FUSION & EFFUSIONS

Depuis des années, j'écris régulièrement des nouvelles fantastiques que je relis, corrige avant de les laisser dormir au fond d'un tiroir.  Créer, inventer et rêver et puis alors ? Rien ? Pendant quelques mois, ces histoires oubliées, tapées sur une vieille machine à écrire électrique, furent retranscrites sur CD pour dormir de nouveau.

Et puis un jour, j'ai enfin fini par comprendre que les rêves n'attendent pas... Il y a avait toujours enfoui dans un coin de ma tête un explorateur de l'espace, un vampire ou une fée... C'est à ce moment là qu'est née Lilhandra Young, une jeune seelie (fée) déchue qui se trouve propulsée dans le monde des humains ouvert depuis quelques années aux SurNats.

Les aventures de Lilhandra Young, hormis les prologues, ne sont jamais écrits à la première personne pour une simple et bonne raison : ne pas laisser de coté un seul de mes personnages et leur donner, à tour de rôle, une importance cruciale dans le déroulement de l'histoire.

Les Disparus de Central Park met en avant chacun des personnages afin que vous puissiez faire connaissance avec eux et leur façon de voir différemment les mêmes choses mais aboutir à une même conclusion. Parfois...


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ROMAN

LES DISPARUS DE CENTRAL PARK
Les dossiers surnaturels de Lilhandra Young
(titre provisoire)

Lundi 23 novembre 2009 1 23 /11 /2009 16:13

Lorsque Lilhandra arriva à l’agence, tout le monde était déjà sur le pied de guerre alors qu’il était tout juste sept heures du matin. L’atmosphère conditionnée était saturée par l’odeur de café et de beignets encore tièdes. Posant tout d’abord son sac et sa veste sur son fauteuil, elle attrapa au passage un beignet et un café avant de se diriger vers la salle de réunion où tout le monde semblait déjà installé. Il ne manquait plus que Kévin pour commencer le briefing.

L’agent Ted Chelsea, dont la cravate défaite posée sur une chemise loin d’être fraîche, arborait des cernes de la même couleur que le coquard de la fée. Pourtant, sa jubilation était perceptible et Lilhandra comprit immédiatement qui avait découvert la fameuse piste qu’avait mentionnée Terry sur le message.

 

- Tu as l’air d’aller mieux, commenta cette dernière. Je te mets au parfum rapidement. Cette nuit, l’agent Chelsea a peut-être trouvé notre victime numéro un. Kévin est entrain de rassembler les informations qui pourront confirmer nos soupçons. On attend qu’il nous donne le feu vert.

 

- Hmmm… Comment va Matt ? demanda Lilhandra en observant le loup par dessous ses cils.

 

- Comme quelqu’un qui est dans la merde. Chopper rapidement l’assassin de Debbie est pour lui le seul moyen de garder son statut d’alpha. Il a du déjà combattre hier soir l’un de ses lieutenants pour cela. Sans compter le choc émotionnel qu’à causé la mort de Debbie. Mais je reste persuadée qu’il s’en sortira.

 

Toutes les conversations s’interrompirent à l’arrivée de Kévin dans la salle de réunion. Comme à son habitude, ses sourcils froncés et son air bourru mirent tout le monde au courant de son humeur.

 

- Vous êtes encore là vous ? Il va falloir que je songe à vous réclamer un loyer ! fit-il en s’adressant directement à l’agent Chelsea qui devint plus rouge qu’un piment.

 

- Chef… Je vous rappelle que c’est grâce à lui que nous avons une piste… murmura Raven.

 

- M’ouais. De toutes façons, vous passerez me voir dans mon bureau juste après le briefing. Nous avons à discuter tous les deux…

 

- Bien m’sieur, bredouilla Ted Chelsea. Mais avant, je veux juste dire… Enfin… Bref, tout d’abord, je tiens à préciser que j’ai été détaché par le FBI pour m’occuper des dossiers qui vous ont été prêtés et uniquement de ces dossiers. Je ne suis pas autorisé à enquêter directement sur le terrain avec vous. Toutes mes suppositions découlent donc uniquement de l’étude du dossier de disparition d’Elisabeth Clearwater. Je n’ai interrogé aucun témoin.

 

- Ce que notre ami le bleu-bite du FBI veut vous dire c’est qu’il a dégoté une piste intéressante dont j’ai eu confirmation à l’instant. Elisabeth Clearwater, une danseuse de l’Eden Sea, a disparue il y a trois semaines. Des recherches ont été menées dans tous les hôpitaux de l’état et son compte bancaire est à l’abandon depuis le jour de sa disparition. Elle n’a aucune famille, c’est sa colocataire, Ann-Sarah Miller, qui est aussi danseuse dans cette boite, qui a déclaré sa disparition.

 

- Quel rapport avec notre affaire ?

 

- Chelsea a recoupé tous les témoignages de ce dossier et il a, comment dire, fait des suppositions sur notre danseuse. Pour lui, Elisabeth Clearwater était une SurNat qui abusait un peu trop du glamour.

 

- Vous pensez donc que, comme Brad Dayton, elle gardait le secret sur ses origines ? demanda Terry.

 

- Je viens d’en avoir la confirmation par l’ambassadeur des Océanides. Elisabeth Clearwater était une sirène du clan des Parthénopé de la cote islandaise. Elle est arrivée sur le territoire américain il y a huit mois à peine. Elle était étudiante en biologie marine et payait ses études en dansant à l’Eden Sea. D’après l’enquête de Chelsea, Elisabeth Clearwater était une jeune femme discrète et sans histoire. Son besoin de passer inaperçu l’a contrainte à développer son glamour au maximum aussi les photos qui ont été prises au club n’ont pas grand chose à voir avec la personne d’origine, continua Kévin en faisant défiler les photographies sur le vidéo projecteur.

 

- C’est une très belle sirène, je ne vois pas pourquoi elle éprouvait le besoin de se cacher, commenta Lilhandra. Je ne comprendrais d’ailleurs jamais pourquoi certains SurNats ressentent le besoin de vêtir une forme humaine…

 

- Et c’est sûrement cette obsession du secret qui lui aura coûté la vie, murmura Lyl’Lee tandis qu’elle repensait à la visite qu’elle avait du faire avec Kévin à la famille de Brad Dayton quelques jours plus tôt.

 

- Elisabeth Clearwater, en plus d’être une étudiante brillante militait aussi pour la protection de la faune sous-marine. L’ambassade océanide n’a rien voulu dire mais nous sommes persuadés qu’elle prenait la température de notre politique écologique grâce à ses concitoyens. Mais la cerise sur le gâteau, c’est cela : une injonction délivrée par un juge contre un certain Malcolm Jefferson.

 

- Un ex petit-ami ? demanda Rachel.

 

- Non, il s’agit d’un habitué de l’Eden Sea. Il se serait amouraché de la sirène et lui aurait filé le train pendant près d’un mois avant que celle-ci ne décide de porter plainte, sur les conseils de son amie.

 

- Sa colocataire savait qu’il s’agissait d’une sirène ? demanda Hannibal.

 

Tous les regards se tournèrent vers Ted Chelsea qui se mit de rougir de plus belle.

 

- Euh… Et bien, je ne le suppose. Mais ce sera à vous de le prouver… Par contre, j’ai commencer à travailler sur le profil du tueur… C’est une ébauche mais… Enfin bref, j’ai mis en exergue certains points qui me semblent évident et…

 

- Au fait, bleu-bite ! grogna Kévin.


- D’accord… Les victimes ont entre 25 et 35 ans, sont toutes des SurNats de races différentes mais présentaient un point commun : elles cachaient leur appartenance à une espèce surnaturelle. Elles ont toutes disparues entre une semaine et dix jours d’intervalle et leurs corps n’ont pas été retrouvés.

 

- Vous oubliez Debbie ! cracha Matt.

 

- Je crains que cela ne soit un accident. Avec la permission de monsieur Bradford, j’ai demandé à votre laboratoire de procéder à une analyse des restes de Mademoiselle Richard. Il s’avère que des traces d’un ADN inconnu a été retrouvé sur les deux membres supérieurs de la victime. Les analyses sont encore en cours. Mais pour en revenir au tueur, nous pouvons facilement supposer qu’il s’agit d’un humain de race blanche, entre 35 et 40 ans. Se sentant dévalorisé par rapport aux SurNats, il a développé haine profonde pour les SurNats n’assumant pas leurs origines et on peut facilement supposer qu’il s’est intéressé très jeune à la magie acquise pour combler cette lacune. On peut donc en déduire que son but ultime est de devenir SurNat lui-même.

 

- En tuant des SurNats ? C’est complètement dément ! De plus, le principe de transfert de pouvoir  a été invalidé par une pléiade de savants, alors un transfert post mortem… lança Seamus.

 

- Pas si l’on considère certains points de vue… continua Matt en palissant à vue d’œil.

 

- C’est exact ! Vous y êtes ! ! jubila Chelsea en pointant le loup-garou du doigt puis il se mit de nouveau à rougir. Pardon… Navré… Je me suis laissé emporter… Je n’aurais pas dû…

 

- Continuez Chelsea, l’encouragea Kévin.

 

- Et bien, depuis les tous débuts de l’Humanité, les hommes se sont toujours affrontés. Que cela soit pour un territoire, pour de la nourriture, pour perpétuer l’espèce ou bien pour le pouvoir. Avant même de savoir communiquer entre eux, les hommes s’entre-tuaient déjà. Avec le développement du langage est apparu dans le même temps certains rites qui ont amenés à la fabrication d’outils, de bijoux ou d’objets de cultes. Certains de ces rites guerriers avaient pour but de s’approprier les forces et les qualités de ceux, amis ou ennemis, qui s’étaient illustrer par leur bravoure.

 

- Des rites magiques ? demanda Lilhandra.

 

- Non, je pense que l’agent Chelsea pense davantage à des rites culinaires… lança Kévin.

 

Un silence pesant s’abattit brusquement dans la salle de réunion. Il semblait que chacun retenait sa respiration pour s’extirper de l’instant présent afin de ne pas avoir à affronter une vérité aussi évidente. Pour ne pas se rappeler que malgré des milliers d’années d’évolution, malgré avoir dompté la magie et la technologie, l’Homme n’était rien d’autre qu’un prédateur comme un autre. Seule sa capacité à communiquer lui avait permis de se distinguer des autres espèces mais pour le reste, il resterait à jamais un animal et rien de plus.

 

- Vous voulez dire que… le tueur mange ses victimes ? demanda Lyl’Lee, le cœur au bord des lèvres.

 

- Oui ! Oui ! Oui ! Notre tueur est persuadé de pouvoir obtenir la force et les dons de ses victimes en les mangeant. C’est une idée qui est encore très répandue dans certaines tribus isolées d’Amazonie ! L’anthropophagie a toujours fait partie de l’histoire humaine ! Elle fait même mieux puisqu’elle est entrée dans notre folklore ! L’exemple type est Cronos qui dévora ses propres enfants jusqu’à ce qu’Héra, sa femme, remplace son fils Zeus par une pierre pour lui sauver la vie. Euh… désolé, se reprit Chelsea. Bref, notre tueur a certainement dressé une liste de dons qui lui semblent indispensables et s’est conformé à la méthode la plus simple et ancienne qui soit pour y parvenir : dévorer ses victimes.

 

- Et qu’est ce qu’il lui reste à mettre au menu ? lança Terry, acerbe.

 

- Elisabeth Clearwater était une sirène, Brad Dayton un changeling et Debbie Davis un loup garou. Mais tout cela reste subjectif. Il faudrait savoir quels types de SurNats le tueur considère comme intéressants.

 

- Pourtant aucune de ces personnes ne représentaient un danger pour quiconque ! lança Raven.

 

- Non parce que ce n’est pas cela qui est important. Ce qui est véritablement important, c’est uniquement leurs pouvoirs et ce que le tueur pourra en faire une fois qu’ils les aura assimiler. Notez bien : une sirène peut vivre dans la mer comme sur la terre, un changeling a le pouvoir de se transformer et un loup garou est considéré comme l’un des combattants les plus féroces. Vous remarquerez qu’il prend de plus en plus de risques en s’attaquant à des SurNats de plus en plus puissants ! Pourquoi ? Parce qu’il est à fond dans son plan d’action et qu’il s’est fixé des objectifs. Je pense qu’il a déjà jalonné son parcours et qu’il s’arrêtera lorsqu’il pensera avoir atteint son but. Si nous ne l’arrêtons pas avant, nous n’entendrons plus jamais parlé de lui.

 

- Si on devait classer les SurNats par ordre de puissance, il en ressortirait quoi ? lança Kévin.

 

- Hmmm… Compte-tenu du type de SurNats actuellement recensé, je dirais les vampires puis les démons et les anges. Il peut d’ors et déjà oublier les deux derniers s’il tient un tant soit peu à la vie donc…

 

- Il ne lui reste qu’à bouffer un buveur de sang ! lança Matt.

 

- Impossible… Les vampires ont une densité corporelle presque identique à celle du granit et leur corps part en poussière dès qu’ils meurent. Ce serait un sacré défi… commenta Hannibal.

 

- … mais les vampires partagent certains de leurs pouvoirs avec leurs serviteurs ! Et un serviteur sera bien plus facile à cuisiner, si je peux me permettre l’expression, lança Angus.

 

- Oui, mais tous les serviteurs n’ont pas les mêmes pouvoirs. La hiérarchie est très stricte chez les vampires et il en est de même pour ceux qui les servent. De plus tous les vampires n’ont pas de serviteurs. Si le tueur veut frapper un grand coup, il lui faudra kidnapper le serviteur d’un maître vampire et ce n’est pas ce qu’il manque à New York ! continua Terry.

 

- Donc, si l’on tient compte du résonnement du bleu-bite et du tableau d’avancement vampirique, celui qui est en tête de liste pour passer à la casserole n’est autre que le serviteur du Maître de la Ville ! fit Kévin en s’agitant nerveusement sur son siège. Comme si je n’avais pas assez d’emmerdes comme cela sans qu’un psychopathe cannibale vienne foutre la merde dans les relations humano-vampiriques ! Il faut prévenir dès que possible le Maître de la Ville du danger que coure son serviteur le plus proche.

 

- Mais quand bien même nous connaissons ses motivations, nous sommes toujours dans l’incapacité d’identifier le tueur, continua Hannibal.

 

- Marilyn Monroe… murmura Lilhandra.

 

- Elle a fumer quoi, la fée Clochette !! bougonna Kévin.

 

- Hier soir j’ai regardé un documentaire sur le Pop’art.

 

- Ravi de savoir que vous utilisez votre temps libre pour vous instruire mais que vient foutre Marylin Monroe dans cette histoire bordel de merde !

 

- J’y viens ! Le documentaire a présenté l’œuvre d’un certain Andy Warhol et donc un portrait multicolore d’une de vos actrices humaines réalisé à la suite de superpositions de filtres colorés. Et si on faisait la même chose en inversant le procédé ? En reprenant l’aura du tueur et en la soumettant à l’échelle Willinger, Shon n’a pas réussi à déterminer à quoi nous avions affaire parce que son aura d’origine a été modifiée par l’assimilation des auras de ses victimes. Mais si nous déshabillons l’aura du tueur comme un oignon, en supprimant celle d’un loup-garou, celle d’un changeling et celle d’une sirène, n’aurons-nous pas la confirmation de la nature du tueur ? Et est ce que l’on ne pourrait pas faire de même avec les traces ADN ?

 

- Et c’est une gonzesse qui cuisine au feu de bois et s’éclaire avec une lampe à huile qui me pond cette idée… Terry, tu t’occupes d’informer le Yakuza du virage que prend son boulot. Je veux des résultats dès que possible. Ensuite tu te chargeras de contacter le Maître de la Ville et de coller le train à son serviteur en attendant sa réponse. Si nous devons informer les vampires d’un quelconque danger, nous devons passer par leur canal officiel. Raven et Hannibal, dès que Nagura aura trouvé une piste exploitable, vous travaillez sur un sort pour me pister cet enfoiré. Matt, tu restes au plus proche de tes troupes. Je compte sur toi pour rester l’Alpha jusqu’à ce que nous choppions ce connard. Dès qu’une intervention se prépare, je te préviens. Lyl’Lee, tu prends Laurel et Hardy avec toi et tu m’interroges cette Ann-Sarah Miller et ce Malcolm Jefferson et vous me ramenez tous les documents que vous pourrez récolter. On repart à zéro, vous m’épluchez tout : de leurs factures de téléphone à leurs tickets de caisse. Les victimes ont forcément un point commun. Trouvez-le ! Oh… Et vous emmènerez Chelsea avec vous dès que j’en aurais fini avec lui.

 

- Et moi ? demanda Lilhandra.

 

- Quoi vous ?

 

- Qu’est ce que je fais ? Comment puis-je vous aider ? s’agaça la fée, vexée d’être mise à l’écart aussi abruptement.

 

- Vous, vous rentrez chez vous ! J’ai reçu ce matin une convocation à votre nom vous obligeant à vous présenter aujourd’hui à votre ambassade. Il semblerait que l’on veuille faire un bilan concernant votre acclimatation. Pour ma part, vu l’évolution de votre vocabulaire et la quantité de litres de soda et de hamburgers que vous vous enfilez, je considère votre intégration dans la société américaine comme réussie. Je leur ai donc dit que vous étiez en congé maladie quelques jours et qu’il faudrait qu’ils envoient un de leurs larbins à votre domicile s’ils tenaient tant que cela à vous voir. Ils enverront quelqu’un dans la journée. Vous n’avez absolument rien à craindre. Rachel sera avec vous jusqu’à ce que ce connard ailé se présente à votre appartement, ajouta t’il alors que Lilhandra pâlissait à vue d’œil. Vous répondez à leurs questions à la con et vous me les foutez gentiment dehors. Ensuite, vous me réveillerez le mort au bois dormant et vous vous pointez illico presto ici, tous les deux. Chelsea ! Dans mon bureau ! beugla Kévin en quittant la salle de réunion.

 

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Vendredi 6 novembre 2009 5 06 /11 /2009 10:47

Ouvrant les yeux avec peine, Lilhandra se retrouva enveloppée dans un épais brouillard accompagné d’une grosse migraine. Là, tout près, quelque chose remuait dans son lit. A tâtons, ses doigts rencontrèrent la fourrure soyeuse de Danaé qui, allant à la rencontre de sa main, ronronnait de plaisir. Vaseuse, Lilhandra avait l’impression d’avoir passé sa soirée à vider des outres de Nectar des Fées. Puis, un à un, les évènements de la soirée lui revinrent en mémoire. Elle esquissa une grimace de dégoût. En comparaison des autres agents de l’AFIS, elle ne s’était pas vraiment montrée à la hauteur. Laissant glisser ses pieds hors du lit et se traînant comme une miséreuse jusqu’à la salle de bains, Lilhandra ne put retenir un hoquet de surprise. En plus de sa mine épouvantable, elle venait de se découvrir un magnifique coquard !

 

- Bon sang ! Comment je me suis fait ça ? marmonna t’elle en tâtant le bleu déjà presque jaune. Terry ? Terry !

 

N’ayant pas de réponse, Lilhandra fila vers le salon puis la cuisine avant de trouver un post-it collé sur la porte du frigo.

 

« Sommes sur une piste. Il y a des sandwichs dans le frigo. Repose-toi. A demain ».

 

Une piste ? Quelle piste ! Et pourquoi à demain ? Lilhandra jeta un œil à la grosse pendule rétro qui ornait le mur de la cuisine. 22H45. Elle avait donc dormi toute la journée ! Alors qu’elle était sur le point de foncer s’habiller pour filer à l’AFIS, Lilhandra se ravisa. Tryss devait la contacter ce soir pour lui remettre le tube de régénérescence d’Abyss et son nouveau miroir. Si Terry avait vraiment eu besoin d’elle, elle n’aurait pas hésité à lui demander de l’accompagner. Elle devait donc profiter de cette occasion pour récupérer les objets magiques dont elle avait cruellement besoin. Pour l’heure, il fallait donc qu’elle contacte Tryss. Son téléphone portable dans une main et l’assiette de sandwichs dans l’autre, Lilhandra s’enfonça dans le canapé puis alluma la télévision. Je suis seule. En un clic, le sms fut envoyé. Il ne lui restait plus qu’à attendre.

 

Après une douche rapide et avoir enfilé un tee-shirt mauve par-dessus un large pantalon de détente en lin de la même couleur, Lilhandra regardait distraitement depuis une bonne demie heure une émission consacrée au Pop Art et à Andy Warhol en particulier. Les humains avaient développé différentes activités artistiques qui laissaient Lilhandra sans voix la plupart du temps. Depuis qu’elle avait visité le Metropolitan Museum, Lilhandra raffolait de toutes les émissions consacrées aux créations humaines, qu’il s’agisse d’architecture, de sculpture ou encore de photographie. Alors que les portraits polychromes de Marilyn Monroe défilaient sur l’écran, son téléphone portable retentit.

 

- C’est moi. Je suis en camionnette et dans cinq minutes j’aurais besoin d’avoir accès à ton parking.

 

- Je descends tout de suite.

 

Le parking de la résidence ressemblait à n’importe quel autre parking, du moins c’est ce que pensait Lilhandra étant donné que le seul autre qu’elle connaissait était celui de l’AFIS. Le Centurion était une résidence haut de gamme, ça elle l’avait bien compris. Mais les parkings, qu’ils soient d’un supermarché, d’un bâtiment administratif ou bien d’un luxueux complexe résidentiel, étaient tous désespérément fades et gris. Et le fait que les places soient numérotées ou les caméras de surveillance plus grosses n’y changeaient pas grand chose. L’accès du parking n’était possible qu’avec une carte magnétique personnalisée remise aux locataires ou bien grâce à l’agent d’accueil à la réception présent vingt quatre heures sur vingt quatre. Longeant de son mieux les murs afin d’éviter les caméras, Lilhandra glissa sa carte magnétique dans la serrure électronique. Aussitôt, une camionnette aux couleurs d’une société de déménagement s’engouffra lentement dans le parking, s’arrêtant avant la première caméra. Tryss, vêtue d’une combinaison de travail et d’une casquette, descendit du véhicule en restant dans son prolongement. Alors que Lilhandra était sur le point de la rejoindre, Tryss l’arrêta d’un mouvement de la main. Les mains paume contre paume, Tryss murmura quelques mots faes avant de produire une minuscule sphère orange de la taille d’un grain de raisin. Comme s’il s’était agit d’une balle de caoutchouc, Tryss la lança de toutes ses forces contre la caméra la plus proche. La sphère se mit à rebondir de caméra en caméra avant de revenir dans la main de sa propriétaire.

 

- C’est un sort de stase technologique. Je l’ai mis au point il y a quelques mois déjà. Il permet de suspendre toute activité d’un appareil électrique sans pour autant le mettre en panne et donc susciter la curiosité des humains. Il suffit ensuite de briser la sphère pour briser le sort. Ingénieux, non ?

 

Lilhandra haussa le sourcil.

 

- Serais-tu susceptible de m’apprendre ce sort ?

 

- Tout le plaisir serait pour moi mais en attendant, au boulot.

 

Tryss avait pris le soin d’emballer les deux objets magiques dans de grandes caisses de bois afin de les protéger des chocs. Efficace mais pas pratique. Les caisses, relativement lourdes même avec un diable à roulettes, ne pouvaient être transportées qu’une par une par l’ascenseur. Faire le gué n’était pas du goût de Lilhandra, mais c’était la seule façon de surveiller l’entrée du parking et éviter de se faire surprendre. Peu après, Tryss redescendit une dernière fois et alla garer la camionnette quelques rues plus loin. Inutile de prendre plus de risque que nécessaire.

 

De retour dans l’appartement, les deux fées commencèrent à déballer le tube de régénérescence. Entièrement en cristal et haut d’un peu plus d’un mètre, ses deux extrémités, deux sceaux magiques parfaitement identiques en forme de cabochons d’argent habillés d’entrelacs et de perles, reposaient sur des supports en polystyrène. Normalement, la proximité d’Abyss devrait relancer le sort de protection du tube. A peine Lilhandra eut-elle sorti l’épée de son fourreau que le tube se mit à vibrer et à émettre un léger infra-son. Otant un à un les supports en polystyrène, le tube demeura en lévitation, réalisant une imperceptible oscillation de bas en haut, comme suspendu au plafond par un élastique invisible. Lilhandra poussa un soupir de soulagement. Parfait, il était intact. Elle n’avait pas encore eu besoin d’Abyss et c’était tant mieux car sans tube de régénérescence, son épée avait vu son pouvoir inexorablement décliner depuis son arrivée sur le Monde Premier. Lilhandra caressa le cristal du tube avec tendresse. La perspective d’avoir de nouveau des contacts avec le monde de la magie, ici même, en plein cœur du fief de la Magie Technologie, représentait un port d’ancrage en plein océan. Du bout des doigts, Lilhandra poussa le tube de régénérescence jusqu’à sa salle de bains tout en murmurant des paroles apaisantes comme s’il s’agissait d’un enfant. Placé dans un angle de la pièce, alors que Lilhandra le remplissait d’eau, une douce musique cristalline monta du cœur du tube. Il appelait Abyss. Dès qu’il fut remplit, l’épée quitta son fourreau et plongea au cœur du tube dans un sifflement strident. Le cabochon supérieur se verrouilla et la musique cessa.

 

Tryss était entrain de défaire le coffrage du miroir lorsque Lilhandra réapparut. La jeune seelie observa avec stupéfaction le miroir qui apparaissait petit à petit sous ses yeux. De près de deux mètres de haut mais tout juste large d’un mètre, le miroir avait l’allure d’une ogive médiévale sculptée dans une pierre aussi lisse que du marbre. Les motifs sculptés représentaient des feuilles d’acanthe et des fleurs de messalia. Intéressant. Les fleurs de messalia ne poussaient que dans une région très précise d’Alter Mundia, dans les environs de Messaline, l’une des plus grandioses cités elfiques. Une multitude de questions vinrent à l’esprit de Lilhandra, même si elle savait pertinemment que Tryss ne lui apporterait aucune réponse, cette dernière lui ayant confié avoir donné sa parole. Et une seelie qui renie sa parole prend le risque d’un déshonneur public de son clan devant toute la communauté. Et lorsque l’on connaît la longévité des faes en général, le fardeau peut-être très, très lourd à porter.

 

Le miroir était extrêmement lourd mais un sort d’apesanteur suffit à le transporter dans la chambre de Lilhandra sans trop de difficulté. Alors que ce dernier fut presque installé, Tryss se retourna vers Lilhandra, mains sur les hanches.

 

- Il faut que tu sortes. Je dois contacter celui qui a fabriqué le miroir et tu ne dois pas être là. Ce sont ces exigences. Je suis désolée.

 

Lilhandra était sur le point de répliquer lorsque l’interphone se fit entendre. Fermant la porte de la chambre derrière elle, elle fonça vers l’appareil.

 

- Oui Travis ?

 

- Mademoiselle Young, un homme du nom de Leonard Latchuss demande à vous voir. Il n’est pas sur la liste des personnes autorisées. Dois-je le renvoyer ?

 

- Euh… Non, non, laissez-le monter. Je vous remercie Travis, finit-elle par répondre, légèrement contrariée avant de repartir vers la chambre en courant.

 

- Tryss, j’ai de la visite. Tu as fini ?

 

- Encore cinq minutes !

 

Lilhandra allait répliquer qu’elle ne les avait pas lorsque la sonnette d’entrée retentit.

 

- Et merde ! jura t’elle tandis qu’elle repartait en trottinant dans l’autre sens en choppant un sandwich au passage. Leonard Latchuss se tenait dans l’encadrement de la porte, le sourire aux lèvres et… une licorne en plastique entre les mains. Lilhandra lui rendit son sourire et, s’écartant de la porte, l’invita d’un geste de la main à entrer.

 

- Il est tard. J’espère que je ne vous dérange pas. J’ai entendu Marat prendre de vos nouvelles par téléphone tout à l’heure et cela m’a quelque peu inquiété.

 

- Inquiété ?

 

- Euh… Oui, j’ai cru comprendre qu’il vous avait dû vous frapper afin de vous transporter aussi je venais voir comment vous alliez. Bien apparemment, hormis ce splendide coquard !

 

Lilhandra enregistra immédiatement l’information. Ainsi donc son œil au beurre noir était l’œuvre de Marat. La question à cent sous est donc : pourquoi est ce qu’elle n’en était pas plus étonnée que cela ?

 

- Oui, il va falloir que j’en discute avec votre associé d’ailleurs ! rétorqua Lilhandra en se passant doucement la main sur son œil. Et ça ?

 

- Et bien, je me suis dis qu’en tant que fée, vous deviez être habituée à côtoyer des animaux fantastiques et il faut bien reconnaître que nous en manquons quelque peu à New York. Alors j’en ai apporté un. Si vous prenez la peine de la nourrir en piles, elle vous chantera des chansons et vous pourrez lui racontez tous vos petits secrets. Mais, je vois que vous étiez entrain de dîner aussi je ne vais pas m’attarder d’autant que je suis normalement de service ce soir.

 

- C’est gentil à vous d’être passé.

 

- Je me demandais… peut-être pourrions nous dîner ensemble ? Demain soir, par exemple ? Si cela vous tente, bien entendu !

 

Lilhandra le fixa avec intensité. Leonard était un homme superbe avec une élégance naturelle dont il savait jouer mais c’était avant tout l’associé de Marat aussi se demandait-elle si l’intérêt qu’il lui portait brusquement était purement personnel ou s’il ne lui avait pas été soufflé par le vampire pour quelques raisons obscures.

 

- C’est Marat qui vous a demandé de venir ?

 

Le ton employé par la fée arracha un sourire contrit à Leonard. Bien que vexé, il ne pouvait pas lui en vouloir de se méfier de lui. Les fées et les vampires avaient toujours eu des relations compliquées et compte-tenu de son association avec Marat, il était tout à fait compréhensible que Lilhandra ne manifeste pas plus d’intérêt que cela à sa proposition. Après tout, ils ne s’étaient rencontrés qu’une seule fois. Pourtant, cela avait suffit pour qu’elle attire son attention.

 

- Je suis un grand garçon Lilhandra, je n’ai pas besoin de l’aval de mon associé pour m’intéresser à une jolie femme. D’autant plus si je dois entrer en compétition avec lui sur ce point, tout vampire soit-il, répondit-il, tout sourire. Enfin, je ne veux pas vous vendre l’article, mais je suis visible de jour comme de nuit et ma température corporelle n’avoisine pas le zéro absolu.

 

- Oh… Et bien, je ne sais pas…

 

- … et j’adore les sandwichs !

 

Un sourire radieux étira enfin les lèvres de la jeune femme.

 

- Bon d’accord, mais pas de sandwichs ni de hamburgers. Je connais déjà et j’aime découvrir la cuisine humaine.

 

- Pas de problème, fit-il en se levant du canapé et en se dirigeant vers la porte. Je passe vous prendre ici vers vingt et une heures. Prenez soin de vous. A demain.

 

A peine la porte fut-elle refermée que Lilhandra s’y adossa et poussa un soupir de soulagement. La brève visite de Leonard, bien qu’agréable, avait bien failli compromettre la sécurité de Tryss et la sienne par la même occasion. Aussi sympathique qu’il soit, elle ne pouvait faire confiance à personne et moins il y aurait de monde impliqué dans les affaires faes et plus leur sécurité serait assurée. Compte-tenu des enjeux, elle était quasiment certaine que Lyssandre avait envoyé des agents sur le Monde Premier juste après son transfert pour la faire surveiller. Elle en était convaincue même si elle n’en avait aucune preuve pour l’instant. Chassant ses sombres pensées, Lilhandra se précipita vers la chambre.

 

- Je peux entrer ?

 

- Oui, il est prêt. Mais je tiens à te prévenir. Ton avatar représente un elfe et non un seelie et il est, comment dire, un peu particulier.

 

Lilhandra se plaça devant le vaste miroir. Elle jeta un rapide coup d’œil à son hématome. Marat ne l’emporterait pas au paradis !

 

- Je ne peux m’attarder plus longtemps. Même si je voyage trop pour être vraiment pistée par les agents de Lyssandre, Je sais que je suis dans son collimateur, comme disent les humains. Je préfère ne pas courir de risque. De plus, je ne tiens pas à ce que quelqu’un prête attention plus que nécessaire à la camionnette.

 

- Tu penses aussi que j’ai une deuxième ombre ?

 

- C’est plus que probable, ma chérie. Ecoute, je dois retourner sur Alter Mundia pour mes affaires. Si tu as le moindre souci, laisse-moi un mail. Je te contacterai dès que je reviendrais. Sinon, il serait plus prudent de garder nos distances quelques temps… En attendant, apprivoise ton nouveau miroir. Il s’appelle Athanor.

 

- Athanor…

 

Tryss embrassa Lilhandra sur le front avant de quitter sa combinaison de travail pour arborer une tenue totalement noire. Ses ailes mordorées se déployèrent doucement tandis qu’elle se dirigeait vers la terrasse.

 

- Débarrasse-toi de ça dès que possible, fit-elle en lui tendant le vêtement. Autre chose : quoique je fasse, je le fais seule. Aussi, si quelqu’un vient te voir de ma part, méfie-toi. Et surtout prends soin de toi.

 

Dans un silence total, Tryss décolla légèrement du sol avant de tournoyer avec grâce telle une feuille morte portée par le vent et de toucher le trottoir du bout du pied. Ses ailes se rétractèrent aussitôt et elle n’avait plus l’air que d’une jeune femme insouciante se promenant dans New York. Et tout cela, sans le moindre témoin. Lilhandra referma la fenêtre et se tourna vers son nouveau miroir à paroles.

 

- Athanor ?

 

En moins d’une seconde, un elfe blond aux cheveux mi-longs apparut. Contrairement à Allali qui ne présentait qu’un buste animé, Athanor était un avatar complet en taille réelle. De ce fait, il devait mesurer pas loin d’un mètre quatre vingt et semblait avoir dans les trente ans. Et sembler était un maître-mot chez les faes ! Athanor était vêtu comme n’importe quel elfe de la haute noblesse. Un pantalon équestre blanc cassé surmonté d’un long manteau bleu nuit brodé ton sur ton de la caste des officiers ainsi que d’un plastron de cuir sombre agrémenté de décorations argentés. Ses bottes, richement décorées, étaient de la même facture que son plastron. Lilhandra n’avait pas la moindre idée de l’identité du mage qui avait travaillé sur l’avatar de ce miroir mais elle devait reconnaître qu’il avait effectué un travail spectaculaire. Athanor avait l’air plus vrai que nature.

 

- Que puis-je faire pour toi ?

 

- J’aimerais que tu fasses le tour de l’appartement et que tu prennes possession de tous les miroirs de la maison ainsi que de celui-ci, fit-elle en sortant de son sac un petit miroir de poche. Je veux que tu surveilles les lieux régulièrement et que tu me préviennes dès que quelque chose te paraît étrange.

 

- Tes désirs sont des ordres. Autre chose ?

 

- Oui. Ton créateur a émis des conditions particulières avant de t’envoyer à moi. Quelles sont-elles ?

 

Athanor éclata de rire.

 

- Ah ! Lilhandra, Lilhandra… Tu veux savoir ce que peut bien exiger d’une princesse seelie un noble mage-guerrier si ce n’est le respect de sa parole concernant un ancien traité ?

 

- Ex princesse seelie expédiée manu militari dans une agence fédérale humaine et dont la durée de vie semble plus que limitée ! rétorqua Lilhandra, acerbe.

 

- Mon créateur veillera sur toi comme sur la prunelle de ses yeux. Et il saura intervenir le moment opportun, sois-en certaine !

 

- Si je comprends bien, tu ne m’appartiens pas complètement et j’imagine qu’il n’est pas question que j’entre directement en contact avec ton créateur !

 

- Non. Mais lorsque cela arrivera, tu devras alors payer ta dette !

 

- Super… marmonna Lilhandra en se détournant du miroir avant d’enlever son pantalon et son tee-shirt puis d’attraper un kimono fleuri.

 

- Autre chose… Ce que je vois, mon créateur le voit aussi. Je tenais à t’en informer avant que tu ne sois nue comme un ver !

 

Lilhandra se retourna vivement, le feu aux joues, toute aussi gênée qu'interloquée qu’un avatar puisse se permettre ce genre de remarque. Puis, alors que les lèvres d’Athanor s’étiraient dans un sourire bienveillant, Lilhandra se détendit. Tryss l’avait prévenu de son caractère particulier. Son créateur étant un elfe et les elfes étant réputés pour leur grande liberté d’expression, il n’y avait rien d’étonnant à ce qu’un avatar elfique ait hérité de ce don. Ce n’est qu’un avatar, pauvre sotte !

 

- Que disent les humains déjà ? Ah, oui ! Dieu éprouve ceux qu’il aime ! marmonna t’elle en resserrant la ceinture de son kimono.

 

- Hmmm… Il serait peut-être temps de te convertir alors !

 

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Jeudi 5 novembre 2009 4 05 /11 /2009 10:04

La porte avait claquée si fort que pendant plusieurs secondes, il entendit les jérémiades interminables de ses voisins. Ils n’allaient pas le faire chier ! Ce n’était vraiment pas la soirée ! Et puis quoi ! Depuis six ans qu’il vivait dans cet appartement, ils n’avaient jamais eu à se plaindre de lui. Bien au contraire. Il avait tout fait pour se montrer poli et discret en toute circonstance. Et là, ce soir, alors qu’il n’allait pas bien du tout et que son humeur avait liquéfié son sel-contrôle une toute petite fois, ils gueulaient comme des putois comme s’il était coutumier du fait ! Qu’ils aillent tous se faire foutre !

 

- Allez tous vous faire foutre ! marmonna t’il en balançant son sac de sport dans un coin de la cuisine et en fonçant vers la salle de bains. Passant un peu d’eau sur son visage, il commença à lister les dégâts. Il avait l’arcade sourcilière ouverte, la lèvre fendue et le nez cassé, sans compter les nombreuses griffures et les hématomes qui allaient mettre quelques heures à apparaître. Avec de telles blessures, il n’avait pas eu d’autre choix que de se faire soigner à l’hôpital puis de déposer une plainte fictive auprès des flics pour agression. C’était risqué, mais les blessures étaient bien trop conséquentes pour qu’il les justifie par une chute dans l’escalier ou un accident de bricolage. Et si en plus les flics trouvaient un pigeon correspondant au portrait robot qu’il avait inventé pour l’occasion, il n’en serait que plus crédible.

 

De retour dans la cuisine, il sortit une bière et un reste de pizza froide de son frigo puis alla s’installer sur le canapé avant d’allumer la télé et de zapper frénétiquement à la recherche de bulletins d’informations locales. Il fallait qu’il sache ce qui se disait sur le fiasco dont il était l’auteur.

 

A cette idée, sa colère resurgit de nouveau, l’assaillant de pensées malsaines et faisant bouillir son sang dans ses veines. Il avait merdé sur toute la ligne. Pourtant, il s’était bien préparé. Il avait fait tout le nécessaire pour réussir cette mission. D’un regard vide, il fixa l’écran de télévision comme si sa vie en dépendait. Rien. Absolument rien. Malgré sa foirade et le bordel qu’avait foutu l’AFIS à Central Park, aucune information, même succincte, n’évoquait les évènements de la soirée. Pourtant, la magie peu discrète des sorciers du gouvernement avait du se voir sur des kilomètres à la ronde. Quand aux gyrophares qui avaient transpercé la nuit pendant des heures et au raffut qu’avait fait la dizaine d’agents, humains ou SurNats, il fallait vraiment être con pour ne pas se poser de question. Alors, il était vraiment étonnant qu’aucun fouille-merde n’ait pointé son nez là-bas. A moins que l’AFIS n’ait mis son veto et fait de la rétention d’information. De toute façon, c’était tout à son avantage. Moins on parlerait de son travail, plus vite il pourrait atteindre son objectif. A condition aussi qu’il n’ait pas d’autre mauvaise surprise d’ici là ! Fulminant de rage, il balança la croûte de sa part de pizza dans un cendrier, s’alluma une cigarette et s’installa derrière son ordinateur. Il avait fait tous les moteurs de recherche, fouiller tous les sites spécialisés, qu’ils appartiennent à des fans ou bien à des scientifiques réputés. Ils les avaient tous classés en fonction de leur crédibilité et de leur contenu. Il savait qu’il avait fait un gros travail de préparation mais il fallait qu’il en ait le cœur net. Il devait vérifier s’il n’avait pas laissé échapper une information cruciale, même si cela lui paraissait peu probable. Il avait passé des heures entières sur ces sites et les connaissait par cœur. Mais, peut-être que la fatigue accumulée lui aurait-elle fait sauter une ligne ou deux, mais certainement pas des informations aussi cruciales que celles qui avaient failli lui coûter la vie ce soir. Dans son dos, la chaîne d’informations continuait de déblatérer son laïus habituel de mauvaises nouvelles mais il n’entendait déjà plus rien, concentré qu’il était sur sa nouvelle mission : savoir où il avait bien pu commettre une erreur.

 

Pendant des heures, il revisita un à un tous les sites qu’il avait enregistré, relu chaque texte ligne après ligne, vérifiant aussi bien les nouveautés que les archives.

 

- Enfoirés de lycanthropes… Ainsi, vous avez encore des secrets à cacher aux humains… Plus pour longtemps, je vous le garantis… murmura t-il avant d’écraser son énième mégot dans le cendrier puis de cliquer sur le forum du site qu’il étudiait.

 

Il était près de trois heures du matin quand il se décida enfin à éteindre son ordinateur. S’étirant à s’en faire craquer la colonne vertébrale, il se leva et d’un pas traînant se dirigea vers la cuisine où il ramassa son sac de sport et le posa sur la table. Puis il ouvrit un grand sac poubelle en deux en guise de nappe avant de sortir le contenu de son sac.

 

- A nous deux, salope ! grogna t-il en contemplant les deux jambes inertes de sa victime.

 

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /2009 14:12

Lilhandra avait du traverser entièrement la 6ème avenue avant de garer tant bien que mal sa vieille Chevrolet tout près du King of Greene street, situé à quelques pas de l’Ivy Lounge, le night-club de Marat. Derrière les gratte-ciels, un soleil rouge annonçait la fin de la journée et l’arrivée d’une nuit sans lune. Lilhandra frissonna. Les nuits sans lune étaient synonymes de mauvais présages sur Alter Mundia et aucun fae ne se risquerait à organiser quoi que ce soit durant cette période. Aussi n’appréciait-elle que très modérément le fait d’entrer dans un nid de buveurs de sang justement ce soir.

 

L’Ivy Lounge était exactement le genre d’endroit que Lilhandra n’espérait pas découvrir de sitôt. La façade du club était entièrement réalisée à partir de pièces de métal noircies savamment sculptées et encastrées dans des cloisons de bois couleur ébène. Mais ce qui mettait Lilhandra mal à l’aise, c’était plus particulièrement les vitraux insérés au centre des plaques de métal. Pas plus gros qu’un billet de cinquante dollars, ils représentaient différentes scènes d’orgies mêlant sang et sexe, annonçant la couleur avant même de franchir le seuil.

 

Lilhandra avait choisi une tenue très chic selon le code vestimentaire humain. Davantage pour prouver à Tryss qu’elle ne s’en sortait pas si mal dans cette société si compliquée que par goût personnel. Elle avait fait totalement confiance à Terry sur ce point car elle avait bien compris que pour les humains, l’allure comptaient autant que la personne, sinon plus… Mais l’Ivy Lounge lui faisait maintenant regretter son choix de ce soir. Sa salopette slim anthracite à col bateau et son chemisier en voile parme aux manches dignes de celles de Jack Sparrow ne laissait aucune place à l’imagination et moulait la moindre parcelle de son corps juché sur dix centimètres de talons.

 

Deux gardiens aux muscles impressionnants se tenaient de part et d’autre de la porte d’entrée, refoulant systématiquement et sans concession ceux et celles qui ne correspondaient pas aux critères de la maison. Tous deux vêtus d’un costume sombre sur un tee-shirt moulant pourpre au logo du club, ils avaient l’air aussi sympathiques que deux trolls en goguette ! En fait, ils se ressemblaient étrangement bien que l’un avait la peau mate, presque noire, et les yeux aussi noirs qu’une nuit sans étoile alors que l’autre était blond comme les blés et avait des pupilles bleu azur. Sinon, ils arboraient tout deux une mâchoire aussi développée que leurs biceps, probablement due au réflexe systématique de crispation que connaissent les body-builders pratiquant régulièrement le développé-couché. De plus, ils étaient sensiblement de la même taille et leurs coupes de cheveux, une brosse militaire savamment exécutée, étaient identiques. Sans qu’elle sache pourquoi, le clip vidéo de Michael Jackson usant du morphing du début à la fin lui revint à l’esprit. Lilhandra ne put réprimer un sourire. Black & White possédaient exactement la même gestuelle, qu’il s’agisse de vérifier une pièce d’identité ou bien de refouler les indésirables. Une vraie chorégraphie dont il ne manquait plus que la musique.

 

Lilhandra gravit les deux marches qui la séparait des deux hommes puis fit naviguer sa plaque sous le nez des deux gardiens.

 

- Je veux voir Léonard Latchuss. C’est très important.

 

Black s’empara de la plaque en grognant quelque chose de totalement incompréhensible puis la retourna dans tous les sens avant de la lui rendre non sans la dévisager des pieds à la tête.

 

- Vampire ?

 

La jeune femme se raidit et le rouge lui monta aux joues de colère.

 

- Est ce que j’ai la tête d’un buveur de sang ?

 

Black haussa les épaules.

 

- Vous avez des crocs et votre badge de mentionne pas ce que vous êtes !

 

Un claquement sec tel un étendard frappé par le vent se fit entendre. Tandis que ses ailes se déployaient, leur texture lisse et translucide capta la lumière des réverbères et se mirent à étinceler tel un miroir laissé en plein soleil.

 

Surpris, Black porta son avant-bras devant ses yeux tandis que White regardait Lilhandra, totalement hébétée.

 

- Je suis la fée du Logis, ducon, alors ayez l’obligeance de prévenir Monsieur Latchuss que je l’attends ou bien je me verrais contrainte de vous métamorphoser en balais à chiottes ! … et ne me traitez plus jamais de vampire !

 

Sur ces mots, les ailes de la fae se replièrent dans un mouvement fluide et presque aussi vite qu’elles s’étaient déployées. Des murmures montèrent de la file d’attente. Au temps pour la discrétion se morigéna Lilhandra. Toutefois, elle était satisfaite d’avoir réussi à impressionner Black & White. La méthode Kévin combinée à elle de Terry était un plus indéniable lorsqu’il s’agissait de combat psychologique. Elle se promit d’ailleurs d’exploiter ce filon aussi souvent que possible. D’une part parce que cela faisait gagner du temps et ensuite parce qu’au bout du compte, elle s’était follement amusée.

 

Black & White avaient repris leurs postures de chien de garde. Le regard mauvais, Black sortit son téléphone portable de la poche intérieure de sa veste et malgré un geste tout ce qu’il y avait de plus minimaliste, Lilhandra aperçu tout de même la crosse d’une arme émergeant d’un holster de ceinture. Lilhandra émit un ricanement à peine perceptible. Des gardes armés ? Marat aurait-il des ennemis ? Comme c’est curieux !

 

Avant même qu’elle n’ait eu le temps de pousser plus loin sa réflexion, Black rengaina son téléphone à l’intérieur. Puis, ouvrant la porte, il invita Lilhandra à entrer d’un signe de tête. En lui passant devant, Lilhandra pouvait non seulement voir la colère dans ses yeux mais aussi la sentir comme si cette dernière était une nappe de vapeur étouffante. Pourtant, Black ne prononça pas un mot et se détourna d’elle derechef afin de reprendre son travail comme si de rien n’était alors qu’une musique métallique assourdissante semblait faire vibrer les murs.

 

L’intérieur du club n’avait rien à envier à sa façade. Les murs plaqués de panneaux de bois sombres étaient percés par des vitraux représentant orgies et bacchanales et derrière lesquels un système électrique diffusait une lumière vive atténuée par les couleurs primaires du verre. Une piste centrale au parquet marqueté accueillait une foule de danseurs bigarrés alors que des petits box isolés par de lourdes tentures pourpres longeaient et deux plus longs murs en se faisant face. Ouvertes, les tentures laissaient apparaître une large banquette recouverte par un velours épais à la couleur sombre indéfinissable, un guéridon de bois et de fer forgé où trônait généralement les consommations liquides ou solides de ses occupants tandis qu’une applique murale de style baroque diffusait une lumière tamisée. Une fois les rideaux fermés, ces box laissaient peu de place à l’imagination quant à leur usage dans un endroit comme celui-ci. Alors que Lilhandra tentait de trouver ses repères, un individu au costume sombre se planta devant elle en baragouinant des mots incompréhensibles à une compagne qu’elle ne pouvait voir puisqu’il lui bouchait totalement la vue. Tandis qu’elle le contournait pour aller vers ce qui lui semblait être un accès réservé au personnel, elle sentit des doigts puissants lui enserrer l’avant-bras. Avant qu’elle n’ait pu faire un geste, l’homme se pencha vers elle. Il lui fallut plusieurs secondes alors pour comprendre qu’il s’adressait à elle depuis le début. L’entraînant derrière lui, Lilhandra se faufila tant bien que mal entre les corps qui s’agitaient au rythme de la musique tandis que son éclaireur se mouvait avec une aisance un peu trop parfaite pour être humaine sans la lâcher une seule fois. Pourtant, elle sentait la paume chaude et moite de l’homme contre la peau de son bras. S’il n’était pas humain, au moins il n’était pas un vampire. Enfin, ils passèrent une première porte battante les isolant de la salle et qui menait, entre autre chose, aux cuisines et aux vestiaires du personnel puis une nouvelle porte battante s’ouvrait vers un petit couloir qui distribuait cette fois deux portes en bois finement ouvragé. L’homme se dirigea vers la première porte qui s’ouvrait sur un vaste bureau digne de celui d’un PDG.

 

- Je suis navré de n’avoir pu me présenter plus tôt mais avec un tel raffut difficile de faire autrement... Je suis Léonard Latchuss, l’associé de Marat.

 

- Et je suis ?

 

- Pardon ?

 

- Vous vous êtes planté devant moi puis m’avez attrapé et traîné derrière vous sans vous poser de question. J’aurais tout aussi bien pu être un saumon d’Alaska !

 

Un immense sourire étira les lèvres sensuelles de Léonard Latchuss. A bien y regarder, il n’y avait pas que ses lèvres qui étaient sensuelles. Toute sa personne évoquait le plaisir. Léonard devait friser le mètre quatre vingt, voir un peu plus. Son costume d’une facture élégante tranchait radicalement avec sa peau dorée et ses cheveux mi-longs savamment coiffés. D’un châtain plutôt soutenu, de fines mèches blondes soulignaient la coquetterie manifeste de Léonard. Enfin, sa voix chaude et suave était marquée par une pointe d’accent que Lilhandra de pouvait identifier.

 

- Je vous ai reconnue, Mademoiselle Young. Les descriptions de Marat sont toujours très précises et les caméras de sécurité ont eu le plaisir d’immortaliser une vraie fée dans toute sa splendeur. Mais rassurez-vous, ces images ne quitteront pas ces lieux, continua t’il tandis que je blêmissais.

 

D’un geste de la main, Léonard m’invita à m’asseoir dans un confortable fauteuil en cuire tandis qu’il contournait le bureau pour s’y installer.

 

- Alors, que puis-je faire pour vous, Mademoiselle Young ?

 

- Je suis chargée d’attendre Marat ici et prendre contact avec notre chef pour connaître les nouvelles consignes.

 

- Hmmm… Contrairement à moi, Marat ne loge pas ici mais il ne devrait plus tarder.

 

- Quel type de SurNats viennent dans votre club ?

 

- Principalement des oiseaux de nuit, Mademoiselle Young, répondit-il dans un sourire. Principalement des vampires et des humains, quelques sorciers peut-être. Vous êtes notre première fée.

 

- Je ne suis pas une cliente.

 

- Pour l’instant… Mais je manque à tous mes devoirs. Désirez-vous boire quelque chose ?

 

- Un coca light, si vous avez…

 

- Un coca light… Décidément, les femmes sont vraiment toutes les mêmes.

 

- … avec une larme de whisky, s’il vous plait.

 

- Ah… c’est déjà mieux, rétorqua t’il dans un large sourire. Ainsi, vous êtes la petite dernière de l’AFIS. J’ai cru comprendre que vous n’étiez jamais venue dans notre monde. La transition n’est pas trop difficile ?

 

Lilhandra saisit le verre que Léonard lui tendait puis, trempant ses lèvres dans la boisson, ferma les yeux quelques secondes.

 

- Si…

 

- A ce point ?

 

Lilhandra sursauta brusquement et rouvrit les yeux. Marat se trouvait devant elle tandis que Léonard avait quitté la pièce dans le plus grand silence. Contrairement à son habitude lui sermblait-il, Marat avait laissé tomber ses costumes élégants pour un jean noir et un pull-over noirs. Un long trench de cuir de la même couleur avait négligemment posé sur l’accoudoir du fauteuil qu’occupait Léonard quelques instants plus tôt. Quant à ses chaussures, coquées et ornées d’une fine plaque métallique gravée, elles n’avaient plus rien à voir avec les fines chaussures italiennes qu’elle l’avait vu arborer. Irritée d’avoir été surprise de la sorte, Lilhandra vida son verre d’une traite avant de le poser un peu brutalement sur un coin du bureau avant de sortir son portable de son sac.

 

- Kévin attend notre appel.

 

- Bonsoir, oui, je vais très bien, merci de vous en soucier, commenta Marat avec ironie.

 

- Je ne vous ai rien demandé !

 

- Non effectivement. Mais j’oublies toujours que la politesse et la courtoisie n’étaient pas l’apanage des fées.

- Je… commença Lilhandra en rougissant.

 

- N’en parlons plus. Je vous ai senti dès que je suis arrivé au club. J’ai donc déjà appelé Kévin. Nous devons le rejoindre immédiatement à Central Park. Léonard est parti chercher la voiture, c’est lui qui nous conduira.

 

- Vous ne conduisez pas ?

 

Le temps d’un battement de cils, Marat se retrouva derrière elle, trench sur le dos et les mains malaxant les épaules de la jeune fae.

 

- Pourquoi faire ? fit il en ricanant.

 

Lilhandra tenta de s’extirper du fauteuil mais la poigne d’acier du vampire la cloua contre le dossier. Puis, ses lèvres froides effleurèrent la pointe de son oreille pour glisser doucement vers le lobe avant de se refermer dessus. Sa main glissant lentement jusqu’à la gorge de Lilhandra, Marat s’enivra des battements désordonnés de son cœur. La jeune fille se mit à frissonner et aussitôt Marat se plaça à sa gauche, lui tendant le bras afin de l’aider à se lever.

 

- Nous y allons ?

 

Sans un mot, Lilhandra posa sa main sur le bras du vampire puis se redressa. Il ne lui ferait pas une seconde fois le coup du manque inné de savoir-vivre des faes.

 

- La prochaine fois que vous faites cela, je m’occuperais si bien de vous que vous tiendrez dans un cendrier…

 

Marat éclata de rire et plongea son nez dans l’opulente chevelure de Lilhandra.

 

- Si seulement tu pouvais mettre tes préjugés de coté, nous formerions un duo d’enfer…

 

Une dizaine de voitures équipées de gyrophares avaient envahis le parking du Wildlife Center, traçant dans la nuit une strie lumineuse, telle une guirlande de Noël. Léonard s’était garé un peu plus loin, et alors que Marat sortait du véhicule, Léonard contourna le véhicule puis ouvrit la portière et tendit sa main à la jeune femme.

 

- Soyez prudente.

 

- Merci. Je me manquerais pas de l’être, répondit doucement Lilhandra tandis que Léonard regagnait déjà la voiture et que Marat la rejoignait.

 

L’équipe était là au grand complet. Rachel occupait les cieux et tournoyait en réalisant des cercles chaque fois plus grands, Raven et Hannibal se concentraient sur le sort de localisation qu’ils étaient entrain de jeter et Matt était entouré d’une meute de loups comprenant facilement une cinquantaine d’individus. Kévin, de son coté, avait réussi à mobiliser une partie des forces de police du quartier et chargeait Lyl’Lee, Seamus et Angus de quadriller le périmètre du zoo à la recherche du moindre indice. Terry, toute de noire vêtue, se préparait pour une éventuelle intervention armée et emmagasinait dans son treillis armes de poing et munitions. Si l’on devait compter son katana ranger le long de sa colonne vertébrale et le semi automatique qu’elle tenait en bandoulière, elle devait bien peser dix kilos de plus que son poids initial. Enfin, Shon Nagura et deux techniciens du laboratoire s’apprêtaient à les accompagner pour le cas où des indices devaient être prélevés.

 

Marat et Lilhandra se dirigèrent tout droit vers Terry et Kévin. Ce dernier détailla Lilhandra des pieds à la tête avant de grogner quelque chose d’incompréhensible. Marat ne broncha pas et Lilhandra fit mine de ne rien entendre. La situation tendue ne s’accommoderait certainement pas à la pointe d’ironie qui signait habituellement l’humour de la fae. Terry, le visage crispé lui tendit une arme qu’elle ne reconnut pas immédiatement.

 

- Shon a modifié ton SIG. Il a remplacé la plupart des parties métalliques par un alliage à base d’argent pour amoindrir la nocivité du fer et il l’a ensuite totalement recouvert d’un vernis isolant à base de silicone. Toutes les parties lourdes ont été refaites avec la même céramique qu’utilise la NASA pour ses navettes spatiales ce qui rend ton arme bien plus légère tout en lui conservant sa puissance de tir. Tes munitions ont subi le même traitement, tu peux donc les toucher à main nue. Quant au holster, je l’ai fait faire sur mesure. Bienvenue au Croque-Monstres Show, ma belle !

 

Alors que Lilhandra haussait les sourcils, Marat l’informa que c’était ainsi que les flics surnommaient les interventions de l’AFIS. Ayant trouvé ça plutôt cool, Kévin avait gardé cette appellation.

 

Terry décocha à Lilhandra un sourire éclatant tout à l’aidant à enfiler le holster d’épaule. Lilhandra ne manqua pas de remarquer les fins entrelacs en relief marquant l’ouvrage et les rivets en argent ciselé maintenant les lanières. Un vrai travail d’orfèvre.

 

- Il est magnifique… balbutia Lilhandra tandis qu’elle rangeait son arme dans son nouvel étui.

 

- Etait-il nécessaire de le lui fournir ce soir ? Elle a des munitions en argent, je n’ai pas envie de me faire dégrouper parce qu’une débutante s’est loupée ! Et j’imagine que Marat et Matt penseront de même, ne serait-ce que pour la sécurité des loups ! lança Kévin.

 

- Et je doute que vous ayez envie d’annoncer au gouvernement Seelie qu’un des membres de la famille royale s’est fait descendre en pleine intervention parce qu’on n’a pas jugé utile de lui donner les moyens de se défendre… Je connais Lyssandre, cette mort ne sera qu’un prétexte pour mettre les Humains au pied du mur. Dois-je vous rappeler à quel point Lyssandre fait peu de cas des vôtres ? rétorqua Marat, doucereux.

 

- Putain de merde… OK ! Debbie Richard a disparu depuis moins de vingt quatre heures, nous avons peut-être encore une chance de la trouver vivante. Nous attendons que le sort de localisation du couple Houdini soit lancé et que l’aigle royal nous confirme le lieu. Notre groupe se chargera de sécuriser le périmètre en question et les loups de Matt pisteront Richard jusqu’à ce qu’ils la trouvent…

 

- Pourquoi pas d’ici ? demanda Lilhandra.

 

- A cause des autres animaux. Les loups ont un flair extrêmement développés et les effluves bestiales émanant du zoo leur compliquent les choses. Sans oublier qu’il y a eu pas mal de passages depuis hier. Les pistes ici sont loin d’être fraîches.

 

Tous se retournèrent d’un coup. Matt s’était approché silencieusement. Lilhandra scruta scrupuleusement son visage. Matt était nerveux, tendu et en colère. Mais ce qui mettait Lilhandra mal à l’aise avant tout, c’était la haine qui émanait de lui.

 

- Mes loups sont prêts.

 

- Quoi que l’on trouve, je compte sur ton statut d’Alpha pour maintenir l’ordre dans tes troupes.

 

Un grondement sourd monta de la poitrine de Matt.

 

- Ce n’est pas négociable, Dougan ! Soit tu tiens tes lycanthropes, soit toi et ta meute restez à l’écart ! Ce sont des civils ! Ils ne devraient même pas être là, bordel de merde ! Alors pas de grabuge !

 

- Je suis l’Alpha ! Ils m’obéiront ! gronda Matt d’une voix rauque avant de retourner vers la meute. Puis, il se déshabilla entièrement.

 

- Que fait-il ? murmura Lilhandra, perplexe.

 

- Il va se transformer. Même si sa lycanthropie le rend bien plus rapide que n’importe lequel d’entre nous, hormis Marat, il ne pourrait jamais suivre ses loups en restant humain. Encore moins se faire obéir d’eux.

 

Alors que Matt rejetait la tête en arrière et qu’un hurlement lugubre s’échappa de sa gorge, les muscles de son corps commencèrent à rouler sous sa peau. Celle-ci se mit à produire une sorte de surfactant visqueux lui donnant un aspect brillant. Soudain, un craquement sourd émanant de Matt se fit entendre. La douleur lui fit mettre un genou à terre mais il avait encore une allure humaine lorsque la peau de son dos se déchira le long de sa colonne vertébrale laissant jaillir par la saillie sanguinolente des plaques de fourrure noire. Petit à petit, le reste de son épiderme se craquela, cédant la place à une fourrure aux longs poils soyeux. Dans le même temps, son squelette se modifia de secondes en secondes, modifiant l’homme qu’était Matt en un animal faisant facilement un mètre vingt au garrot. Les muscles se plaquèrent d’eux-mêmes sur le squelette fraîchement modifié, bien plus volumineux alors même que Matt possédait déjà une musculature développée. La nuit ainsi que la position de Matt n’avait pas permis à Lilhandra de voir la transformation faciale qu’avait subi Matt mais après ce qu’elle venait de voir, elle n’était plus trop certaine d’en avoir envie. La transformation de Matt avait à peine duré plus de trois minutes, ce qui était hallucinant compte tenu des changements que son corps avait subi et du fait qu’il fallait en moyenne un quart d’heure pour qu’un loup-garou se métamorphose entièrement. Là où se tenait Matt quelques instants auparavant, un loup majestueux au profond regard jaune se dressait, à l’affût. Shon s’approcha de lui avec prudence. Lilhandra pouvait l’entendre murmurer des paroles apaisantes avant de le voir plonger sa main dans la fourrure sombre de l’animal. Puis, il plaça un collier émetteur autour du coup de l’Alpha avant de reculer tout aussi prudemment en prenant bien soin de ne jamais tourner le dos aux loups qui s’étaient rassemblés autour de leur chef. Un long hurlement déchira la nuit, suivi par ceux de la meute. Ils étaient prêts, trépignant d’impatience de retrouver enfin l’une des leurs.

 

Au même instant, un éclair aveuglant s’échappa d’entre les mains de Raven avant s’élever au-dessus de la cime des arbres et de s’immobiliser.

- Chef ! Le sort est prêt ! Je n’ai plus qu’à lancer l’ordre !

 

Kévin se tourna vers les Jarvis et leva les yeux au ciel. Rachel tournoyait toujours au-dessus d’eux, attendant le moment où le feu-follet émeraude qu’avait créé Raven lui indique le chemin à suivre.

 

- Vas-y ! maintenant !

 

Raven murmura quelques mots dans une langue ancienne et le feu-follet sembla s’animer. Il se mit d’abord à tourner sur lui-même pendant quelques instants avant de filer comme une flèche, laissant derrière lui une traînée de poussière lumineuse comme celles que laissaient les avions dans le ciel à la seule différence que celle-ci était d’un vert magnifique et semblait tout droit sortir de la baguette magique d’une des fées de Walt Disney. Au même instant, Matt se lança à la poursuite du sortilège, suivit de ses loups, déchirant les broussailles qui avaient la malchance de se trouver sur sa route.

 

Dans le ciel, Rachel fonça dans le sillage du sortilège comme si cette boule de lumière n’était rien d’autre qu’une proie. Il n’y avait plus qu’elle et cette boule de feu. Virevoltant entre la cime des arbres, évitant des branches de justesse, Rachel filait comme le vent sans plus tenir compte de la distance croissante qui la séparait de ses coéquipiers bipèdes et quadrupèdes. Elle serait la première sur les lieux mais surtout, elle y serait seule.

 

- Putain, je ne la vois plus ! grogna Kévin. Vous trois, en voiture ! On file le train à la meute.

 

A peine Marat et Lilhandra eurent-ils le temps de s’installer à l’arrière que le véhicule fit un bond en avant et fonça à toute vitesse. Après un quart d’heure de route ponctué de secousses accompagnées du bip régulier du traceur pistant Matt, la voiture retrouva Matt et ses loups au pied de Cherry Hill. Le feu follet vert stagnait au dessus des eaux sombres du Lake hésitant à piquer une tête dans l’eau pour rejoindre son objectif. Au-dessus du lac, Rachel continuait de tournoyer dans les airs, piquant de temps en temps vers le lac avant de redresser et retrouver la cime des arbres.

 

- Nagura ! Ramenez vos fesses à Cherry Hill et au trot ! J’ai besoin de vos spots et de votre science ! brailla Kévin dans la radio. Vous pouvez voler en rase-motte ?

 

- Pardon ?

 

- Vous êtes une fée, vous avez des ailes. Est ce que vous pouvez voler en rase-motte au dessus de l’eau ?

 

- Oui… Je pense que oui. Mais je n’ai pas les capacités visuelles d’un loup ou d’un vampire…

 

- Marat vous accompagnera.

 

- Je ne vole pas…

 

- Non mais vous lévitez. Vous devez certainement pouvoir combiner vos dons. Démerdez-vous ! termina Kévin en retournant vers le véhicule. Et il fout quoi, le yakuza !!

 

Terry, quant à elle, avait pris position et tenait en joue le lac, comme si le monstre du Loch Ness allait en surgir et qu’il lui fallait à tout prix le descendre. Statique, seul son regard mobile permettait de dire qu’il ne s’agissait pas d’une sculpture hyperréaliste de Ron Mueck. Peu importe le temps que cela prendrait, peu importe la douleur qui naîtrait dans ses bras ou dans ses cuisses ou encore la fatigue qui lui piquerait les yeux à force de trop fixer l’obscurité. Si une chose devait surgir du lac, elle la buterait.

 

Comme elle l’avait fait quelques heures plus tôt à l’entrée de l’Ivy Club, Lilhandra déploya ses ailes tandis que Marat se plaça juste devant elle, invitant Lilhandra à lui enserrer la taille de ses bras.

 

- Je ne pourrais jamais vous soulever, marmonna Lilhandra que cette position, un peu trop intime à son goût, mettait mal à l’aise.

 

- Je peux annihiler mon propre poids, et probablement le tiens, pour léviter mais je ne peux pas me déplacer. Contente-toi de nous mouvoir, princesse. Je me charge de voir ce qu’il y a à voir.

 

Avant même le premier battement d’aile, Marat et Lilhandra se trouvèrent à près d’un mètre au-dessus du sol. Puis, Lilhandra s’orienta vers le lac, un léger bruissement d’aile les accompagnant dans leur déplacement.

 

- Dirige-toi vers le centre du lac.

 

- Elle est là ! je sens qu’elle est là ! s’écria Lilhandra, tout excitée.

 

- Oui… Moi aussi, répondit Marat d’un ton lugubre. Rejoins la rive.

 

- Là ! Regarde ! Elle est là ! Je vois ses cheveux flotter ! Et regarde ses bras ! Elle essaye de se maintenir à la surface ! Il faut l’aider avant qu’elle ne coule !

 

- Je t’ai dit de retourner vers la rive !

 

- Marat ! Nous pouvons la sortir de là ! Tu es puissant, tu peux la sortir de l’eau ! Et moi je suis certaine de pouvoir tous nous ramener sur la terre ferme ! Alors pourquoi attendre !

 

Sur ce, Lilhandra descendit vers le miroir sombre, en direction de Debbie Richard sans tenir compte des protestations du vampire. Mais alors qu’elle venait de repérer la jeune femme, la scène l’interpella. Quelque chose clochait. Lilhandra ne savait pas combien pouvait mesurer Debbie Richard, mais il était clair que ses bras étaient bien trop écartés pour lui permettre de brasser l’eau.

 

- Putain, Lilhandra ! Fait demi-tour !

 

- Il y a un truc qui ne va pas. Tu vois quelque chose ?

 

- Tu n’aimeras pas ce que j’ai sous les yeux… Rentrons, ma belle. Il n’y a plus rien à faire pour elle.

 

Alors qu’il prononçait ces mots, Lilhandra était descendu suffisamment bas pour saisir enfin le sens des paroles de Marat. Ce n’était pas Debbie Richard dans son intégralité qui flottait au milieu du lac mais des morceaux de Debbie Richard, notamment sa tête, son torse et ses deux bras. Les divers morceaux du corps, éloignés les uns des autres de près d’un mètre au point de donner l’impression de voir la victime d’un écartèlement, flottaient sur les eaux noires telles des bûches abandonnées dérivant au grès du courant. La scène morbide arriva à son paroxysme lorsque la tête, du fait d’un léger mouvement d’eau, se mit à tourner lentement sur elle-même et dériva jusqu’à se retrouver coincée entre le torse et l’un des bras. Un violent hoquet souleva la cage thoracique de la jeune seelie et un flot de vomissure franchit ses lèvres tandis qu’un voile opaque se déroulait devant ses yeux. Sans trop savoir comment, ses pieds finir par toucher le rivage et deux bras puissants la soulevèrent pour l’asseoir sur la banquette arrière d’un véhicule de police. Une couverture recouvrit rapidement ses épaules. Lilhandra sentit plusieurs présences à ses cotés sans pour autant parvenir à les identifier. A travers les hurlements sans fin des loups et l’écho de ses tempes battues par la violence de son sang circulant dans ses veines, elle parvenait à peine à saisir quelques bribes de la discussion qui se tenait sous son nez. Le voile opaque qui avait envahit son champs de vision était encore plus dense, la maintenant dans un épais brouillard gris.

 

- Comment va t’elle ?

 

- Et bien… la dernière fois qu’elle a vu une tête rouler, c’était celle de sa mère. Je pense ne pas beaucoup me tromper en disant qu’elle est en état de choc.

 

- Et depuis quand êtes-vous diplômé en psychologie ? rétorqua Kévin.

 

- Depuis que je me suis fait gerber dessus, ironisa Marat avant de s’éloigner.

 

- Putain de vampire…

 

C’est alors que tout devint noir.

 

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /2009 14:31

Les mâchoires crispées, Matt conduisait à vive allure. Son visage fermé et la tension qui émanait de lui avait totalement annihilé le flegme qui le caractérisait habituellement. Pourtant, n’importe qui s’y serait trompé : Matt n’était pas furieux… Il était mort d’inquiétude !

 

Dès que Kévin en avait donné l’ordre, Matt avait rassemblé sa meute afin de pister d’éventuelles traces olfactives. Or, cela faisait déjà près de trois heures que la meute était au travail et qu’il n’avait toujours pas de nouvelle de son bras droit. L’absence de Debbie, son premier lieutenant, était non seulement inhabituelle mais surtout très inquiétante. Aucun de ses loups ne s’abstiendrait d’obéir à l’un de ses ordres sans en subir des conséquences définitives. Et Debbie avait toujours été d’une loyauté sans faille. Aucun de ses employés de la clinique vétérinaire qu’elle dirigeait ne l’avait vue de la journée et sa voiture avait été retrouvée à sa place, sur le parking réservé au personnel du Wildlide Center à Central Park, où elle travaillait quelques heures par semaine. Elle était venue la veille vérifier l’état de santé des animaux avant de repartir. Sauf qu’elle n’avait apparemment jamais quitté Central Park.

 

Sans s’intéresser le moins du monde à la circulation ou à la limitation de vitesse, Matt braqua rapidement avant de s’engouffrer dans le parking souterrain de l’AFIS. Il avait laissé Trévor, son second lieutenant, mener la meute à la recherche de pistes olfactives en attendant que les vampires prennent le relais pour la nuit. Il s’était passé quelque chose de grave et il devait prévenir Crawford. Des recherches devaient être lancées immédiatement. Son instinct ne pouvait s’empêcher de faire le lien avec l’affaire Dayton. Ce dernier était mort, mais s’il s’agissait aussi d’un enlèvement de la part du même kidnappeur, Debbie avait peut-être encore une chance si on agissait vite.

 

Matt traversa comme une flèche les bureaux de l’AFIS où Hannibal, Raven et l’agent Chelsea potassaient des centaines de dossiers pour pénétrer sans précaution dans le bureau de Kévin, surprenant ce dernier au téléphone. A peine celui-ci avait-il raccroché qu’il l’interpella.

 

- Debbie Richard a disparue.

 

- Qui est Debbie Richard ? grogna Kévin, passablement énervé par cette intrusion.

 

- Mon lieutenant de meute… Elle n’a pas répondu à l’ordre de rassemblement sur l’Est River Park. Elle était hier au zoo de Central Park, comme toutes les semaines, en tant que vétérinaire bénévole. Personne ne l’a revue depuis et sa voiture est toujours sur place. Mon instinct me dit que ce n’est pas un hasard !

 

- Putain, il en a donc après les SurNats…

 

- Ce n’est pas tout… Debbie Richard fait partie de mes loups qui n’ont jamais fait leur coming-out !

 

- Il ne manquait plus que ça ! Mais comment a-t’il pu le savoir ? En tout cas, il n’a pas perdu de temps l’enfoiré ! Tu récupères ta meute et tu files à Central Park immédiatement avec les Jarvis. Vous commencez sorts de localisation et pistage immédiatement. Je vais charger Lilhandra d’alerter Marat dès son réveil. Pendant ce temps, je dois absolument contacter le juge Anderson pour changer le lieu d’expertise sur le mandat de recherche de la meute sans quoi il ne faudra pas longtemps à nos détracteurs pour nous éliminer… Je vous rejoins sur place tout de suite après avec Lyl’Lee et les frères Bizarros.

 

A peine les ordres avaient-ils été énoncés, que tout le monde avait l’oreille collée à son portable. Matt récupéra son Firestar M45 à l’armurerie ainsi que plusieurs chargeurs tandis qu’Hannibal et Raven emportaient avec eux plusieurs kits de sortilèges. Quat à Kévin, il glissa son Beretta 93R dans son holster d’épaule et était sur le point de partir lorsque Shon Nagura l’interpella, de nouveaux scanners à la main.

 

- Argh !… Je n’ai vraiment pas le temps de m’occuper de cela ! Cela devra attendre mon retour, grogna Kévin.

 

- Juste une minute, s’il vous plait, c’est très important… insista le technicien en le retenant par la manche de sa veste.

 

Kévin se retourna pour lui faire face, bras croisés, lui faisant ainsi comprendre qu’il avait tout intérêt à être bref et concis dans son explication.

 

- J’ai isolé l’aura changeling de Brad Dayton. L’autre reste cependant indéfinissable.

 

- On en revient au début ? Deux tueurs ?

 

- Non et c’est cela qui est le plus surprenant. Il n’y a bien que deux auras sur le scanner. Il se peut que vous ayez affaire à un SurNat encore non référencé.

 

- Donc tu es entrain de me dire que nous ne savons toujours pas après quoi nous courrons ?

 

- Et il y a de fortes probabilités pour que vous ne le sachiez qu’une fois qu’il vous sera tombé dessus…Je continue cependant mes recherches… Je vous tiens au courant, termina t’il avant de disparaître derrière la porte du laboratoire.

 

- Parfait ! J’adore annoncer les bonnes nouvelles ! marmonna Kévin avant de s’engouffrer dans l’ascenseur, laissant seul l’agent du FBI Chelsea aux prises avec ses propres dossiers.

 

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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PROFIL

  • : Kara LORIS
  • LES DOSSIERS SURNATURELS DE LILHANDRA YOUNG
  • : www.myspace.com/karaloris

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