FUSION & EFFUSIONS

Depuis des années, j'écris régulièrement des nouvelles fantastiques que je relis, corrige avant de les laisser dormir au fond d'un tiroir.  Créer, inventer et rêver et puis alors ? Rien ? Pendant quelques mois, ces histoires oubliées, tapées sur une vieille machine à écrire électrique, furent retranscrites sur CD pour dormir de nouveau.

Et puis un jour, j'ai enfin fini par comprendre que les rêves n'attendent pas... Il y a avait toujours enfoui dans un coin de ma tête un explorateur de l'espace, un vampire ou une fée... C'est à ce moment là qu'est née Lilhandra Young, une jeune seelie (fée) déchue qui se trouve propulsée dans le monde des humains ouvert depuis quelques années aux SurNats.

Les aventures de Lilhandra Young, hormis les prologues, ne sont jamais écrits à la première personne pour une simple et bonne raison : ne pas laisser de coté un seul de mes personnages et leur donner, à tour de rôle, une importance cruciale dans le déroulement de l'histoire.

Les Disparus de Central Park met en avant chacun des personnages afin que vous puissiez faire connaissance avec eux et leur façon de voir différemment les mêmes choses mais aboutir à une même conclusion. Parfois...


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ROMAN

LES DISPARUS DE CENTRAL PARK
Les dossiers surnaturels de Lilhandra Young
(titre provisoire)

Vendredi 24 juillet 2009 5 24 /07 /2009 14:09

Cela faisait près d’une semaine que nul n’avait vu Terry et Lilhandra. A la grande surprise de tous, Terry s’était proposée pour la formation de la jeune seelie en plus de la prendre en charge comme le lui avait demandé Kévin. Depuis, elles étaient par monts et par vaux et personne ne connaissait leur emploi du temps, hormis Kévin supposait-on et ce pour la bonne raison qu’il hébergeait Lilhandra depuis son arrivée.

 

Cette dernière avait refusé d’occuper l’appartement mis à sa disposition par l’ambassade Seelie, ce qui, compte-tenu des derniers évènements, était plutôt sensé. Seulement Kévin avait aussi dû la convaincre que dormir sur une chaise de bureau, même à suspension hydraulique et munie de roulettes, était bien plus inconfortable que le pseudo canapé-lit qu’il lui proposait. Mais en fait, le plus délicat fut bien de convaincre son épouse d’accepter d’héberger temporairement un membre de son équipe.

 

Malgré son mètre quatre vingt, sa carrure de body-builder et sa brosse blond platine version coupe militaire, Kévin craignait bien plus sa femme et ses colères que la plus acharnée des créatures maléfiques qu’il ait pu rencontrer. Il n’était pas près d’oublier les dernières foudres de son épouse et rien que d’y repenser, il en avait encore des sueurs froides. Faut dire qu’annoncer à sa femme et à ses gosses qu’ils ne déménageaient plus pour la Californie mais pour New York à trois mois de leur départ n’était pas forcément la stratégie la plus raffinée. Il y avait longuement réfléchi et lorsqu’il avait enfin décidé de refuser sa promotion de directeur adjoint au sein d’une succursale de la CIA basée en Californie pour prendre la tête de l’AFIS de New York, une toute nouvelle agence fédérale qui avait vu le jour en même temps que sa toute nouvelle nomination, les cartons et les valises étaient déjà bouclés. Sa femme, sa fille et même son fils, qui était brusquement devenu un aficionado du surf, lui avaient pourri la vie pendant des semaines avant de se faire à l’idée que New York n’était pas si mal que ça en fin de compte.

 

Pourtant et contre toute attente, la jeune seelie avait été accueillie comme la princesse qu’elle était. Naturellement, s’il s’était agit d’un vampire, d’un zombie ou d’une goule, il était évident que Clara aurait demandé le divorce séance tenante. Mais une SurNat version fée Clochette, c’était différent…

 

Lilhandra occupait le bureau dans lequel était installé un vieux canapé convertible dans lequel dormait les amis de passage et toute la famille Crawford était au petit soin pour elle. Il faudrait d’ailleurs qu’il touche deux mots à Dany : ça ne se fait pas de reluquer une dame pendant qu’elle prend sa douche… Même si c’est pour soit disant voir ses ailes…Ce jeune blanc-bec allait même jusqu’à laver le bol de céréales de la jeune seelie alors qu’il lui avait fallu près de seize ans pour identifier correctement une éponge !

 

Terry venait chercher Lilhandra tous les matins puis elles disparaissaient toutes les deux jusqu’au milieu de la soirée. La seule chose qu’il ait réussi à apprendre fut que Terry mettait un point d’honneur à lui faire connaître les différents quartiers de New York, notamment là où pouvaient se trouver les plus grandes boutiques de luxe. Malgré quelques grimaces, Kévin devait bien reconnaître qu’il était véritablement nécessaire que la jeune seelie adopte au plus vite les codes vestimentaires humains. Non pas que ses robes en voile aussi transparentes que de l’eau de source ne fussent pas jolies, mais elles seraient certainement à l’origine d’une augmentation anormale du taux de testostérone chez les mâles post-pubères croisant son sillage. Les flics avaient déjà assez de boulot comme ça sans y ajouter des émeutes à caractère sexuel à chaque fois que la grande sœur des Wings battait des cils.

 

Kévin avala d’une traite sa tasse de café avant de filer vers le garage. Il était à peine sept heures du matin et c’était l’heure à laquelle il se levait d’habitude mais son bipeur en avait décidé autrement. Le code était clair mais il devait avant tout s’assurer de certains paramètres avant de décider quoi que ce soit. Si les fouines lui dégotaient ne serait-ce qu’une minuscule trace de magie sur les lieux du crime présumé, l’affaire lui reviendrait de droit. Restait ensuite à analyser les différentes données afin de déterminer à quel type de SurNats il aurait à faire et à monter son équipe d’enquêteurs. Putain… Il avait beau pester du matin au soir contre la nature même des SurNats, il adorait son job. Et il adorait tout autant chaque membre son équipe qu’il ne pouvait s’empêcher d’affubler de petits noms tout aussi affectueux que ridicules.

 

Naturellement, Raven était déjà installée derrière son bureau lorsqu’il arriva à l’agence. C’était lui qui était d’astreinte mais elle était déjà là alors qu’il ne l’avait prévenue qu’au moment où lui-même montait dans sa voiture. Quand au tout début de leur collaboration il lui avait demandé comment elle faisait pour être toujours là avant lui, elle avait éclaté de rire en lui assurant qu’il préférerait ne pas le savoir. Plus rapide… mon cul, marmonna Kévin en repensant au sort FPP (Fuck the Police Patrol) qu’elle avait lancé sur tous leurs véhicules et qui leur permettait de rouler largement au-dessus de la vitesse autorisée sans jamais attirer l’attention de leurs collègues et amis en uniformes. De plus, il la connaissait suffisamment maintenant pour savoir que lorsqu’elle évoquait son besoin d’ignorance, c’était que le rituel en question était soit à la limite de la légalité, soit à la limite de la nausée pour ce qui le concernait.

 

- Salut Jarvis. Alors, qu’a dégoté ma sorcière bien-aimée ? l’interrogea t’il en attrapant un beignet et l’un des deux gobelets de café noir que Raven avait ramené.

 

- Une disparition. Brad Dayton, 31 ans, courtier en assurances. Il traversait Central Park ce matin quand il a disparu.

 

- Ah oui ?  Depuis quand les flics ouvrent-ils une enquête sur une disparition datant de moins de vingt quatre heures ?

 

- Et bien quand cette disparition est à prendre au sens littéral du terme.

 

- Hein ? fit Kévin en déglutissant avec peine le morceau de beignet qu’il venait d’engouffrer.

 

- D’après deux témoins, la victime longeait tranquillement The Lake quand il a disparu.

 

- Sois plus précise…

 

- Et bien Dayton marchait tranquillement et la seconde suivante, pffff… Disparu…

 

- C’est bien ce que j’avais compris… Qui sont les témoins ?

 

- Un couple de jeunes mariés du Kentucky en voyage de noces à New York. Ils étaient entrain de rentrer à leur hôtel quand l’événement s’est produit.

 

- Bien… Tu envoies Lyl’Lee avec une équipe de fouines. Les flics seront encore sur place et nous auront besoin de sa diplomatie naturelle pour obtenir toute leur coopération. Je veux des photos en lumière négative, des scans, une analyse spectrale complète du lieu de l’enlèvement. Bref, tout ce qui peut déterminer à quel type de SurNat nous avons affaire. Le soleil se couche à quelle heure aujourd’hui ?

 

Raven jeta un coup d’œil à son Blackberry.

 

- 21h08. Briefing à la demie ?

 

- Oui, tu m’organises ça, s’il te plait. Nikita et la fée Clochette seront sur le coup. Il est temps que je sache ce qu’elle a dans le ventre cette petite…

 

- Hmmm… Lilhandra n’a pour l’instant aucun statut officiel à l’agence… Les flics ne manqueront pas de nous le faire remarquer…

 

Kévin ouvrit son tiroir de gauche et en sortit un petit étui en cuir avant de le lancer entre les mains de Raven.

 

- Maintenant, elle en a un. Elle s’appelle Lilhandra Young et est enquêtrice-stagiaire à l’AFIS. Tu te démerdes pour lui trouver un bureau et un téléphone pour qu’elle puisse bosser.

 

- Pourquoi Young ?

 

- Parce qu’il n’y a que vingt cases sur le formulaire d’embauche et que La Jeune, ça faisait vraiment trop con…

 

 

***

 

 

Les toutes dernières lueurs du soleil glissaient lentement le long de la baie vitrée en verre fumée. Raven fit le tour de la grande table de réunion ovale, distribuant à chacun un mince dossier aux couleurs de l’agence. La journée avait filé à toute vitesse mais Raven aimait cela : ne pas avoir une minute à elle. Pour la sorcière qu’elle était, avoir trop de temps morts dans un rituel en cours était généralement source d’échec et elle pensait qu’il en était de même pour n’importe quelle enquête qu’on lui remettait. Elle avait donc passé sa journée à traquer la plus petite information pouvant être utile et en avait fait une synthèse précise pour le briefing.

 

- Bien… Ce matin, aux alentours de 7h30, Brad Dayton, 31 ans, traverse Central Park pour rejoindre le cabinet de courtage en assurances où il travaille depuis quatre ans. Et ce brave homme n’est jamais arrivé à destination… Deux témoins fiables prétendent l’avoir vu purement et simplement disparaître.

 

Tandis que Raven baissait la lumière et que Kévin branchait le vidéoprojecteur, chacun plongea le nez dans les documents qui leur avait été remis.

 

- Le scanner montre bien la présence de SurNats sur les lieux. Selon la classification Willinger, il y aurait au moins un sorcier, donc un humain. Malheureusement, les différents scans réalisés n’ont pas permis d’identifier la nature du second SurNat, les lignes structurelles des auras se chevauchant, elles n’ont pu être différenciées pour l’instant. Une tentative au spectrophotomètre nucléaire a été demandée mais nous n’aurons pas les résultats avant une petite semaine. Les prélèvements effectués sur la végétation montrent une nette accélération de la mitose cellulaire, preuve que l’endroit a été soumis à un champs magnétique statique inversé. Donc, il pourrait tout aussi bien s’agir de n’importe quel SurNat pouvant utiliser la Magie Elémentaire. Toutefois, les photos prises montrent une seule série d’empreintes de pas dans l’allée. Nous supposons donc que les prédateurs se dissimulaient derrière les massifs ou bien étaient en lévitation, dissimulés par les branches des arbres.

 

Depuis le coming-out des SurNats et la réapparition de la Magie dans le monde des humains, bon nombre de scientifiques s’étaient penchés sur les origines de la Magie, cherchant à tout prix à déceler les prémices d’une logique indiscutable dans ce qui était devenu le second grand mystère à abattre après celui l’Univers. Rien n’en était véritablement sorti en dehors d’hypothèses plus ou moins loufoques. Rien hormis de nouvelles inventions technologiques, tel que le SAM-2, un scanner de deuxième génération pouvant identifier les auras magiques des différentes espèces de SurNats. Le principe reprenait celui des scanners médicaux qui, en fonction de différents dégradés de couleurs, permettait de diagnostiquer une tumeur ou proposait la dissection virtuelle d’un organe sur différents clichés. En bref, l’ingénieux inventeur de cet appareil, William Willinger, avait fourni à l’humanité la première base de données internationale d’empreintes magiques : chaque espèce ayant une empreinte unique en fonction du type de magie qu’elle génère, Willinger avait créé un tableau des éléments magiques identifiés par une couleur bien distincte.

 

- Nous pouvons donc d’ors et déjà éliminer les vampires puisqu’à cette heure, il faisait déjà jour, remarqua Seamus.

 

- Sans doute, mais il pourrait tout aussi bien s’agir d’un Servant et dans ce cas, non seulement il peut officier en plein jour mais il bénéficie aussi de certains pouvoirs de son Maître Vampire, commenta Marat. Toutefois, les vampires ayant la possibilité de léviter ne sont pas légion et c’est totalement impossible pour un Servant.

 

- Pour ma part, poursuivit Terry, je pense que l’on peut éliminer les zombies et les goules. Ces SurNats ont de la viande hachée en guise de cerveau et sont bien incapables de faire preuve d’une quelconque adresse. Quant à élaborer une quelconque stratégie, il faudrait déjà qu’ils dépassent le QI d’un bulot.

 

- Un seelie ou un unseelie ? proposa Lilhandra. J’ai parcouru la quasi totalité de vos dossiers. Vous avez eu très peu de contacts avec des seelies ou des unseelies et uniquement en tant que témoins. Par conséquent, votre base de données sur les auras surnaturelles est incomplète. De plus, tous les seelies et unseelies ont des ailes et peuvent rester statiques dans le plus grand silence. Enfin, vous avez parlé de Magie Elémentaire et elle est justement la source de notre magie. Je pense qu’il ne faut pas négliger cette piste.

 

Toutes les têtes se tournèrent vers Lilhandra dans un seul mouvement. Kévin resta bouche bée au point que sa mâchoire inférieure faillit rejoindre ses pectoraux. Seule Terry se contenta d’un léger sourire. Elle avait tout de suite senti le potentiel de la fae et cette dernière était avide d’apprendre.

 

- Quoi ? J’ai dit une connerie ? demanda Lilhandra, cherchant le regard approbateur de Terry tandis que Matt éclata d’un rire sonore et que Marat s’éclaffa, la mâchoire de Kévin venait d’atteindre ses chevilles.

 

- Non, bien au contraire… répondit Raven, tout sourire.

 

- Hmmm… Je vois que vous avez nettement progressé pour ce qui est du vocabulaire… Tu nous réserve encore d’autres surprises comme celle là, Terry ? demanda Kévin, perplexe.

 

- Vous n’avez encore rien vu… répondit-elle dans un sourire étincelant. Mais Lilhandra a raison. Ce n’est pas parce que nous n’avons jamais eu affaire à des seelies criminels qu’il faut négliger cette piste.

 

- Bien… Lyl’lee, Angus et Seamus, je veux une enquête de proximité sur notre disparu : famille, collègues, amis. Je veux tout savoir, de sa marque de café préféré à la couleur de ses caleçons. Hannibal et Raven, vous m’épluchez tous les cas de disparitions de ces six derniers mois des fois que notre SurNat n’en soit pas à son coup d’essai. Terry et Lilhandra, vous collez au train de nos deux play-boys de service : je veux une enquête discrète dans les différents milieux SurNat : de la ligue de bridge pour vampires édentés au club underground le plus trash. Débriefing systématique dès la tombée de la nuit. Les filles partent sur la piste des faes et vous les gars, ben vous vous tapez le reste ! Et bougez-vous le cul : certains trouducs hauts placés n’attendent qu’un faux-pas de notre part pour nous ratatiner. Evitons de leur faire ce plaisir.

 

Tandis que chacun ramassait ses affaires, Kévin attrapa Raven par le bras et l’attira vers le fonds de la salle.

 

- Je me demande si j’ai bien fait de confier la fée Clochette à Anita Blake…

 

- Tu plaisantes ! Terry est la meilleure dans sa partie ! Lilhandra ne pourrait trouver meilleur mentor !

 

- Putain Raven ! Terry est une tueuse ! Elle butait des humains et des SurNats avant même de savoir conduire !

 

- Oui, je le sais. Elle a travaillé pour le FBI et la CIA en tant que tireuse d’élite puis est devenue une nettoyeuse hors paire. Et maintenant elle bosse pour nous. Enfin, en tant que demi-seelie, elle possède un ressenti extraordinaire et son intuition ne nous a jamais fait défaut. C’est aussi pour cela que tu l’as choisis… Kévin, Terry est une femme très intelligente, jamais elle n’aurait accepté de former Lilhandra si elle n’avait pas senti que cette dernière était à la hauteur de ses ambitions.

 

Kévin se tourna vers la baie vitrée. New York by night et ses milliers de fenêtres illuminées avaient pour effet de faire naître en lui un sentiment de plénitude qu’il avait du mal à saisir ce soir. Il claqua sèchement sa langue contre son palais en signe d’agacement. C’était comme chercher le sommeil à tout prix alors que l’on tombe de fatigue et se rendre compte que l’on y arrive pas. Alors on se force, on s’énerve… et on passe une nuit blanche !

 

- Il me semble évident maintenant que Terry ne forme pas une coéquipière… Elle forme une remplaçante…

 

- Quoi ? Qu’est ce que c’est que cette histoire ! s’écria Raven

 

- Que Terry songe apparemment à nous quitter…

 

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Vendredi 10 juillet 2009 5 10 /07 /2009 15:48

Si la Mère Nature lui avait donné des ailes, c’était pour voler… Pas pour se retrouver enfermée dans une caisse à savon se déplaçant à une telle vitesse que son estomac avait failli rencontrer ses lèvres à plusieurs reprises. Kévin et Raven avaient bien tenté de lui faire la conversation mais après avoir constaté les lèvres pincées et le teint verdâtre de Lilhandra, ils avaient décidé de garder le silence et de laisser la jeune fae tranquille durant le reste du trajet.

 

Depuis qu’ils avaient quitté les vastes campagnes du Connecticut, ils avaient roulé sans s’arrêter. Alors qu’ils quittaient l’autoroute, Lilhandra ne put s’empêcher de s’émerveiller devant la mégapole qui s’étalait sous ses yeux. Jusqu’alors, le paysage s’était composé de campagnes mornes entrecoupées d’hideuses constructions dégingandées, toutes reliées entre elles par des chemins nauséabonds au sol poussiéreux et par des câbles aériens de toutes tailles. Mais avec la distance et sous la clarté d’une lune éclatante, la mégapole humaine étincelait de tous ses feux dans la nuit comme le ferait une rivière de diamants sur la peau d’ébène d’un unseelie, un fae noir. Jusque dans sa silhouette hachurée, la ville humaine évoquait à Lilhandra le palais troglodyte du Frostland, taillé à même la glace la plus pure et la plus limpide et où les faes noirs vivaient depuis la découverte d’Alter-Mundia et leur départ du Monde Premier aujourd’hui appelé Terre.

 

- Quelle est cette cité ?

 

- New York, répondit Raven avec une pointe de fierté dans la voix. La plus belle de toutes les villes. Et c’est même plus qu’une simple ville. Ici, tout y est démesuré mais la diversité y règne en maîtresse absolue. Ici se trouve un concentré du monde entier. On l’aime ou on la déteste, mais New York ne laisse jamais personne indifférent. Vous verrez.

 

- Oui, je comprends… Une terre natale demeurera toujours la plus belle aux yeux de ceux qu’elle a vu naître.

 

Alors que Kévin s’engageait sur une vaste artère, Lilhandra émit brusquement un hoquet de stupeur. Devant elle, sur une ligne d’horizon bleutée, se tenait certainement la plus grande représentation humaine qu’elle ait jamais vue. Devant son air ébahi, Raven ne put s’empêcher de sourire.

 

- La statue de la liberté… Elle est magnifique n’est ce pas ?

 

A court de mots, Lilhandra acquiesça d’un hochement de tête.

 

- Elle mesure un peu moins de 50 mètres, 46 mètres pour être précise, et est considérée partout dans notre monde comme un symbole de liberté et de démocratie.

 

- Elle est vraiment magnifique… répondit Lilhandra, d’une voix à peine audible tout en se tordant le cou afin de ne pas quitter un seul instant des yeux la dame émeraude tandis que la voiture obliquait sur la gauche pour se retrouver non loin du front de mer. Puis, alors que le véhicule s’engouffrait dans le parking d’un immeuble de bureaux plutôt imposant, la jeune fae observait avec stupéfaction la maîtrise avec laquelle les humains avaient dompté la Magie Technologie pour l’intégrer à leur vie de tous les jours.

 

Pourtant, malgré le plaisir de la découverte, à peine la voiture fut-elle arrêtée que Lilhandra se précipita à l’extérieur, haletante et chancelante, le cœur au bord des lèvres, cherchant malgré son malaise à retrouver un semblant de dignité.

 

- Vous vous habituerez rapidement à la voiture et vous vous y habituerez d’autant plus vite qu’elle est l’un des principaux moyens de transport pour les humains que nous sommes… D’ici à la fin de la semaine, vous ne devriez plus ressentir de nausée, lui fit Raven d’un air compatissant.

 

Kévin, quant à lui, verrouilla le véhicule et se dirigea d’un pas rapide vers l’ascenseur sans prononcer un mot. Raven et Lilhandra lui emboîtèrent le pas aussi rapidement que possible afin de le rattraper. Alors que les portes de l’ascenseur se refermaient sur eux, Kévin fixa intensément le scanner rétinien camouflé derrière la plaque des recommandations d’usage et enclencha sa clé dans la serrure réservée généralement aux techniciens de maintenance. Tout cette affaire le laissait perplexe. La Seelie n’avait pas dit grand chose pendant le trajet. Elle avait beau être aussi verte qu’un vieux sandwich moisi, elle avait parfaitement su maîtriser l’art de la langue de bois. De plus, le peu d’informations qu’il avait obtenu n’augurait rien de bon. Raven avait beau le traiter de parano hors catégorie, l’arrivée de Lilhandra, du moins de ce qu’elle représentait, allait à l’encontre des missions habituelles de son unité et il aurait parié sa toute nouvelle chemise Armani qu’en réclamant le soutien des faeryns comme l’avait fait la Maison Blanche avec les différentes régences des SurNats (êtres surnaturels), elle s’était mise dans de sales draps. Seulement les doutes ne suffisent pas et il avait véritablement besoin du seul SurNat ayant déjà rencontré des faes par le passé pour valider son hypothèse.

 

- Cet enfoiré de vampire a intérêt à être présent, grinça t’il entre ses dents.

 

- Marat sera là. Tu as enfin réussi à éveiller sa curiosité en annonçant l’arrivée d’un Seelie. Même s’il n’en a rien laissé paraître, je suis certaine qu’il ne raterait cela pour rien au monde…

 

- Un vampire ? s’inquiéta Lilhandra d’une voix hypertendue. Les vampires sont les ennemis héréditaires des Seelies… Je ne sais pas si vous avez bien compris les conséquences pour vous de mon arrivée dans votre agence mais vous risquez de l’apprendre très vite si le vampire m’approche de trop près…

 

Agacé, Kévin balaya les craintes de la jeune Seelie d’un revers de la main avant de décider qu’il valait peut-être mieux qu’elle se sente à son aise s’il souhaitait en tirer le maximum.

 

- Marat fait parti de l’Agence et de ce fait travaille pour moi. Il ne vous touchera pas ou je le cloue moi-même au mur ! De plus, il est le seul à pouvoir m’aider à tirer au clair toute cette affaire…

 

- Tu sais bien qu’il serait capable d’aimer ça… rétorqua Raven puis, se tournant vers Lilhandra, elle murmura, le sourire aux lèvres.

 

- Kévin a raison, tu n’as rien à craindre de Marat. Il sait se maîtriser… contrairement à son patron…

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur un vaste hall marbré et où se trouvait en son centre un grand comptoir d’accueil de granit noir surmonté de boiseries sculptées. A l’arrière et courant sur toute la largeur de la pièce, une grande cloison japonaise noire habillée de carreaux de verre dépolis dissimulait en son milieu une porte coulissante automatique, de celles que l’on trouve dans les grands magasins. Une lumière nacrée se diffusait au travers des carreaux opalescents tandis que des éclats de voix trahissaient la présence d’un grand nombre de personnes.

 

Raide comme un piquet, Lilhandra s’arrêta net devant le comptoir. De nouveau, son estomac la travaillait. Elle n’avait jamais ressenti la peur aussi souvent en si peu de temps. En fait, elle n’avait jamais ressenti autant d’émotions contradictoires à la fois. C’était une sensation nouvelle fort désagréable et Lilhandra eut la détestable impression qu’elle serait récurrente à brève échéance. D’instinct, sa main saisit le bras de Raven, l’incitant à se retourner. Le sang avait totalement quitté le visage de la Seelie et la peur s’y lisait maintenant distinctement. Raven lui adressa un sourire rassurant puis passa sa main sous le plan de travail du comptoir et activa un interrupteur. Les deux portes s’ouvrirent laissant apercevoir un open-space luxueusement aménagé. Dès lors les voix se turent et tous les regards convergèrent vers le trio.

 

- C’est quoi ce bordel ? demanda Kévin d’une voix grincheuse.

 

Une minuscule jeune femme se fraya un passage et se plaça devant lui, mains sur les hanches, un large sourire s’affichant sur son petit visage mutin. Sa tignasse rousse coupée courte et la multitude de tâches de rousseur qui envahissaient son visage lui donnaient un air de lutin. Mais il s’agissait d’une Elfe, Lilhandra en était certaine.

 

- Chef… J’espère que vous vous souvenez avoir dit que si les Seelies daignaient enfin envoyer un agent pour compléter cette équipe, vous étiez prêt, selon vos propres termes, à bouffer votre cravate ? C’est bien ce que vous avez dit, n’est ce pas ?

 

Les joues de Kévin s’empourprèrent comme s’il venait de prendre un aller-retour monumental en pleine figure mais avant qu’il ne puisse dire un mot, la jeune Elfe reprit la parole.

 

- Alors, nous nous sommes dits qu’il serait certainement plus agréable pour tout le monde d’offrir le verre de l’amitié à notre nouvelle collègue plutôt que de vous voir vous étouffer avec votre belle cravate en soie… Alors voilà… Tout ça vient de chez Bond Street et naturellement, c’est vous qui offrez…

 

- Naturellement… marmonna t’il, mi-goguenard, mi-furieux. Ca m’apprendra à fermer ma grande gueule. Au moins, j’aurais sauvé une de mes cravates.

 

- Raven, tu veux bien t’occuper de faire les présentations ? J’ai besoin d’avoir un petit entretien en tête-à-tête avec Marat…

 

- Est-ce que c’est ce que je pense ? demanda Raven, l’air soupçonneux.

 

- Je crains que oui et personne n’a rien vu venir… Tu fais faire le tour du propriétaire à Charlotte aux Fraises comme la bonne maîtresse de maison que tu es et tu ne la quittes pas d’une semelle… Nous vous rejoindrons après…

 

Avant même que Kévin ne prononce son nom, le vampire s’était dirigé droit vers son supérieur non sans jeter auparavant un bref coup d’œil à la fae. Pas besoin que Kévin l’appelle. Son ouie ultra sensible lui avait permis de capter entièrement la conversation entre le directeur et son adjointe. Sans même un regard, Marat passa devant eux et entra directement dans le seul bureau individuel. Kévin referma la porte derrière lui, laissant Raven et Lilhandra au beau milieu de la petite sauterie organisée en l’honneur de l’arrivée de cette dernière.

 

- S’il vous plait… S’il vous plait… Un peu d’attention, commença Raven. Comme vous le savez, dès qu’il y a une sale besogne administrative, c’est moi qui m’y colle. C’est donc moi qui aie été chargée de faire les présentations. Chers amis, je vous présente Lilhandra qui arrive tout droit de la grande cité de Sidh’Danan, capitale du royaume Faeryan.

 

Tandis que l’elfe faisait le service et proposait tour à tour saketinis, sushis et sashimis, Raven entreprit de présenter à Lilhandra chaque personne composant le département. La jeune Seelie déglutit à l’idée de devoir mémoriser les noms et visages de la vingtaine de personnes présentes tout en se demandant à quel genre protocole humain elle devrait se plier. Raven, sentant le malaise de la fae, se pencha vers elle en lui murmurant à l’oreille qu’une poignée de main serait amplement suffisante.

 

Tandis que l’Elfe qui les avait accueilli tout à l’heure et faisait actuellement le service proposait une coupe aux deux femmes, Raven entreprit de faire les présentations. Ainsi, Lilhandra fit la connaissance de Lyl’Lee. Seelies et Elfes partageaient auparavant le Monde Premier puis ces derniers avaient suivi les Seelies lorsque ceux-ci s’installèrent sur Alter-Mundia. Les deux peuples avaient toujours vécu en paix et si les souvenirs de Lilhandra étaient exacts, les Elfes étaient des êtres très serviables et excellaient dans la diplomatie en toutes circonstances tout comme dans la magie directement liée à la nature dont ils sont issus. Aussi Lilhandra se détendit-elle un peu en la présence de Lyl’Lee. Peut-être s’agissait-il tout simplement de l’enthousiasme naturel dont faisait preuve l’Elfe et qui manquait tant à Lilhandra à ce moment précis. Elle se demanda d’ailleurs si Lyl’Lee était native de ce monde ou bien si elle était une transfuge, comme elle… Mais elle aurait probablement la possibilité de discuter de cela à une autre occasion.

 

Alors qu’elles discutaient toutes les trois, une splendide amazone vint les rejoindre d’un pas souple. Raven lui présenta alors Terry Jackson, son assistante ainsi que celle de Kévin. Terry avait tout d’une panthère noire : une peau couleur cacao, de grands yeux marrons bordés de longs cils et des cheveux noirs crépus délicatement tressés avec de fines mèches auburns qui donnaient l’impression d’être plaqués sur son crâne alors qu’un entrelacs d’étroites nattes coulaient le long de ses épaules et se terminaient par des petites perles nacrées, créant un contraste magnifique avec sa couleur de peau. Elle possédait un corps svelte mais puissamment musclé et dépassait la fae d’une bonne tête et demie. Terry salua Lilhandra d’une poignée de main ferme et vigoureuse, s’attardant quelques secondes plus que nécessaires avant de prononcer quelques mots de bienvenue d’une voix extraordinairement grave et sensuelle. Lilhandra pressentit tout de suite que derrière le maquillage sophistiqué et la tenue ultra féminine de Terry se cachait une véritable femme d’action. Car une chose était sûre : Terry ne se bornait certainement pas à accueillir les visiteurs ou à classer des documents… Lilhandra se contraignit à ne pas fixer Terry davantage de peur de paraître impolie ou pire, insolente.

 

 

Alors qu’elle avalait rapidement quelques sushis afin de masquer son embarras, Lilhandra vit foncer vers le petit groupe un homme à l’allure époustouflante. Il était l’archétype du séducteur dans toute sa splendeur et en jouait avec une insolence et une dextérité qui lui conférait une élégance à la James Bond. Chacun de ses pas semblait charrier une escorte féminine qui paraissait le suivre discrètement tout en gardant une distance respectable. La comète et la queue de la comète… en quelque sorte. Tandis qu’il leur décochait un sourire éblouissant, Terry eut un petit sourire en coin avant de se pencher vers la Seelie.

 

- Matt Dougan… Un loup. Ne le laissez jamais prendre l’ascendance sur vous…

 

Sans bien comprendre ce que venait de lui susurrer Terry à l’oreille, Lilhandra écouta Raven faire les présentations avec attention. Elle l’avait surnommé le gentleman loup-garou, pourquoi ? C’était la première fois que Lilhandra entendait parler de cette espèce. Mais ce qu’elle retint de cette brève rencontre fut tout d’abord la beauté sauvage de l’homme qui lui faisait face. Outre une silhouette imposante et musclée, Matt arborait un regard comme elle n’en avait encore jamais vu : ses yeux de jais étaient bordés par de très longs et épais cils noirs. Un loup au regard de biche… Elle comprit alors ce qu’avait essayé de lui dire Terry. De son regard captivant, tout comme celui d’un loup, elle pouvait y déchiffrer le besoin vital de domination tandis qu’il plongeait ses yeux dans les siens. Soutenir le regard d’un loup n’était pas un exercice dont la jeune Seelie avait l’habitude et elle aurait probablement perdu ce combat si l’attention de Matt n’avait pas été attirée par Terry qui lui proposait de remplacer son verre vide. Matt décocha de nouveau un large sourire à la Seelie tout en portant son verre à ses lèvres puis engagea rapidement la conversation avec son entourage. Lilhandra se tourna vers Terry mais cette dernière se contenta d’un bref hochement de tête dans sa direction.

 

Vinrent ensuite Seamus le Gobelin et Angus le Géant, apparemment deux inséparables drilles qui travaillaient en duo depuis un bon moment à en juger par les familiarités qu’ils se balançaient comme s’ils avaient été élevés ensemble et faisaient partie de la même famille. On aurait pu croire que Seamus était simplement atteint de nanisme si l’on omettait ses oreilles biscornues, ses dents pointues, ses pupilles jaunes et ses doigts osseux flanqués de griffes. Ses cheveux hirsutes semblaient indomptables et étaient aussi noirs que le charbon. Bref, pas vraiment agréable au premier abord mais les Gobelins ne sont de toutes façons pas des êtres très sympathiques de nature. Quant à Angus, c’était quasiment le même individu que le Gobelin mais en grand format. Très, très grand format. Sa carrure l’obligeait à passer les portes de coté tout en baissant la tête. Pourtant, il n’émanait pas du Géant la même animosité que du Gobelin. Ses yeux verts et son sourire timide y étaient certainement pour quelque chose.

 

Le duo était accompagné de Rachel Delgado, une changeling, dont la forme animale était un aigle. Son air pincé et son regard perçant trahissait son coté prédateur ailé mais son apparence humaine était plutôt banale. A peine plus grande que Lilhandra et plutôt trapue, Rachel était jolie sans vraiment l’être, sans doute à cause de sa queue de cheval serrée et de ses vêtements un peu trop masculins qui lui donnaient davantage l’air d’une catcheuse que d’une danseuse étoile. Pourtant, il tardait à Lilhandra de la voir dompter le ciel sous sa forme animal. Les Seelies étant eux-mêmes pourvus d’ailes, ils avaient le plus grands respects pour les maîtres des cieux qu’incarnent les oiseaux.

 

Enfin, Raven lui présenta Hannibal Jarvis, nécromancien de son état mais qui était avant tout son époux. Raven et Hannibal formaient un couple particulièrement bien assorti quoique plutôt insolite. Le type hispanique de Raven tranchait radicalement avec la blondeur achromique d’Hannibal. Cependant, ils s’accordaient à merveille, aussi bien par leur stature et leur silhouette quasi identiques que par leur style vestimentaire presque similaire où seule la nature féminine de Raven marquait la différence. Sans parler de leurs compétences spécifiques particulièrement complémentaires…

 

Pour terminer, le couple lui présenta un nombre impressionnant d’humains : laborantins, statisticiens, théoriciens, historiens, etc… Bref tout un tas de gens avec des qualificatifs en « ien » qui travaillaient un peu sur le terrain mais surtout dans des laboratoires et maîtrisaient parfaitement bien la Magie Technologie. Raven lui avait aussi assuré qu’elle apprendrait petit à petit à les reconnaître ainsi que leurs spécialités au cours des différentes investigations menées par l’Agence auxquelles elle participerait.

 

Tout le monde s’était rassembler autour de la Seelie et semblait s’amuser tandis que la musique envoyait un rythme entêtant. Un peu étourdie par autant de monde, Lilhandra trouva un petit recoin tamisé tout prêt d’une plante étonnant verte et en bonne santé et pour cause - elle était en plastique - puis s’y réfugia afin d’apprécier quelques minutes de solitude avant les nouvelles sollicitations qui ne tarderaient pas à arriver. Lilhandra sirotait doucement son cocktail tout en le petit groupe d’un air distrait. Sa tranquillité ne dura pourtant pas plus d’une minute. Matt - et donc une partie de ses groupies, même à bonne distance - vint la rejoindre et ce dernier lui tendit un nouveau verre.

 

- Il s’agit de votre première venue dans notre monde, n’est ce pas ?

 

- Est-ce donc si évident ? murmura la seelie en évitant dorénavant de le fixer droit dans les yeux mais en posant son regard au niveau des lèvres de son interlocuteur. Elle se rendit alors à quel point il était difficile de soutenir une conversation avec un tel homme dans ces conditions.

 

- Il y a peu de faes qui acceptent d’être vus sans leur glamour et donc de montrer leur apparence réelle. Pour ma part, je n’en ai rencontré que deux au cours des mes enquêtes et uniquement sous leur forme humaine.

 

- Je ne vois pas pourquoi je devrais me cacher derrière une apparence humaine… Je suis comme je suis…

 

- Et j’en suis le premier ravi, chère Lilhandra, répondit-il en s’inclinant dans un baise-main parfait.

 

Se sentant rougir et un peu mal à l’aise par le brusque intérêt que lui portait Matt, Lilhandra trouva plus prudent d’orienter la conversation vers un autre sujet.

 

- Quelles sont les missions de l’AFIS exactement ? demanda Lilhandra d’une voix qu’elle voulait sûre.

 

- Officiellement, l’AFIS est une des branches du SRIS - Service de Régulation de l’Immigration Surnaturelle - qui est chargé de fournir une identité administrative officielle aux SurNats voulant vivre sur Terre et essentiellement aux Etats-Unis. Mais l’AFIS est avant tout une sorte de compromis entre la CIA et le FBI qui reste indépendante de toute administration et est sous le contrôle direct de la Maison Blanche. L’un des rôles principaux de l’AFIS est d’enquêter sur tous les crimes et délits liés à la magie ou impliquant des SurNats, qu’ils soient victimes ou coupables. Considérons ces missions comme la partie visible de l’iceberg...

 

- Oh… Vous êtes donc des policiers. Les choses ne m’avaient pas été présentées de la sorte… Je les voyaient plus… bureaucratiques, murmura Lilhandra en fronçant les sourcils.

 

- Tout est relatif, belle Lilhandra et les mots n’ont pas la même signification pour les uns et pour les autres. Mais n’ayez aucune crainte, Kévin veillera à ce que vous soyez parfaitement à votre aise dans notre monde avant de vous mettre sur une enquête. Et vous travaillerez en binôme, comme nous l’avons tous faits à notre arrivée dans ce département.

 

- Oui. Je suppose qu’il me faut tout d’abord bien connaître les différentes infrastructures de votre cité avant de pouvoir me rendre véritablement utile ici…

 

- Et je me ferais une joie de vous initier à tous les plaisirs dont regorge New York, rétorqua Matt, tout sourire.

 

- Nous n’en doutons pas Matt mais j’ai déjà attribué cette mission à Terry. Et pour le moment, nous aurions besoin de nous entretenir avec Lilhandra, si tu le permets.

 

Kévin et Marat s’étaient approchés discrètement du couple. L’air fermé de Kévin n’incitant pas Matt à continuer la conversation sous l’aspect libertin qu’il lui avait donné, il adressa un hochement de tête aux deux hommes puis un grand sourire étincelant à l’adresse de la jeune seelie avant de se diriger vers le buffet et d’entamer une nouvelle discussion avec Raven et Hannibal.

 

- Et bien… il ne perd pas le Nord, le loup… murmura Marat.

 

- Lilhandra ? Nous aimerions vous entretenir d’une théorie relative aux informations que vous nous avez fournies.

 

- Oui. Je crains aussi que cela soit indispensable au vu des informations qui viennent de m’être communiquées. Mais je…

 

La jeune seelie jeta un bref coup d’œil au vampire avant de s’interrompre. Lilhandra n’avait jamais rencontré de vampire mais leur réputation depuis la guerre des Deux Pouvoirs les dépeignaient comme des êtres abjects et indignes de confiance et surtout comme des assassins en puissance. C’était à cause des vampires que les faes avaient du fuir le Monde Premier pour Alter-Mundia afin de préserver leur espèce. Les vampires avaient décimé près des deux tiers des seelies et les Grands Ecrits mettaient en garde les futures générations dès leur plus jeune âge quant aux vampires.

 

Kévin invita la jeune seelie à le suivre puis la fit entrer dans son bureau. Alors que le vampire franchissait le seuil, Kévin en ressortit presque immédiatement pour aller chercher Raven, laissant seuls les deux SurNats. Adossée au mur le plus éloigné de Marat, Lilhandra observa minutieusement le vampire par dessous ses cils. Il était immense et devait mesurer dans les deux mètres donc près de quarante centimètres de plus qu’elle. Malgré la pâleur inhérente à son espèce, Marat avait un teint mat, preuve d’une vie au grand air… quand il faisait encore partie des humains. Ses cheveux châtains et bouclés encadraient son visage aux traits parfaits. Cependant, Lilhandra ne pouvait déterminer si ses yeux étaient noisettes ou verts - le regard d’un vampire pouvant être tout aussi dangereux que l’individu lui-même - elle évita soigneusement de le regarder dans les yeux.

 

De son coté, Marat ne pouvait détacher son regard de Lilhandra. Il y avait longtemps qu’il n’avait plus vu de seelie. Bien sûr, il en avait senti quelques uns durant ses enquêtes mais les seelies vivant sur Terre s’évertuaient à cacher leur vraie nature grâce à leur glamour. De plus, vampires et faes s’évitaient autant que possible. Lui-même faisait en sorte de ne jamais se retrouver seul avec un seelie. Il ne comprenait donc pas pourquoi celle-ci agissait à l’inverse de ses semblables. De plus, quelque chose clochait. Tous les SurNats de l’équipe avaient été sélectionnés par leur régence respective mais en tenant toujours compte de l’avis de Kévin comme stipulé dans la convention d’aide inter-espèces. Or, après des mois de silence au sujet du négoce d’un de leurs agents, les seelies leur avaient expédiés l’une des leurs sans soucier du protocole en vigueur, protocole qu’ils n’avaient toujours pas signé d’ailleurs… Bien sûr, politiquement parlant, il avait bien une petite idée des motivations de l’actuel gouvernement seelie. Cependant, le peu d’égard que la reine et ses ministres avaient eu en défiant la politique de rapprochement entreprise par les Humains l’inquiétait bien plus encore. Il connaissait suffisamment la politique seelie pour savoir qu’il n’était pas dans les habitudes de négliger de potentiels alliés. Et en politique, rien n’était laissé au hasard. Il était bien placé pour le savoir… Marat mit de côté ses réflexions pour se concentrer de nouveau sur la seelie. Depuis son arrivée, une ancienne faim qu’il croyait disparue le tenaillait. Une faim qu’il avait cru domptée et disparue. A l’évocation de ce souvenir, il ne put retenir un infime râle mêlé de désir et de frustration.

 

Alors que Marat était sur le point de franchir les quelques pas qui le séparait de Lilhandra, Raven et Kévin entrèrent dans le bureau en discutant à voix basse.

 

- Et bien vous voyez, commenta ce dernier en adressant un regard amusé à la jeune seelie, vous êtes toujours en vie. Retenez bien ceci : dans cette maison, la seule règle qui prévaut c’est la loyauté. Sans elle, ce département n’existerait pas. Asseyez-vous donc Lilhandra. Vous aussi, continua t’il en s’adressant à Raven et Marat.

 

Bien. Je me suis permis de rapporter à Marat la petite conversation que nous avons eue dans la voiture ainsi que la perplexité dans laquelle elle m’avait laissée. Seriez-vous prête de nouveau à répondre à quelques questions ?

 

- Bien sûr. Ce sera avec joie, répondit la seelie en accompagnant sa réponse d’un hochement de tête.

 

- Bien. Lilhandra, êtes-vous parmi nous de votre plein gré ?

 

- Non.

 

- Et bien cela a au moins le mérite d’être clair… Qui est votre reine ?

 

- Akasha.

 

- Ce n’est pas le nom que vous m’avez donné tout à l’heure !

 

- Vous m’avez demandé qui était ma reine. Pas qui était la reine. Et ma reine est Akasha.

 

- Ne vous foutez pas de moi…

 

- Si vous permettez… intervint Marat. Les seelies ignorent le mensonge. Toutefois leur interprétation des faits et de la vérité est tout à fait subjective. Vous ne lui posez pas les bonnes questions.

 

- Tiens donc… Dans ce cas, je vous laisse prendre les choses en main … vociféra Kévin.

 

Le vampire ne sourcilla pas et se planta devant la seelie qui eut un bref mouvement de recul avant de se reprendre et de lui faire face de toute sa hauteur. C’est à dire un mètre soixante... Un bon point pour toi, pensa Marat, en cachant un sourire de satisfaction.

 

- Pourquoi n’êtes-vous pas parmi nous de votre plein gré ?

 

- J’ai été bannie par notre reine, murmura la jeune seelie. Par notre nouvelle reine, corrigea t’elle après une brève hésitation.

 

- Vous êtes Quayan Faeryn, ce qui veut dire que vous appartenez à la maison royale. Il est donc évident que votre sympathie allait à la reine déchue. Qui était-elle pour vous ?

 

Les lèvres de la jeune seelie se mirent à trembler et Marat pu apercevoir l’espace d’une seconde la pointe des longues canines de Lilhandra.

 

- Ma mère…

 

Raven et Kévin se regardèrent, interloqués. Pourquoi diable leur envoyait-on une petite princesse détrônée pour assumer un poste aussi risqué que celui d’agent fédéral au sein d’une agence cosmopolite comme l’AFIS ? Le contrat était pourtant très clair : ils devaient envoyés l’une des leurs capable de se battre si nécessaire… Pas une jeune ingénue sortie tout droit d’un manga à l’eau de rose pour jeunes filles en fleur…

 

- Putain de merde… laissa échapper Kévin. Ils l’ont envoyé ici pour qu’elle se fasse buter !

 

Marat acquiesça tandis que Lilhandra ne semblait pas du tout surprise par cette hypothèse. Quant à Raven, l’effet de surprise passé, son expression se rembrunit et elle se mit à réfléchir aux conséquence politiques qu’impliqueraient la mort d’un membre de la famille royale seelie sur le sol américain. Pour une fois, Kévin avait eu le nez creux : ils s’étaient fait piégés et n’avaient pour l’instant aucun moyen de s’en sortir sans dommage.

 

- C’est un crime passible de la peine capitale que de s’en prendre à la vie d’un membre de la famille royale à moins que celui-ci n’ait pris les armes. Prendre les armes, pour les seelies, équivaut à ce que vous appelleriez un duel à mort. Deux combattants, un seul vainqueur. Votre mère a t’elle pris les armes ? demanda Marat d’une voie neutre.

 

- Oui…

 

A l’évocation de ce rituel, des larmes bleues coulèrent le long des joues de Lilhandra. Sa cage thoracique se contracta si fort que la jeune seelie eut un mal de chien à reprendre son souffle et les efforts qu’elle fit pour faire de nouveau entrer l’air dans ses poumons lui arrachèrent un hoquet de douleur. Pourtant, elle fit de son mieux pour garder la tête haute et sécha ses larmes d’un revers de la main.

 

- Mais pas vous… Votre mère vous a t’elle interdit de prendre les armes à votre tour ?

 

La jeune seelie acquiesça d’un hochement de tête avant de répondre.

 

- Pas seulement interdit, elle m’a ordonné de rester à l’écart. Et on ne désobéit pas à la Reine, pas même lorsque l’on est sa fille… Mon lignage me permettrait pourtant de défier Lyssandre afin de tenter de reprendre le pouvoir. Elle et son unseelie…

 

Un grondement sourd provenant de la poitrine du vampire envahit brusquement la pièce. Dans un accès de rage, Marat se mit à cracher, les muscles de son cou tendus à l’extrême alors qu’il commençait à adopter une position de combat. Ses pupilles s’étaient assombries au point de devenir aussi noires que de l’encre de chine et toute humanité disparut de son visage.

 

- Que viens-tu de dire ? hurla t’il à la face de Lilhandra.

 

Kévin, Raven et Lilhandra se regardèrent, hébétés. Non seulement le vampire, qui jusque là avait fait preuve d’une grande courtoisie s’était mis à tutoyer Lilhandra mais il faisait maintenant preuve d’une agressivité plus qu’effrayante. Tremblante, la jeune seelie reprit pourtant la parole, non sans un regard interrogateur vers les deux humains.

 

- Que mon rang me permettrait de défier Lyssandre et Naguir, son unseelie, et que j’aurais très certainement l’appui de notre peuple. C’est pour cela que j’ai été bannie et envoyée dans votre agence alors que je sais à peine me battre… Puisqu’ils ne peuvent pas me tuer, ils espèrent que d’autres le feront à leur place…

 

- Lyssandre !! grogna Marat, plein de haine.

 

- Mais qui est Lyssandre, bordel de merde ! grogna Kévin à la face du vampire, furieux du tour que prenaient les choses. Et rangez-moi ces putains de crocs ou je vous les arrache à la tenaille !

 

Kévin blémit de colère. Il avait assuré à la jeune seelie quelques heures plus tôt qu’elle était en parfaite sécurité à l’Agence et ce crétin de buveur de sang était entrain de le faire mentir.

 

Marat regarda Kévin droit dans les yeux mais ce dernier détourna rapidement le regard avant de répéter son ordre. La fureur du vampire était palpable et chacun n’avait qu’une seule envie : que Marat retrouve au plus vite la maîtrise de lui-même. Ce dernier ferma les yeux quelques secondes tout en inspirant bruyamment un air dont il n’avait aucunement besoin afin de retrouver son calme.

 

- Ma femme…

 

 

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Mardi 2 juin 2009 2 02 /06 /2009 09:01

L’éclat lumineux, qui l’enveloppait entièrement jusqu’alors, disparu d’un seul coup. Le portail venait de se refermer. Déjà, une boule d’angoisse se creusait une place bien au chaud au creux de son estomac et un pincement au cœur se fit sentir au tréfonds de sa cage thoracique. Son exil commençait. Maintenant. Battant lentement des ailes tout en aspirant de longues goulées d’air pour réfréner sa peur, la jeune Seelie commença à prêter attention à son environnement immédiat. Apparemment, elle se trouvait au milieu d’un gros bocage dont les arbres fins, entremêlés de ronces et de fougères verdoyantes, laissaient filtrer les rayons d’un soleil déclinant. La circonférence de la minuscule clairière dans laquelle elle se tenait dépassait à peine de quelques centimètres l’envergure de ses bras écartés ou de ses ailes déployées. Levant son visage vers le ciel orangé, la jeune Seelie lissa sa longue robe comme si elle venait d’effectuer un long et pénible voyage. Avec un soupir de résignation, elle se tourna vers le Nord avant de quitter la clairière d’un pas décidé, se sachant attendue par les représentants officiels de sa nouvelle terre d’asile.

 

Tout en marchant, elle tentait de se remémorer les précieux conseils de Tryss La Vagabonde, une très ancienne Seelie qui avait passé l’essentielle de son existence entre les deux mondes. Ce monde à sa propre magie et il te faudra apprendre à vivre avec. Tu verras, Lilhandra, tu  finiras par l’aimer presque autant que ta terre nourricière car ces deux mondes partagent la même destinée. La jeune Seelie chassa cette citation de son esprit, ce n’était pas de réconfort dont elle avait besoin dans l’immédiat mais d’informations. Cependant, elle avait déjà atteint l’orée du bosquet avant d’avoir pu se souvenir de quoi que ce soit d’essentiel. La brusque clarté la fit tout d’abord cligner des yeux puis, s’étant adaptée à la luminosité ambiante, parcoura l’horizon d’un regard curieux. Des champs de céréales s’étendaient à perte de vue telle un océan d’or dont les vagues ondulaient lascivement au gré du vent. Et au beau milieu de cette mer dansante se trouvaient deux humains. Un homme et une femme étaient venus l’accueillir et attendaient patiemment qu’elle vienne au devant d’eux. Tous deux se tenaient figés dans leurs costumes sombres et tristes et affichaient un air grave. Leur immobilité contrastait avec le mouvement fluide des blés dansants enlacés par le vent au milieu. La jeune Seelie plissa de nouveaux les yeux. Pour peu, elle aurait pu facilement les confondre si ce n’était que la femme arborait une épaisse chevelure brune, des formes plantureuses et une myriade de bijoux en argent aux mains et autour du cou. L’un des humains, l’homme, sembla brusquement sortir de sa transe et s’approchait d’elle, écartant de la main les blés se trouvant sur son passage. Battant légèrement des ailes, la jeune Seelie alla à sa rencontre, survolant les blés pour venir se poser à quelques mètres de l’homme.

 

- Quayan Faeryn ? lui fit-il, la main tendue et le sourire aux lèvres. Sourire inexistant jusqu’alors. Que lui avait dit Tryss à propos du salut humain déjà ?

 

- Ceci n’est pas mon nom mais mon statut, répondit la jeune Seelie alors qu’elle lui tendait la main à son tour, paume vers le sol. L’homme hésita un court instant puis glissa sa paume dans la sienne avant d’effectuer un quart de tour. La poignée de main fut brève mais vigoureuse et un léger picotement provoqué par le contact direct s’ensuivit, réveillant l’aura de la Seelie avant de se propager jusque dans la moelle de ses os. La sensation fut déroutante mais relativement agréable même s’il lui semblait qu’elle était la seule à la ressentir.


- Mon nom est Lilhandra La Jeune. Je suis navrée. J’espère ne pas avoir dérogé à un quelconque protocole de bonne conduite par mon incompétence impardonnable. Bien que j’aie appris votre langue sans aucune difficulté, je ne suis pas encore bien à mon aise avec vos différentes coutumes.

 

- Aucunement, soyez en assurée. Quant à moi, je vous présente mes excuses pour cette bévue. J’avoue n’avoir encore jamais rencontré de fae et ne pas être familiarisé avec vos différentes strates sociales… Je suis Kévin Crawford, directeur de l’AFIS, l’Agence Fédérale des Investigations Surnaturelles et voici Raven Jarvis, mon adjointe qui est aussi notre sorcière, continua t’il en désignant d’un geste de la main la jeune femme qui était restée au milieu du champ. Mais il serait plus judicieux de ne pas trop nous attarder, j’ai convoqué la totalité de l’équipe afin de pouvoir vous présenter à elle le plus tôt possible et nous avons de la route à parcourir. Cela nous donnera d’ailleurs l’occasion de discuter un peu de vous et des modalités de votre insertion dans notre agence.

 

- Je serais ravie de répondre à toutes vos questions mais il se peut que vous n’en appréciiez pas toutes les réponses… Pour cela, je suis autorisée à vous présenter les excuses les plus sincères de Lyssandre, notre… nouvelle reine.

 

La jeune Seelie avait hésité un infime instant au moment d’évoquer sa souveraine mais cela n’avait pas échappé à Kévin. Un air perplexe se dessina sur son visage mais il ne fit aucune remarque désobligeante. Il y avait eu bien trop de déférences dans les propos de la jeune Seelie qui n’avait pourtant pas hésité une seconde avant de lui présenté des excuses qui ne tarderaient pas à trouver leur justification, il en était certain. Alors que Kévin invitait Lilhandra à le suivre, il ne put s’empêcher de l’inspecter sous toutes les coutures et eut un mal de chien à détacher ses yeux de ses magnifiques ailes. Si leur forme ressemblait davantage à celle de certains papillons, leur texture lisse et translucide s’apparentait plus à celle d’une libellule voir d’une mouche et comportait des centaines de fines nervures argentées sur toute leur surface. Frappées par les rayons du soleil, les ailes de la fae renvoyaient une myriade de couleurs kaléidoscopiques selon l’angle sous lequel elles étaient observées. L’effet miroir ne dura que quelques secondes mais fut suffisant pour aveugler momentanément Kévin, qui se protégea les yeux avec le dos de sa main.

 

Lilhandra ne devait pas dépasser le mètre soixante et Kévin se trouvait même plutôt généreux. Il était prêt à parier qu’elle était plus petite car sa silhouette filiforme était à même de l’induire en erreur. Son teint ivoire était rehaussé par des pupilles mauves et des lèvres d’un rose soutenu qui lui rappelaient les pivoines pourpres que sa femme avait plantées dans le jardin. Sa longue chevelure, quant à elle, était d’un violet profond, presque noire aux racines, et frôlait régulièrement le bas de ses reins au moindre mouvement. Une fine tiare en argent sertie d’une pierre de lune ceignait son front et la même pierre, taillée en cabochon sur une monture en argent finement ciselée, habillait le pommeau de la longue épée effilée qu’elle portait à la ceinture. Enfin, la jeune Seelie était vêtue d’une longue robe parme, particulièrement échancrée dans le dos, octroyant ainsi un maximum de liberté à ses ailes diaphanes. Elle était taillée dans un tissu vaporeux qui semblait être plus léger et plus doux que la soie. Une longue paire de mitaines en argent complétait sa tenue simple mais raffinée. Mitaines n’était peut être pas tout à fait le terme approprié pour décrire cet entrelacs de fils d’argent savamment tissés qui remontait le long de ses avant-bras et dont la texture semblait être à mi-chemin entre la dentelle et la toile d’araignée. En définitive, Kévin avait sous les yeux le portrait vivant d’une délicate poupée de porcelaine à la beauté éthérée. Seulement depuis qu’il faisait ce job, il avait appris à se méfier des petites choses fragiles, aussi jolies fussent-elles…


- Tu pourrais être un peu plus discret… lui fit remarquer Raven, tandis qu’elle lui emboîtait le pas. On dirait un gamin entrain de lorgner son premier magazine porno  !

 

Kévin s’éloigna rapidement en bougonnant, ce qui fit rire Raven aux éclats et attira l’attention de la jeune fae. Il était déjà presque sorti du champs et s’approchait d’un gros objet métallique scintillant.

 

- C’est ce que l’on appelle une automobile, n’est ce pas ? demanda Lilhandra de sa voix cristalline.

 

- Tout à fait.

 

La jeune sorcière regarda la Seelie, la tête légèrement penchée sur le coté, cherchant la formule la plus appropriée à une situation qui ne l’était pas du tout.

 

- Et… justement. Vous avez une astuce pour ranger vos ailes ? Parce que sinon je ne vois pas comment vous allez pouvoir vous asseoir sans quelques difficultés… répondit Raven, tout sourire. D’ailleurs, étant donné que c’est la première fois que vous montez en voiture, je vous suggère de vous asseoir à l’avant. Sinon vous prenez le risque de dégobiller sur la banquette arrière et le chef est plutôt pointilleux quand il s’agit de sa voiture.

 

- Dégobiller ?

 

- Dégobiller, vomir, gerber…

 

- Ah... Je vois... Et cela ne se produira pas si je m’installe à l’avant ?

 

- Ca, je n’en sais rien… Mais au moins vous aurez le choix entre le costume à 2 000 $ de notre vénéré directeur ou son vide-poches ! Et dans un cas comme dans l’autre, il serait bien capable de vous être reconnaissant d’avoir épargner ses sièges en cuir !

 

- La ferme, Jarvis ! cria Kévin au loin.

 

Lilhandra les contempla tour à tour et comprit à leurs visages ouverts et souriants qu’il ne s’agissait là que d’une boutade et leur répondit par un sourire éclatant. Puis, pour répondre à la question que lui avait posée Raven quant à ses ailes, celles-ci se plièrent et se replièrent pour finir par totalement disparaître derrière la chevelure de la Seelie.

 

- Voilà qui est pratique ! Si je pouvais faire pareil avec les huit kilos que j’ai en trop ! ironisa Raven en ouvrant la portière coté passager et en invitant Lilhandra à s’installer.

 

Alors que les deux humains étaient entrain de s’asseoir dans le véhicule, Lilhandra observa encore une fois avec attention le paysage qui venait de l’accueillir. Aussi loin que ses yeux puissent y voir, tout n’était que champs mordorés ou verdoyants. La nuit empiétait maintenant largement sur les derniers rayons du soleil qui étaient bien incapables à présent de traverser le bosquet devenu si obscur qu’il semblait n’être qu’une énorme tâche d’encre. Là, reposait l’un des rares portails de voyage encore actif que les humains n’avaient pas encore détruit, la plupart du temps par inadvertance. Dorénavant éteint, plus rien ne la reliait aux siens. Mis à part peut-être la magie ambiante qu’elle avait ressentie à son arrivée. Du bout des lèvres, Lilhandra adressa ses salutations à la Nature de ce monde, qui l’en remercia immédiatement par le biais d’une tiède caresse sur le visage. Peu puissante, elle était pourtant bien présente et si la Nature de cette contrée avait refusé sa présence, jamais elle n’aurait pu franchir vivante le portail de voyage. Il était donc tout naturel qu’elle lui adresse ses respectueuses salutations.

 

- Lilhandra… Nous devons y aller maintenant, murmura la voix douce de Raven tandis que Kévin avait déjà démarré la voiture.

 

La voix de Raven tira Lilhandra de sa méditation. Cette dernière constata alors que la boule d’angoisse qui avait pris racine dans son estomac n’avait pas disparue. Elle avait juste réussi à se faire oublier. S’installant sur le siège passager, Lilhandra jeta un bref coup d’œil à Kévin et à Raven afin de reproduire avec attention les gestes qu’ils venaient d’exécuter. Mal installée dans un siège qui lui semblait bien peu confortable et avec en prime une sangle démoniaque aussi souple qu’un nerf de bœuf, Lilhandra était très loin d’exulter. Malgré tous ses efforts, la sangle lui barrait la poitrine et menaçait de l’étrangler à chaque mouvement. Tu vas y arriver, tu vas y arriver… se répétait-elle tandis qu’elle combattait avec vaillance pour enclencher la boucle de la courroie sans que celle-ci ne lui rabote le nez. Un clic salvateur se fit enfin entendre et c’est naturellement à ce moment précis que la sangle décida de remonter brusquement, collant la fae stupéfaite au fond de son siège.

 

- Désolé, le mécanisme est bloqué et je ne peux pas régler la ceinture de sécurité plus bas. Il faudra faire avec… fit Kévin avec un sourire amusé.

 

Tu verras, la Magie Technologie est tout bonnement incroyable. C’est ce que lui avait assuré Tryss durant l’une de leurs longues veillées. Apparemment, la Magie Technologie pouvait être aussi bornée et imprévisible que la Magie Naturelle…

 

 

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Mardi 26 mai 2009 2 26 /05 /2009 15:33

Fée : créature merveilleuse d’apparence féminine, généralement bienveillante, dotées de pouvoirs surnaturels. Pouah ! Mais d’où les humains sortent ce genre de niaiseries ? Il était vraiment temps que l’on revienne sur Terre !

 

Mon nom est Lilhandra Quayan Faeryn de Seelie Sidh’Danaan, dite Lilhandra La Jeune. Mais les humains préfèrent m’appeler Lilhandra Young. Allez savoir pourquoi… Enfin, je ne suis pas à un changement près. Pour faire court, je suis une seelie (vous, vous diriez une fée) tombée en disgrâce et expatriée sur Terre à l’insu de mon plein gré.

 

Kévin Crawford, mon boss est littéralement tombé amoureux… de mes rapports. Il paraît que je n’ai pas mon pareil pour raconter les histoires… Je peux vous dire que ce n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde. Il faut dire que mon ex boulot de scribouillarde au sein de la cour royale de Sidh’Danaan y est un peu pour quelque chose. Du coup, j’arrondis mes fins de mois (plutôt grassement, je dois le reconnaître) grâce à une maison d’édition qui publie mes romans inspirés des dossiers confidentiels de l’AFIS. Ah… Et occasionnellement, je pose pour Chanel…

 

Pour mon arrivée dans le monde des humains, j’aurais pu croire que l’on me ménagerait un petit peu… Que nenni… Hier encore, je passais mon temps à étudier les ouvrages de la bibliothèque du palais alors que ma mère régnait sans partage sur les différentes cités seelies. Bref, mon destin semblait tout tracé. Aujourd’hui, je me retrouve propulsée dans une agence fédérale recrutant des SurNats avec un patron humain complètement paranoïaque qui me compare sans cesse à une sorte de poupée Barbie avec des ailes, un job à connotation létale (surtout pour autrui) avec, pour la plus grande joie de tous, un cynisme à toute épreuve durement acquis auprès de ma collègue et amie : Terrence Jackson surnommée gentiment Nikita. Et comme la vie n’est pas un long fleuve tranquille, je me suis aussi découverte des affinités plutôt embarrassantes pour l’un de mes collègues de travail. Peut-être même deux…

 

Ah… Oui… j’allais oublier… Nous sommes aussi à la poursuite d’un cinglé notoire qui fait disparaître les gens comme un magicien sortirait un lapin de son chapeau… Problème : aucun de nous n’a encore trouvé le truc…

 

 

 

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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  • : Kara LORIS
  • LES DOSSIERS SURNATURELS DE LILHANDRA YOUNG
  • : www.myspace.com/karaloris

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