain sur ses gardes.

 

Marat s’écarta légèrement de la table, non sans arborer un sourire satisfait. Oui, effectivement, il aurait pu. Mais le plaisir qu’il avait éprouvé en la voyant sursauter avait le goût de l’ambroisie. Il aimait se nourrir de la peur qu’il engendrait, même si celle-ci était toute relative au sein de l’agence. Mais surtout, la seelie l’intriguait et s’amuser un peu avec elle pourrait s’avérer intéressant.

 

- Vous voilà donc sur le point de devenir le clone de Terrence… Ce n’est pas peu dire… J’espère qu’elle ne fagocytera pas jusqu’à votre personnalité !

 

- Terry m’aide à m’intégrer dans votre société, elle ! Et il vaut mieux que je sois son clone plutôt que celui de Laura Ingalls !

 

Marat éclata de rire. Ses yeux pétillaient de malice. La partie s’annonçait grandiose. Se calant contre le mur, il détailla la fae des pieds à la tête.

 

- Quelle culture ! Laura Ingalls au pays des gros méchants… Intéressant cette faculté de rependre à ton compte les traits de caractère les plus marqués de chacun d’entre nous. Kévin se délecte de ce genre de comparaisons, Terrence est toujours très distinguée quelle que soit les circonstances. Mais tu es loin d’avoir fini ton apprentissage.

 

- Et vous ? Que pourriez-vous m’apporter ? répliqua Lilhandra, acerbe.

 

En une fraction de seconde, Marat se glissa derrière Lilhandra, posa ses mains sur sa taille et, plongeant le nez dans la chevelure violette de la jeune femme, prit une grande inspiration.

 

- Tu le sauras toujours bien assez tôt… J’espère que tu as prévue une tenue habillée pour ce soir. Grace et le Bungalow 8 sont des endroits plutôt sélects.

 

- Parce que j’y vais avec vous ? croassa Lilhandra, en se dégageant de l’étreinte du vampire.

 

- Cela te pose un problème ? ironisa Marat.

 

- Cela ne posera aucun problème Marat. Lilhandra et moi allons nous changer tout de suite. La robe et les escarpins noirs feront parfaitement l’affaire, continua Terry à l’adresse de Lilhandra tout en attrapant les vêtements en question et en la tirant hors de la pièce par le bras.

 

Matt et Terry étaient partis les premiers et Lilhandra attendait dans le hall d’accueil en faisant les cents pas, fulminant de rage. Terry avait pris le temps de l’avertir pendant qu’elles se changeaient pour la soirée : Marat prenait énormément de plaisir à distiller la peur autour de lui, c’était l’un de ses dons, et elle ne ferait pas exception à la règle. Du coup, la jeune fae réprimait une colère sourde qui allait crescendo. Il allait lui payer ça ! Ils étaient en mission non de non ! Sa première mission et après lui avoir foutu la trouille de sa vie, Draculito faisait mu-muse avec son téléphone ! Elle ne put retenir un soupir d’exaspération. Sûr que ce n’était pas à elle que cela arriverait : d’abord, elle n’avait un portable que depuis aujourd’hui, n’avait pas été foutue de l’allumer malgré les diverses explications de Shon, l’informaticien de l’agence, et puis de toute façon, elle n’avait personne à appeler, elle…

 

Dans son impatience grandissante, Lilhandra ne pouvait s’empêcher d’observer le vampire. Vêtu d’un costume sans âge composé d’un pantalon noir de coupe classique, d’une redingote en jacquard du même ton sous laquelle apparaissait une chemise à jabot en soie d’une blancheur immaculée, Marat semblait sortir tout droit d’un magazine de mode… de mode excentrique mais de mode quand même… Ses cheveux mi-longs étaient maintenus par un catogan en velours pourpre, mettant en valeur sa mâchoire volontaire, ses pommettes hautes et ses lèvres charnues. Marat n’était pas beau. Il était plus que cela et en jouait avec aisance. Et il avait un cul à tomber par terre…

 

- Quand tu auras fini de me passer en revu, ma douce, nous pourrons peut-être y aller…

 

Quelle que soit votre caractère, si la nature vous a doté d’un teint d’ivoire, que vous matez les fesses d’un homme et qu’en plus il s’en aperçoit, le rouge-honte est fait pour vous ! Sans oublier les petites bouffées de chaleur qui vont avec, histoire d’être ridicule jusqu’au bout. Il restait à Lilhandra deux solutions : continuer à rougir comme une pucelle ou bien prendre le mors aux dents. Vu qu’il n’était pas question de passer pour une pleutre, Lilhandra mit immédiatement en pratique ce que Terry lui avait appris tout récemment : la meilleure défense, c’est l’attaque…

 

- Tu seras bien moins arrogant, Vampire, lorsque Abyss t’empalera et fera éclater ton cœur comme un fruit pourri !

 

A son tour, Marat détailla la jeune seelie des pieds à la tête avec un léger sourire en coin qui semblait dire, qu’en plus de l’échange verbal, il appréciait ce qu’il avait sous les yeux, accentuant davantage le malaise de la jeune fae. Lilhandra portait une longue robe noire de coupe empire dont la partie supérieure était en voile transparent. Un fin bustier drapé couvrait sa poitrine tandis que soie sauvage et voile retombaient en plis élégants jusqu’à ses pieds. Des escarpins noirs, coordonnés à une fine pochette surmontée d’un nœud de soie beige complétaient sa tenue. Ce n’était certainement pas dans ces vêtements qu’elle pourrait tenir tête à un vampire vieux de plusieurs siècles mais peu lui importait. Autant crever l’abcès tout de suite et en finir. Elle n’appréciait pas le buveur de sang et encore moins le petit jeu qu’il jouait. Les vampires étaient les ennemis héréditaires des seelies. Elle avait été conditionnée pour cela et rien n’y ferait. S’il la cherchait, il la trouverait ; dut-elle pour cela y laisser un peu plus que des plumes…

 

- Lorsque je t’empalerai, ma douce, non seulement tu me remercieras mais tu en redemanderas… rétorqua Marat d’une voix chaude et sensuelle. En attendant ce moment de volupté, nous avons une mission à accomplir.

 

Dans un sourire narquois, le vampire tandis son bras à Lilhandra afin de l’accompagner jusqu’à l’ascenseur. Dédaignant cette offre galante, Lilhandra le dépassa allégrement sans lui prêter la moindre attention et se posta devant la porte métallique. A peine s’était-elle figée que Marat éclata d’un rire retentissant. Puis il se rapprocha d’elle au point qu’elle sentit son souffle près de son oreille.


- Très impressionnant, ma douce. Mais tu serais tellement plus crédible si tu daignais libérer l’ourlet de ta robe de cette magnifique tresse de dentelle qui te sert de sous-vêtement.

 

Pivotant d’un quart de tour devant les portes réfléchissantes de l’ascenseur, Lilhandra eut la désagréable surprise de constater que depuis qu’elle s’était vêtue dans les toilettes des dames, c’est-à-dire depuis plus d’une demie heure, le bas de sa robe était resté coincé dans son string, dévoilant la totalité de sa fesse droite… De nouveau, le feu lui monta aux joues tandis que Marat se délectait du spectacle alors qu’elle extirpait tant bien que mal de son string l’objet du délit. Nul doute que sa dignité venait encore d’en prendre un sacré coup… Vampire : 2, Seelie : 0… La partie commençait mal… Et merde…

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Samedi 8 août 2009 6 08 /08 /2009 11:29

Térésa Sanchez commençait à avoir l’habitude des visites des forces de l’ordre depuis la disparition de Brad Dayton. Elle gérait aussi bien que possible ce petit immeuble où les résidents cherchaient avant tout sécurité et tranquillité mais depuis deux jours, les passages répétés de la police puis de l’AFIS, commençaient à rendre les locataires un tantinet nerveux. En tant que concierge, sa mission était aussi bien de maintenir les lieux communs dans un état de propreté absolue que de s’assurer de la quiétude de ses locataires.

 

Les deux agents de l’AFIS qui l’attendaient à la porte de sa loge alors qu’elle recherchait le double des clés de Brad Dayton étaient encore différents de ceux de ce matin. Moins effrayants en tout cas. Selon elle, l’homme tenait autant de l’hidalgo que du crooner et elle devait bien admettre qu’il était fabuleusement séduisant, lui rappelant ces acteurs des années cinquante. Mais un physique aussi avantageux devait forcément cacher quelque chose de monstrueux. La femme, elle, semblait tout ce qu’il y avait de plus humain. Pas vraiment belle avec ses cheveux tirés en arrière et son blouson d’aviateur porté par dessus un débardeur et un jean tout ce qu’il y avait de simple. Mais là aussi, l’habit ne fait pas le moine. Depuis l’annonce officielle de la création de l’AFIS, bon nombre d’humains avaient fait part de leur satisfaction de voir une brigade spéciale s’occuper des problèmes que pouvaient générer les SurNats. Pas Térésa Sanchez. Si elle craignait les SurNats en temps normal, ceux-là lui fichaient une trouille d’enfer parce qu’ils avaient maintenant un pied dans le système judiciaire et c’était loin de lui plaire. Quant à ceux qu’elle avait accompagnés ce matin, et notamment le petit monstre avec ses griffes noires et ses yeux jaunes plein de haine, elle ne leur aurait jamais confié ne serait-ce qu’un lance-pierre. Enfin, ceux-là étaient sensés représenter les « gentils »… Sa plus grande crainte était que l’un de ces monstres emménage dans l’immeuble. Là, pour le coup, elle aurait très certainement donné sa démission. La vie à New York était déjà assez dangereuse comme cela sans pour autant courir après le danger. Levant les yeux au ciel en signe de contrariété, Térésa Sanchez glissa le trousseau dans la poche et précéda les deux agents fédéraux avant de les inviter à la suivre dans l’escalier.

 

- L’appartement de Monsieur Dayton est le 302. Il n’y a que deux appartements par étage. Le 301 est occupé par Madame Travis et ses deux enfants. Elle est absente la journée. Elle travaille dans une banque. Mais j’ai déjà dit tout cela à la police ainsi qu’à vos collègues qui sont passés ce matin. Et la police a déjà visité l’appartement hier.

 

- Nous savons tout cela Madame Sanchez et nous sommes ici uniquement pour vérifier que tout à bien été fait dans les règles afin de ne négliger aucune piste, annonça Rachel d’une voix douce afin d’apaiser la gardienne.

 

Flairer une piste serait plus exact, pensa intérieurement Matt tendit qu’il enlevait le trousseau de clés des mains Térésa Sanchez avant de déverrouiller la porte. Matt poussa la porte de l’appartement de Dayton puis s’effaça pour céder le passage à Rachel tandis que la concierge, se tenait sur le pas de la porte, hésitant un instant à entrer. Celle-ci pénétra enfin dans l’entrée, alluma la lumière. Réprimant sa peur, elle suivit les deux agents. Elle appréciait monsieur Dayton qui, contrairement à d’autres locataires qui ne se souvenaient d’elle qu’en cas de besoin, avait toujours un bon mot à son égard. De plus, il n’oubliait jamais les étrennes de fin d’année. Il était hors de question qu’elle laisse naviguer ces créatures démoniaques dans son appartement, fouiller ses affaires ou prendre quoi que ce soit. Elle témoignerait s’il le fallait. Rachel était déjà dans le salon, figée, comme si elle attendait un événement particulier.

 

- Animal… Félin apparemment…souffla Rachel à Matt en se figeant brusquement.

 

- Oui, je l’ai senti…

 

Rachel réprima un frisson. Un félin. Il ne manquait plus que cela… En tant qu’oiseau, sa peur viscérale des félins venait de refaire surface, faisant tressauter ses entrailles. C’était idiot car avait une envergure de près de deux mètres et un poids avoisinant les quarante kilos sous sa forme animal, seuls les très gros félins pouvaient être véritablement dangereux. Et à New York, les matous de cette taille, ça ne court pas les rues… Devant l’immobilité de Rachel, Matt se mit à la recherche de l’animal. Le logement de Dayton, un petit loft au troisième étage d’un vieil immeuble restauré, était aménagé de manière typiquement masculine. Béton ciré, inox et cuir étaient les matières de prédilection de l’appartement et la froideur du métal se mariait à merveille avec la texture chaude du cuir brun qui envahissait la pièce. La cuisine, un monobloc d’inox et de béton n’était séparé du salon que par un bar servant de table. Matt jetait un coup d’œil aux alentours quand ses sens hypersensibles de lycanthrope furent brusquement assaillis par une odeur âcre et ammoniaquée. Il contourna prudemment le bar, suivant la piste de l’odeur qu’il avait senti.

 

- Hmmm. Apparemment Brad Dayton ne vivait pas complètement seul. Je viens de trouver une magnifique litière commenta Matt. Puis, se redressant, ses yeux se posèrent tour à tour sur une gamelle en inox parfaitement nettoyé. Ouvrant un des placards, il remarqua toute une série de boites de conserve de crabe, de thon, de saumon et de crevettes. Par contre, le frigo était désespérément vide. Quelques tranches de pain de mie dans une boite plastique, une plaquette de beurre bien entamée, une tomate quelque peu flétrie et un yaourt qui était arrivé à sa date limite de consommation.

 

- Et pas n’importe quel chat… Ce royal greffier mange mieux que son maître !

 

Térésa Sanchez, qui surveillait discrètement les faits et gestes des agents fédéraux, émit un petit raclement de gorge.

 

- Monsieur Dayton a un chat dont il est très fier. Il fait beaucoup de concours et ils ont remporté beaucoup de prix !

 

Alors que Matt repassait dans le salon, il s’arrêta près de l’étagère où se trouvait une multitude de livres, DVD et CD. Tout était impeccablement rangé. Pire, il y avait une certaine maniaquerie dans ce rangement. Les films étaient classés par ordre alphabétique tout en préservant un harmonie visuelle. Les CD étaient classés par interprètes qui étaient eux-mêmes classés par ordre alphabétique. Il en était de même pour les livres et les revues qui bénéficiaient en plus d’un classement chronologique. Sur l’étagère la plus basse, une série d’albums photos à couverture de cuir brun ou vert foncé, étaient parfaitement alignés. Tous, sauf un. Sa couverture bleu ciel représentait en son centre un chaton endormi dans un panier rempli de pelotes laine. Totalement kitch, il dépareillait de l’ensemble harmonieux qu’avait créé Dayton. A l’intérieur, une centaine de photos de chats. Non, de photos du même chat. Chat à la mer, Chat à la montagne, Chat dans des concours de beauté… La vie de Dayton semblait tourner autour de son chat. Pas étonnant qu’il n’ait pas de petite amie régulière !

 

- Viens voir par là, lui lança Rachel, qui s’était éloigné vers le fond de l’appartement.

 

De grands et fins voilages gris et blancs délimitaient l’espace nuit composé d’un lit rond recouvert d’un couvre-lit et de coussins en fausse fourrure d’un endroit tout à fait particulier. Une multitude de coussins du même genre que ceux du lit de Dayton étaient disposés en tas à même le sol, une pot de fleur où poussait une herbe verte et dense ainsi qu’un arbre à chats monumental étaient disposés avec soin. Une boite en bois avec tout un tas de jouets pour chat était rangée dans un coin et une vieille bûche de bois installée contre le mur était labourée de coups de griffes. Enfin, tout un équipement de toilettage composé de shampoings secs, de peignes, de brosses et d’un coupe-griffe trônait fièrement dans une corbeille en osier.


- Si ce n’est pas aimer son chat, ça… ironisa Matt.

 

- Oui, c’est la chambre de Félix, indiqua la concierge.

 

- Félix ? s’exclamèrent en même temps les deux agents de l’AFIS.

 

- Oui, Félix, le chat de Monsieur Dayton.

 

- Bien et où est-il actuellement ce chat ? demanda Matt

 

- Et bien justement… Personne ne le sait. Ce n’est pas un chat fugueur et j’ai déjà demandé à madame Travis qui a l’habitude de s’en occuper lorsque Monsieur Dayton est en déplacement. Elle ne l’a pas vu non plus. D’ailleurs, elle m’a demandé de voir avec la police pour Félix. Elle est prête à adopter l’animal vous savez… Alors si cela ne pose pas de problème… continua la concierge.

 

- Il s’est peut-être sauvé lorsqu’ils ont ouvert la porte. Félix est un peu la mascotte de l’immeuble, commenta la gardienne. Parfois, quand son maître sort, il vient jusqu’à à la loge ou alors chez Madame Travis. Elle a deux enfants qui ont pris l’habitude de s’occuper de Félix lorsque son maître est en déplacement.

 

- Il s’est peut-être sauvé lorsque la police est venue hier. Il sortira de sa cachette lorsqu’il se sentira en sécurité. Quant à l’adopter, c’est peut-être un peu tôt mais si Madame Travis à l’habitude de s’occuper de lui, cela ne devrait pas poser de problème, l’interrompit Matt, seulement si l’animal est retrouvé, vous seriez gentille de nous prévenir.

 

La concierge hocha la tête en signe d’assentiment avant de les suivre de nouveau dans le salon.

 

- Monsieur Dayton semble être un homme très ordonné, remarqua Rachel.

 

- Ca vous pouvez le dire ! Il a fait appel à plusieurs sociétés de ménage et il n’a jamais été satisfait des employées qu’on lui avait adressé. Alors depuis, c’est moi qui fait son ménage une fois par semaine. C’est pas que ce soit pénible mais monsieur Dayton est très exigent et j’ai une liste de consignes longue comme le bras ! Enfin… C’est un brave homme. Et pas marié. Je lui ai dit plusieurs fois qu’il ferait un bon mari. Mais à chaque fois il se met à rire comme si je venais de lui raconter la dernière blague à la mode !

 

- Gay ? demanda Matt

 

- Oh non ! Je ne crois pas… Il reçoit des dames parfois… Mais maintenant que vous le dites, ça fait un moment que je n’ai pas vu de femme redescendre de chez monsieur Dayton…

 

- Merci madame Sanchez. Nous allons prendre quelques photos pour notre dossier. Nous prenons aussi l’ordinateur portable et les papiers personnels de Monsieur Dayton puis vous pourrez refermer derrière nous. Je vais vous laisser ma carte pour le cas où vous auriez d’autres informations à nous communiquer. Et surtout prévenez-nous immédiatement si quelqu’un se présente pour Monsieur Dayton ou si quelqu’un demande à entrer dans l’appartement pour une raison quelconque.

 

- Et pour le chat ? renchérit Térésa Sanchez d’une voix hésitante.

 

- Et pour le chat, confirma Rachel.

 

Matt et Rachel venaient de quitter l’immeuble de Dayton lorsque le portable de ce dernier se mit à sonner.

 

- C’est notre chère Madame Sanchez, commenta Matt avant de décrocher.

 

- Tu lui as tapé dans l’œil, ricana Rachel.

 

Matt afficha un sourire de star hollywoodienne. S’il n’avait pas fini par un clin d’œil humouristique et levé le pouce à la Mister Bean, Rachel aurait été certaine qu’elle venait d’effleurer l’égo démesuré de son collègue. Matt reprit un air sérieux avant de porter son téléphone à l’oreille.

 

- Bien, je vous remercie de nous avoir contactés, répondit-il au bout de quelques secondes tandis qu’il remettait son téléphone portable dans la poche intérieure de sa veste.

 

- Alors ? demanda Rachel avec curiosité.

 

- Alors nous allons rendre une petite visite à la société TV&Sat. Ils sont venus installer un nouveau décodeur à Brad Dayton pas plus tard qu’avant hier en fin de journée. Elle n’y a pas pensé sur le coup car c’est son mari qui s’est chargé d’accompagner l’installateur. C’est en rangeant ma carte dans son carnet d’intervention qu’elle a remarqué leur passage.

 

- Juste quelques heures avant sa disparition ! Il faut qu’on mette la main sur le technicien en question ! Il est le dernier à avoir vu Dayton…

 

- Tout à fait et tu sais quoi ? La société se trouve à deux rues d’ici.

 

- Et bien allons-y mais après, il faut que je mange… Je meure de faim.

 

- Ca, c’est la mission numéro deux… Nourrir toute une meute d’agents fédéraux affamés avant le briefing.

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Samedi 8 août 2009 6 08 /08 /2009 11:07

Si les laboratoires scientifiques de l’AFIS grouillaient de monde, les bureaux, en revanche, étaient redevenus déserts. Enfin presque déserts. L’open-space était une grande pièce rectangulaire où une douzaine de bureaux, tous identiques, étaient agencés par blocs de quatre où seules les allées de passage marquaient leur séparation. Quiconque entrait dans cette zone de travail pouvait penser se trouver dans une succursale de Google tant le matériel informatique était à l’avant-garde de la technologie. La salle de réunion qui jouxtait le bureau de Kévin Bradford regorgeait aussi des dispositifs de communication dernier cri, du vidéo-projecteur à la visioconférence. Elle était occupée en son centre par une vaste table ovale qui était envahie par une bonne centaine de dossiers éparpillés un peu partout. De chaque coté du monticule de paperasse, Raven et Hannibal Jarvis épluchaient un à un les dossiers relatifs aux disparitions déclarées à New York depuis six mois.

 

L’agent Chelsea, très probablement un bleu du FBI à qui l’on refilait toutes les corvées, s’était coltiné le transfert des dossiers en fourgonnette et était chargé de leur surveillance. Affublé d’un badge visiteur, il avait été installé à un bureau vide, comme le premier de la classe, et listait les dossiers sélectionnés par les agents de l’AFIS tandis qu’il rangeait consciencieusement dans des cartons numérotés ceux qui avaient été recalés. Mince comme un fil dentaire et semblant sortir tout droit du lycée, l’agent Ted Chelsea donnait l’impression d’avoir piqué le costume de son père tant son physique juvénile dépareillait avec le complet noir de coupe stricte. Ses cheveux roux bouclés coupés assez courts et la myriade de tâches de rousseur qui envahissaient son visage lui donnaient l’allure d’un chérubin. Sauf que le chérubin en question était sorti major de sa promotion et portait un flingue sous sa veste à cinq cents dollars.

 

Raven et Hannibal avaient passé toute la matinée à éplucher les dossiers de disparitions non élucidées que le FBI leur avait confié. Collés régulièrement au téléphone afin d’interroger les policiers qui avaient ouverts les enquêtes, ils avaient fini par éliminer tout juste un quart des dossiers, déposés en un tas à l’équilibre précaire sur un coin de table quand un raclement de gorge se fit entendre.

 

- Euh… Dites… Il est presque quatorze heures… murmura timidement le jeune homme. Que diriez-vous d’une pause sandwich ?

 

Raven et Hannibal levèrent le nez en direction du jeune homme, comme si celui-ci venait de donner une information capitale.

 

- Il y a un déli au coin de la rue. Allez donc manger quelque chose et prenez un peu l’air.

 

- C’est que je suis responsable de ces dossiers et, euh... j’ai pour consigne de ne pas les laisser sans surveillance…

 

- Agent Chelsea, nous sommes des agents fédéraux tout comme vous et connaissons l’importance de ces dossiers alors soyez assurés que nous ne prendrons pas un malin plaisir à les mélanger, le rassura Hannibal dans un sourire bienveillant.

 

- Oui, mais…

 

- Agent Chelsea, l’interrompit Raven, vous avez faim ou pas ? Parce que les meilleurs sandwiches sont déjà probablement vendus et digérés aussi je vous suggère de vous dépêcher avant que vous n’ayez plus que les miettes. Soyez-en certain,  vos dossiers ne quitteront pas cette pièce. Et nous ne manquerons pas de signaler à vos supérieurs l’efficacité de votre collaboration.

 

L’agent Chelsea piqua un tel fard qu’on aurait pu penser qu’il sortait d’un sauna puis, ramassant son trench, hocha légèrement de la tête en signe d’assentiment avant de filer vers l’ascenseur. A peine les portes se furent-elles refermées, que Raven et Hannibal se replongèrent dans l’étude de leurs documents respectifs.

 

Au bout de quelques minutes, Raven jeta un rapide coup d’œil par-dessus sa pile de dossiers. Hannibal était plongé dans la lecture d’un des nombreux rapports de disparition qui envahissaient leurs bureaux respectifs. Elle aimait le voir ainsi en pleine concentration, sourcils froncés et mâchoire serrée. Il émanait de lui une force tranquille qui l’avait tout de suite séduite.

 

- Tu as trouvé quelque chose d’intéressant ? demanda Hannibal d’un air interrogateur.

 

- Ce qu’il y a de plus intéressant vient d’interrompre ma rêverie… répondit-elle dans un soupir. Sinon, rien qui ressemble de près ou de loin à notre cas de disparition.

 

- Pareil pour moi… Je crains malheureusement que l’on ne trouve rien de concret tant que nous n’aurons pas mis la main sur le corps de Brad Dayton…

 

- Le corps de Dayton ? Tu penses qu’il est mort ? Il a disparu depuis moins de vingt quatre heures, comment peux-tu être aussi sûr de toi ?

 

- Je n’en sais rien. Mais tu sais aussi bien que moi que les techniques de profiling sont totalement inefficaces dès lors que des SurNats sont impliqués. De plus il faut bien admettre que nous manquons cruellement d’indices. Et si les autres ne trouvent rien, le cadavre de Dayton serait la seule chose qui nous permettrait de poursuivre l’enquête et éviter une hécatombe…

 

- Tu penses à un duo de tueurs en série ? Après une seule disparition ?

 

- Primo, nous ne savons pas si c’est la seule disparition de ce genre… D’autres enlèvements ont peut-être déjà eu lieu. Je te rappelle que seule la présence de témoins nous a orientée vers une piste criminelle. Secondo, le scénario est trop bien rodé… Des traces de magie limitées, aucune marque visible sur les lieux du crime comme des empreintes ou des traces de lutte… Ce qui tenterait à prouver que nos hommes n’en étaient pas à leur coup d’essai et qu’ils maîtrisaient parfaitement la situation… Tertio, après avoir pris autant de soin à mettre au point leur scénario, ce n’est certainement pas pour garder leur victime en vie ad vitam aeternam. La prudence voudrait que nos hommes ne passent à l’acte qu’une fois qu’ils seraient certains de pouvoir s’occuper de leur victime jusqu’au bout. Et il me semble évident que nous sommes loin d’avoir affaire à des imbéciles… Et Kévin partage mon avis. Il est d’ailleurs parti au SRIS vérifier la liste des SurNats ayant obtenu l’autorisation de vivre sur le sol américain depuis ces six derniers mois.

 

- Donc, tu suggères que nous attendions de retrouver le corps de Dayton, et par là de nouveaux indices, pour poursuivre les investigations ?

 

- Non… Je suggère plutôt de tenter chaque nuit une prise de contact avec l’âme de Dayton afin de déterminer combien de temps son assassin l’aura gardé en vie et surtout d’essayer de convaincre son esprit de nous conduire jusqu’à son cadavre…

 

- Tu ne comptes vraiment pas retrouver Dayton vivant…

 

- Je n’y ai jamais cru une seule seconde…

 

Raven contempla le long visage émacié de son mari et ne pu réprimer une grimace d’inquiétude. Hannibal conservait une allure juvénile malgré ses trente cinq ans mais son regard bleu acier semblait, lui, appartenir à une personne bien plus âgée. A une personne qui a vu des choses qu’elle n’aurait jamais du voir. Pourtant, son regard pouvait aussi être plein de tendresse. Raven étendit ses bras sur la table, recouvrant affectueusement les mains d’Hannibal.

 

- Ce que tu veux faire va exiger une grande mobilisation énergétique de ta part… Si les kidnappeurs décident tout de même de garder Dayton en vie quelques temps, tu risques gros…

 

Les lèvres minces d’Hannibal s’étirèrent dans un sourire gracieux, presque féminin.

 

- Tant que nous n’aurons pas d’autres pistes, nous n’aurons pas tellement le choix… Et le temps nous est compté… Je ne sais pas si Dayton est leur première victime, mais il est certain qu’il ne sera pas la dernière. Avec aussi peu d’indices, je crains qu’il soit déjà trop tard pour Dayton, mais rien ne nous empêche de le localiser grâce à la magie, même si cela doit impliquer de la sueur et du sang.

 

Hannibal adressa un nouveau sourire à sa femme. Il connaissait ses craintes. Leurs magies respectives étaient très différentes même si elle étaient aussi complémentaires. Car si Raven tirait son pouvoir de la Mère Lune, lui le tirait des morts avec le risque toujours présent de se retrouver confronté à un pouvoir qui le mettrait en difficulté, qui lui coûterait même la vie. Car s’il pouvait appeler la magie des morts et la contrôler, un jour ou l’autre, elle sera plus puissante et lui fera franchir la ligne qui sépare les vivants des défunts. Tel était le risque pour les nécromanciens.

 

- Bon, en parlant de mobilisation énergétique, ça fait bien quatre bonnes heures que nous sommes sur ces dossiers, non ? Il est quatorze heures passées, alors que dirais-tu d’un bon gros hamburger avec tout plein de sauce et un bon gros cornet de frites imbibées de mayonnaise, le tout arrosé d’un soda géant à haute teneur en glucides ?

 

- Hmmm… Toi, tu sais parler aux femmes ! conclut Raven en riant aux éclats.

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Samedi 8 août 2009 6 08 /08 /2009 10:52

Central Park avait repris ses activités habituelles comme si de rien n’était. Les joggers, les mordus du rollers ou tout simplement les salariés soucieux de prendre un bol d’oxygène avant leur confinement dans des bureaux climatisés avaient repris possession des lieux, poussés par la clarté sans faille d’un ciel printanier. Seule une zone restreinte, entre le Lake et Cherry Hill, demeurait interdite à quiconque ne possédait pas un uniforme ou une plaque.


Lyl’Lee, flanquée d’Angus et Seamus, avançait d’un pas décidé vers les deux agents de police en faction devant la bande jaune délimitant la zone d’investigation. Bien que tous les relevés d’indices aient été effectués, Lyl’Lee avait besoin de réajuster son point de vue directement sur le lieu des faits après les hypothèses évoquées la veille lors du débriefing. Lilhandra avait soulever un lièvre : tous les faes ne sont pas des anges… Ainsi, elle avait passé le reste de la nuit à se retourner dans son lit, cherchant un quelconque moyen de rattraper ce qu’elle considérait comme une faute impardonnable. Personne ne pouvait le savoir et personne ne lui en voudrait d’ailleurs puisque aucun membre de l'équipe n'avait pensé à inclure les seelies et unseelies dans la recherche d’indices. Mais elle ne pouvait se résoudre à en partager les conséquences. Après tout, elle avait été la première, avec une équipe complète d’experts scientifiques, sur les lieux de l’enlèvement et pas une fois les ces SurNats ne lui étaient venus à l’esprit. Le visage levé vers le ciel et les paupières closes, Lyl’Lee huma l’air comme si elle avait été en apnée depuis plusieurs minutes. Le Fluide du kidnappeur s’était en grande partie dissipé et son aura devenue insaisissable mais elle espérait tout de même mettre la main sur quelque chose de probant.


Du haut de son mètre cinquante deux, Lyl’Lee n’avait rien d’impressionnant. Ses cheveux auburns coupés à la garçonne et ses yeux verts pétillants de malice en étaient la cause principale. Les premiers mots qui venaient à la bouche de quiconque la voyait étaient lutin ou farfadet et cela avait le don de la mettre en rogne. c'était comme comparer un chien et une licorne ! Tout deux étaient des mammifères et avaient quatre pattes mais la comparaison s'arrêtait là !  Mais aujourd’hui, elle avait justement plutôt l’air d’avoir perdu son chien… Et avec son tailleur noir, elle était prête pour aller à ses funérailles… Bref, ce qu’elle considérait comme la bavure du siècle avait boulotté sa bonne humeur habituelle. Elle y avait repensé toute la nuit. Elle n’avait pas trente six solutions pour redresser la barre. Il lui fallait invoquer la Magie Elfique, qui prenait sa source dans la nature elle-même, pour lui servir d’hôte et en dompter le Fluide afin d’évoquer son elfshot sacré.


Lyl’Lee était particulièrement fière de cet elfshot dédié uniquement aux rituels magiques qu’elle avait fabriqué elle-même à partir d’un silex sacré de la montagne Tylwyth teg Munt qu’elle était allée chercher pour l’occasion. Lyl’Lee avait apporté un soin tout particulier aux entrelacs et symboles sculptés relatant l’histoire de son clan et de sa famille. Les elfshots issus de cette montagne avaient la réputation d’être mortels, pouvant pénétrer la chair avec une telle force et une telle vitesse qu’ils atteignaient les organes vitaux visés sans laisser de lésion sur la peau. C’était pour cela qu’elle avait demandé au meilleur tailleur d’elfshots de Brug na Boyne la capitale du pays d’Erin de lui créer une collection complète d’elfshots militaires portant les armoiries de sa famille avant d’intégrer l’équipe terrestre de l’AFIS.


Lorsque la maison royale avait organisé les épreuves destinées à élire l’elfe qui devrait la représenter auprès du gouvernement humain, Lyl’Lee n’avait pas hésité une seule seconde. Appartenant au corps de chasse de la maison royale en tant que meilleur archer, elle s’était entraînée durement pour être à la hauteur et faire honneur à sa famille. Le fait d’être une femme ne lui avait pas facilité la tache mais sa ténacité à aller au bout des choses et son optimisme sans faille lui avaient valu d’être dans les cinq candidats potentiellement sélectionnables. De plus, son étude poussée des techniques de combat humain lui avait donné un avantage certain. Bref, elle s’était préparé pour l’œuvre de sa vie et l’échec n’était pas une option envisageable. Finalement, son hardiesse combinée à son savoir et à son agilité lui avait valu d’être déclarée officiellement vainqueur. Quelques lunes plus tard, Lyl’Lee bouclait ses coffres et entamait son grand voyage vers le Monde Premier qui avait tant fait travailler son imaginaire depuis qu’elle était enfant.


Son arrivée dans le Monde Premier fut un choc. Les habitations humaines touchaient les nuages et la Magie Technologie était omniprésente. Cela faisait deux années humaines maintenant qu’elle vivait dans le Monde Premier. Son appartement à Battery Place, juste en face du par cet du front de mer, était très agréable à vivre une fois qu’elle s’était habituée aux us et coutumes humains. Mais loin de toute nature elfique, elle avait senti sa magie fondre comme neige au soleil. Aussi, partait-elle tous les mois dans la forêt pluviale du comté de Washington afin de se ressourcer et de retrouver son mode de vie elfique le temps d’un week-end. Un sourire malicieux étira ses fines lèvres. Son dernier voyage datait d’une semaine et elle était au mieux de sa forme. Avec son elfshot rituel et la magie elfique dont elle débordait, cette bavure ne serait plus qu’un mauvais souvenir.


Alors que Lyl’Lee se concentrait, l’air se troubla tout autour d’elle et quelques mots quasiment inaudibles s’échappa de ses lèvres. Un magnifique elfshot anthracite se matérialisa juste devant ses yeux, flottant et oscillant comme l’aiguille d’une boussole à la recherche du Nord. Les bras légèrement écartés, paumes dirigées vers le sol, la jeune Elfe ferma les yeux et prit de nouveau une grande inspiration puis dicta ses instructions à l’elfshot en lévitation. Au fur et à mesure que les paroles rituelles étaient prononcées, des symboles s’inscrivirent dans l’air en lettres d’or. L’Elfshot se mit à émettre un son grave tel un bourdonnement d’abeille tandis qu’il absorbait les paroles magiques. Piqués de curiosité, quelques badauds s’agglutinèrent le long de la ligne de démarcation, amenant les deux policiers en uniforme à ranger leur curiosité dans leur poche et à redoubler de vigilance. Leur capitaine avait été très clair sur le sujet, pas de frasque en présence des agents de l’AFIS. Et surtout pas de bavure…


Tandis que Lyl’Lee sondait les alentours avec son elfshot rituel, Seamus, posté sur les épaules d’Angus, recherchait des résidus de Magie jusque dans la cime des arbres. Si un SurNat s’était caché dans l’arbre et y avait pratiqué un rituel quelconque, il devait forcément y avoir des traces résiduelles de magie : sur les feuilles, les branches, l’écorce de l’arbre.


Seamus, gobelin de son état, n’était pas un être particulièrement sympathique et s’en foutait comme de sa première dent. Ses compétences relationnelles s’arrêtaient aux seuls membres de l’équipe et il était perché sur les épaules de son seul véritable pote. Bref, il se savait être une tête de con doublé d’un talent inné pour ce qui était du cynisme et vivait avec sans que cela lui cause le moindre remords. Mais s’il était une chose sur laquelle on ne pouvait rien lui dire, c’était le boulot. Et là, il avait beau scruter jusque le dessous des feuilles ou sonder le cœur des bourgeons, il n’existait aucune empreinte liée à la Magie. Non pas que ces traces aient pu disparaître ou avoir été effacées. Non. Il était certain qu’il n’y en avait jamais eu. Seamus jeta un coup d’œil vers le bas. Il se trouvait à près de trois mètres du sol et à peine à quelques mètres de l’endroit où les témoins avaient dit avoir vu disparaître la victime. Pourtant, il ne trouvait rien, à part la pelouse et l’eau du lac.


Lyl’Lee était une chouette nana mais là, elle déconnait complètement. Ils avaient attendu trop de temps pour un second scan et si, par chance, ils trouvaient un résidu magique, il resterait à prouver qu’il appartenait aux kidnappeurs et non pas à un changeling ailé qui se serait posé sur une branche pour piquer un petit roupillon. De plus, sans scan et donc sans preuve matérielle, ce qu’ils trouveraient ne serait pas recevable.


Il savait parfaitement ce qui trottait dans la tête de l’elfe. Lyl’Lee n’était pas quelqu’un qui se satisfaisait de la moyenne. Il fallait que chaque entreprise dans laquelle elle s’engageait débouche immanquablement sur une victoire. Le fait d’être peut-être passé à coté de quelque chose avait un arrière goût d’échec pour elle. Et la dernière fois que cela s’était produit, elle était devenue presque aussi imbuvable que lui. Reste à savoir ce qui serait pire : trouver quelque chose et ne pouvoir l’utiliser ou bien ne rien trouver du tout…


- Alors, il fait beau là-haut ? s’esclaffa Angus tandis que Seamus se débattait pour ressortir des feuillages.


- Fais-moi redescendre…


- Pas avant que tu m’ais dit s’il va pleuvoir pendant le match des Dodgers ce soir.


- Suis pas une putain de grenouille ! Si tu veux savoir le temps qu’il fait, t’as qu’à lever ton gros blair et renifler l’air. Avec un peu de chance, tu pourras même te moucher dans un ballon-sonde !


Angus éclata d’un rire tonitruant qui fit sursauter les deux flics toujours occuper à contenir les curieux. Lyl’Lee fit lentement retomber ses mains et l’elfshot disparut. Balayant une dernière fois des yeux les abords du Lake, Lyl’Lee se rapprocha de ses collègues.


- Rien de mon coté non plus, constata Lyl’Lee, sourcils froncés. Il y a bien quelques traces de Magie mais le Fluide s’est dissipé depuis le temps et je crains fort que mes prélèvements d’aujourd’hui ne fassent double emploi avec ceux du labo… Nous n’avons plus rien à faire ici les gars. Nous passons donc à l’étape deux : l’enquête de proximité.


Les deux hommes la regardèrent comme s’ils attendaient que la foudre tombe enfin.


- Et c’est tout ? Pas de grosse colère ? pas d’insultes incompréhensibles ? demanda Angus, d’un air ravi.


- Ben, non. Que veux tu que je dise de plus ? Le fait de ne rien trouver est plutôt une bonne chose les gars. Sinon on serait dans la panade jusqu’au cou avec des indices inexploitables. Et comme le dit si bien notre chef vénéré : évitons le plus possible de passer pour des brèles !


- Ah oui ? Bon, ben alors tu me dois cinquante dollars, rétorqua Angus en se tournant vers Seamus qui tirait une tronche de six pieds de long.


- Ben oui, c’est tout : et gnagnagna ! Putain, on peut vraiment plus compter sur personne ! J’aurais mieux fait de rester couché ! marmonna Seamus tandis que les autres éclataient de rire.


Il était tout juste onze heures lorsque Lyl’Lee, Seamus et Angus pénétrèrent dans le cabinet de courtage Cavanaugh & Portmann Society. Les investigations à Central Park n’ayant rien donné, tous espéraient que le cabinet de courtage où travaillait Dayton recèlerait quelques informations, voir un début de piste…


Tandis que Seamus et Angus passait au crible le bureau de Brad Dayton, Lyl’Lee interrogeait tour à tour le personnel de la société. Alors qu’elle sortait un petit magnétophone sur la table, un grand gaillard s’installa face à elle. Après un entretien avec les deux dirigeants et les huit employés, qui s’avéraient être tous humains, il en était ressorti la pire chose qui soit : Brad Dayton était un employé exemplaire sans histoire et apprécié de ses collègues. Bref, pas l’ombre d’une piste… Si elle n’obtenait rien de probant, il leur faudrait visiter les delis et les diners aux alentours, l’interrogatoire des voisins de Dayton n’ayant pas donné grand chose non plus.


- Cela ne vous dérange pas que j’enregistre notre entretien ? Vous êtes ?


- Larry Haldorf.


- Alors Larry… Que pouvez-vous me dire sur Brad Dayton ?

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Vendredi 24 juillet 2009 5 24 /07 /2009 14:13

Il était presque onze heures lorsque Terry sentit quelque chose remonter le long de ses jambes. Avant même qu’elle n’ait eu le temps d’attraper son Firestar caché sous son oreiller, un miaulement déchirant lui perça les tympans. Se redressant tant bien que mal, elle fixa un magnifique persan à la robe caramel striée de noir et de chocolat.

 

- Danaé… Refait ça encore une fois et la déesse Bastet aura bientôt un nouveau chat de compagnie ! marmonna Terry tandis qu’elle gratouillait la tête de Danaé et que cette dernière émettait une série de ronronnements de plaisir.

 

Déposant la chatte à ses pieds, Terry enfila rapidement le holster accroché à sa tête de lit et passa rapidement un kimono. D’habitude, elle se contentait de déambuler dans son appartement en tenue d’intérieur : brassière, en boxer et holster. Mais cette nuit, elle s’était mise d’accord avec Kévin pour héberger Lilhandra le temps de l’enquête ; les deux femmes devant principalement enquêter de nuit. De plus, bien que la jeune seelie appréciait à sa juste valeur l’accueil que lui avait réservé la famille Crawford, Terry avait nettement ressenti le besoin de Lilhandra de s’affranchir de l’hospitalité de Kévin qui s’avérait être aussi son supérieur hiérarchique. Enfin, Lilhandra étant de nature discrète et son appartement disposant d’une véritable chambre d’ami, Terry songeait de plus en plus à partager son quotidien avec quelqu’un. La solitude pouvait aussi être très pesante pour les agents fédéraux. Mais surtout c’était l’occasion idéale pour apprendre toutes les ficelles du métier à la jeune seelie.

 

Terry jeta un coup d’œil à sa montre et se dirigea d’un pas traînant vers la cuisine tandis que Danaé prenait un malin plaisir à se faufiler entre ses jambes.

 

- Oui, oui… Ca vient Baby… murmura doucement Terry tandis qu’elle émiettait une petite boîte de thon dans un ramequin en verre.

 

- Poisson et lait écrémé… Tout ce qu’il faut à une petite chatte soucieuse de sa ligne.

 

Après s’être débarrassée de la boite de conserve vide, Terry entreprit de préparer du café, des toasts, des œufs au bacon, deux belles tranches d’ananas frais puis sortit deux yaourts au bifidus du réfrigérateur.

 

- Et ça, c’est tout ce qu’il faut à deux belles plantes pour bien commencer la journée…

 

Alors que l’odeur alléchante du brunch envahissait peu à peu l’appartement, Terry entendit la porte de la chambre d’ami s’ouvrir puis en sortir une fée qui semblait avoir fait la bringue toute la nuit.

 

- Bonjour, lança Lilhandra, encore à moitié endormie.

 

- Salut ma belle… C’est pas la grande forme, n’est ce pas ?

 

- J’ai du mal à me régénérer dans ce monde… A Sidh’Danaan, nous bénéficions de la protection de trois lunes dont une en plein jour. Ici… Son pouvoir paraît si faible… Ou peut-être est-ce moi qui ne suis pas encore capable de l’absorber…

 

- Oui, et bien ça ne m’étonne pas… Ton métabolisme est différent de celui des humains et tu n‘as pas les même besoins. Clara est une chouette nana mais coté bouffe, elle ne jure que par le végétarisme, le macrobiotisme et l’agriculture biologique. Ca c’est bon pour les poules mais ce n’est pas un régime qui peut convenir longtemps à un SurNat. Encore moins à une Seelie. Et si elle savait que Kévin se tape deux ou trois hamburgers chaque midi pour compenser, elle crierait à la haute trahison.

 

- Comment fais-tu pour tenir ?

 

- Je suis à moitié humaine, rappelle-toi. Je n’ai donc pas vraiment les mêmes besoins que toi… Toutefois, j’ai des exigences énergétiques plus importantes que les humains et l’appel de la Lune est tout aussi crucial pour moi que pour toi. Donc, je ne lésine jamais sur la nourriture et je médite sur la terrasse lorsque le besoin s’en fait sentir.

 

- Hmmm… En tout cas, cela sens drôlement bon. J’en ai l’eau à la bouche… Il va falloir que j’apprenne à me nourrir correctement et pour cela que tu m’apprennes à cuisine en plus du reste, répondit Lilhandra tandis qu’elle s’installait au bar et ajoutait un nuage de lait à son café avant de porter la tasse à ses lèvres.

 

- Justement, à ce propos… Je me demandais si tu serais intéressée pour occuper la chambre d’ami à titre permanent… Cela serait bien plus pratique puisque nous sommes amenées à travail ensemble dorénavant et puis, cela nous ferait de la compagnie à Danaé et à moi, ajouta Terry tandis qu’elle attrapait la chatte dans ses bras et frotta son menton contre sa fourrure.

 

- Je ne sais pas si…

 

- Ne te fais pas d’illusion ! Cela signifie aussi partage des tâches ménagères, de la cuisine et des courses ! Bref, il est temps aussi que tu te prennes en charge dans ce monde. Et crois-moi, je n’ai pas l’intention de te faciliter la tâche !

 

Tandis Lilhandra ne cessait d’aligner ses remerciements les uns derrière les autres, Danaé vint se coucher en boule sur les genoux de la seelie, comme si cette dernière faisait déjà partie de son univers.

 

- C’est pas tout ça… La journée va être longue… Il faut d’abord qu’on passe à l’agence recenser tous les clubs mixtes et associations réservés aux SurNats puis voir ce que le reste de l’équipe aura pu dénicher. On fera un petit crochet au labo informatique afin de te dénicher un ordinateur et un téléphone portable. Ensuite il faut qu’on passe à la boutique récupérer les tenues spécialement apprêtées pour toi. Le reste de la journée sera consacrée à ton entraînement. L’entraînement, la rigueur, la précision… C’est uniquement ça qui te permettra de rester en vie sur le terrain. Après le briefing, je verrai avec Kévin pour que tu puisses aménager rapidement ici. Ensuite, visite de quelques clubs. On n’aura pas vraiment le temps de traîner, donc tu prends des forces maintenant et on fera une pause déjeuner avant d’aller chercher tes fringues, conclut Terry en lui glissant sous le nez une assiette pleine à craquer.

 

Lorsque Terry établissait un tel programme, elle faisait en sorte de le suivre à la lettre. Tout d’abord, l’AFIS. Il n’était pas loin de treize heures et pour beaucoup de New Yorkais, la journée de travail était déjà bien entamée. Mais pour Terry et Lilhandra, elle ne faisait que commencer. La première épreuve que Terry réserva à la jeune fae fut le parcours en voiture jusqu’à l’agence en pleine heure de pointe. Si les premières leçons de conduite de Lilhandra avaient eu lieu dans des terrains vagues ou des parkings désaffectés, l’épreuve du feu  de ce jour fut un véritable calvaire. La jeune seelie, déjà stressée par la Magie Technologie, avait essuyé plus de queues de poisson et de coups de klaxon en près d’une heure que n’importe quel autre conducteur en une vie.

 

- Je n’y arriverais jamais, se plaignit Lilhandra alors qu’elle calait pour la quatrième fois.

 

- Première étape, tu tournes le contact, tu appuis sur la pédale de frein puis tu défais le frein à main. Deuxième étape, tu enfonces l’embrayage à fond - la pédale complètement à gauche - tu passes la première vitesse puis tu utilises le principe des vases communicants : pendant que tu relèves doucement ton pied gauche de l’embrayage, ton pied droit enfonce délicatement l’accélérateur - la pédale complètement à droite, dicta Terry avec pédagogie.

 

- Je sais… Je sais… Tu me l’as répété cent fois et cent fois j’ai échoué.

 

- Et bien je te le répéterais cent une fois, et plus encore si nécessaire.

 

La voiture tressauta brusquement avant de faire quelques mètres jusqu’au prochain feu rouge. La circulation très dense ne permis pas d’aller bien vite mais la voiture arriva tout de même dans le parking de l’agence d’une seule traite. Comme quoi…

 

L’agence était en pleine effervescence. Bien sûr, il y avait l’affaire Dayton, mais aussi toutes les affaires courantes d’agressions, de vol ou de discrimination impliquant des SurNats. Depuis que Terry l’avait prise en charge, Lilhandra n’avait passé que très peu de temps dans les locaux de l’AFIS. L’ignorance totale de Lilhandra concernant le travail d’investigation criminelle était une chose mais son incapacité à réagir sur le terrain était, quant à elle, dramatique. Il était clair que la jeune femme n’avait jamais rien fait d’autre que de la bureaucratie pure et dure tout comme il était évident que son affectation au sein de l’agence fédérale humaine n’avait pour autre but que de la mettre en situation de danger permanent. Le bannissement de Lilhanda par l’actuel gouvernement seelie ainsi que son but ultime était maintenant de notoriété publique à l’agence. Aussi Terry avait-elle accepté sans broncher d’inculquer son savoir-faire à la jeune seelie. Pour cela, mais aussi parce que leur racines communes avaient un attrait certain pour Terry. Toutefois, ce qui l’avait vraiment décidé était le caractère bien trempé de la jeune seelie. Dès le premier contact, Terry avait su que Lilhandra ferait parfaitement l’affaire. Elle en avait l’intime conviction et son sixième sens, lié aussi bien à sa nature de demi fae qu’à la magie, ne lui avait jamais fait défaut une seule fois.

 

Les deux jeunes femmes quittèrent l’ascenseur puis saluèrent l’hôtesse d’accueil avant de se diriger vers leurs bureaux respectifs. Lilhandra ne fit aucune remarque mais la question de savoir si les groupes de travail avaient été réorganisés du fait de son arrivée la titilla. Son bureau faisait face à celui de Terry et se trouvait dans le même quadrille que ceux de Matt et de Marat. Dès les premières minutes de leur arrivée à l’agence, Terry confia Lilhandra à Chow, le petit génie de l’informatique de l’AFIS, afin que celui-ci lui installe un poste informatique sur le bureau qui lui avait été dévolu ainsi qu’un Blackberry dernière génération dont Lilhandra se demandait si elle maîtriserait totalement un jour ce genre de Magie. La jeune seelie avait l’habitude du travail d’investigation sur dossiers même si le sujet et le but de l’exercice étaient très différents de ce qu’elle connaissait. Mais au fond, la méthode restait la même : dénicher la pièce manquante et assembler le puzzle. Aussi, c’est avec une concentration maximale qu’elle dépouilla chaque compte-rendu d’analyse tandis que Terry, d’après les informations recueillis auprès des collaborateurs et des amis de Dayton, se chargeait lister les clubs où la victime avait l’habitude de se rendre régulièrement. Et le moins que l’on puisse dire, c’était que cet homme n’aimait pas la routine...

 

La pause déjeuner fut l’occasion pour les deux jeunes femmes d’engloutir rapidement un sandwich avant de se rendre dans la prestigieuse boutique Chanel située entre Madison et la 5th avenue. Terry estimait que quelle que soit l’activité professionnelle d’une femme, celle-ci se devait d’être toujours tirée à quatre épingles. Naturellement, il est bien moins aisé de descendre d’un toit par une échelle de secours avec un fusil à lunette dans le dos et des talons aiguilles aux pieds que d’aller jusqu’à un photocopieur. Mais lorsqu’on pouvait faire cela avec prestance, on pouvait tout faire. De plus, elle était bien placée pour savoir que les clichés avaient la vie dure. Dans une ligne de suspects, un tailleur élégant s’en sortira toujours mieux qu’un vieux jean râpé ce qui prouve bien que l’habit fait le moine ! Enfin, Chanel avait été la seule enseigne prestigieuse à avoir accepté d’adapter ses modèles afin que Lilhandra puisse déployer ses ailes sans être obligée de se dévêtir. Naturellement, cela avait été soigneusement négocié et accepté moyennant une petite contre-partie tout à fait à la portée de la jeune fée. En effet, quelle femme serait assez stupide pour refuser quelques clichés publicitaires, ailes bien en vue, contre une garde-robe quasi complète ? Robes, tailleurs, manteaux, sacs, chaussures, tout y était. Bref, les deux jeunes femmes ressortirent le sourire aux lèvres et les bras chargés d’emplettes.

 

- Que faisons-nous maintenant ? demanda Lilhandra, tandis qu’elle déposait ses paquets sur son bureau.

 

- Le Cop Fight Club, ma belle… Le Cop Fight Club. Et c’est toi qui conduit…

 

Le Cop Fight Club était le surnom officiel d’un petit club de sport sans prétention mais qui avait la particularité d’accueillir la quasi totalité des flics de New York qui refusaient de se laisser pousser la bedaine ou qui pratiquaient régulièrement des sports de combat. Les locaux étaient plutôt vétustes et le matériel n’était pas de première jeunesse mais le propriétaire du club était un ancien flic et les cours étaient donnés avec sérieux. Enfin, il avait l’avantage de se trouver a à peine deux pâtés de maison de l’appartement.

 

Comme prévu, le reste de l’après-midi fut consacré à l’entraînement de Lilhandra car si cette dernière était d’une taille tout à fait respectable à Sidh’Danaan, dans ce monde, elle était considérée comme une personne de petite taille. Il fallait donc qu’elle compense en force et en adresse les centimètres qui lui feraient immanquablement défaut dans un combat au corps à corps. Et comme tous les individus qui pratiquent plusieurs sports de combat en même temps, Terry mélangeait avec dextérité plusieurs styles, créant son propre art martial. Cela faisait donc une semaine que Lilhandra se faisait quotidiennement voler dans les plumes par Terry à un tel point qu’elle aurait pu décrire de mémoire le moindre centimètre carré du tatami. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, Lilhandra faisait aussi régulièrement un carton au stand de tir… sur les cibles des autres. C’est en forgeant que l’on devient forgeron… Vieux proverbe klingon selon Terry…

 

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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  • : Kara LORIS
  • LES DOSSIERS SURNATURELS DE LILHANDRA YOUNG
  • : www.myspace.com/karaloris

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