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PREMIER ROMAN

Bienvenu(e)s,

Les aventures de Lilhandra Young me viennent d'un rêve totalement loufoque que j'ai fait il y a quelques mois déjà... Comme j'aime écrire, j'ai décidé de jeter les bases ici de mon premier roman.

Chaque semaine, un nouveau chapître viendra s'ajouter au précedent un peu à la façon d'une série TV. Je compte sur vous pour me donner votre avis et laisser des commentaires.

A très bientôt j'espère...


karaloris@karaloris.com
Mardi 2 juin 2009 2 02 /06 /2009 09:01

L’éclat lumineux, qui l’enveloppait entièrement jusqu’alors, disparu d’un seul coup. Le portail venait de se refermer. Déjà, une boule d’angoisse se creusait une place bien au chaud au creux de son estomac et un pincement au cœur se fit sentir au tréfonds de sa cage thoracique. Son exil commençait. Maintenant. Battant lentement des ailes tout en aspirant de longues goulées d’air pour réfréner sa peur, la jeune Seelie commença à prêter attention à son environnement immédiat. Apparemment, elle se trouvait au milieu d’un gros bocage dont les arbres fins, entremêlés de ronces et de fougères verdoyantes, laissaient filtrer les rayons d’un soleil déclinant. La circonférence de la minuscule clairière dans laquelle elle se tenait dépassait à peine de quelques centimètres l’envergure de ses bras écartés ou de ses ailes déployées. Levant son visage vers le ciel orangé, la jeune Seelie lissa sa longue robe comme si elle venait d’effectuer un long et pénible voyage. Avec un soupir de résignation, elle se tourna vers le Nord avant de quitter la clairière d’un pas décidé, se sachant attendue par les représentants officiels de sa nouvelle terre d’asile.

 

Tout en marchant, elle tentait de se remémorer les précieux conseils de Tryss La Vagabonde, une très ancienne Seelie qui avait passé l’essentielle de son existence entre les deux mondes. Ce monde à sa propre magie et il te faudra apprendre à vivre avec. Tu verras, Lilhandra, tu  finiras par l’aimer presque autant que ta terre nourricière car ces deux mondes partagent la même destinée. La jeune Seelie chassa cette citation de son esprit, ce n’était pas de réconfort dont elle avait besoin dans l’immédiat mais d’informations. Cependant, elle avait déjà atteint l’orée du bosquet avant d’avoir pu se souvenir de quoi que ce soit d’essentiel. La brusque clarté la fit tout d’abord cligner des yeux puis, s’étant adaptée à la luminosité ambiante, parcoura l’horizon d’un regard curieux. Des champs de céréales s’étendaient à perte de vue telle un océan d’or dont les vagues ondulaient lascivement au gré du vent. Et au beau milieu de cette mer dansante se trouvaient deux humains. Un homme et une femme étaient venus l’accueillir et attendaient patiemment qu’elle vienne au devant d’eux. Tous deux se tenaient figés dans leurs costumes sombres et tristes et affichaient un air grave. Leur immobilité contrastait avec le mouvement fluide des blés dansants enlacés par le vent au milieu. La jeune Seelie plissa de nouveaux les yeux. Pour peu, elle aurait pu facilement les confondre si ce n’était que la femme arborait une épaisse chevelure brune, des formes plantureuses et une myriade de bijoux en argent aux mains et autour du cou. L’un des humains, l’homme, sembla brusquement sortir de sa transe et s’approchait d’elle, écartant de la main les blés se trouvant sur son passage. Battant légèrement des ailes, la jeune Seelie alla à sa rencontre, survolant les blés pour venir se poser à quelques mètres de l’homme.

 

- Quayan Faeryn ? lui fit-il, la main tendue et le sourire aux lèvres. Sourire inexistant jusqu’alors. Que lui avait dit Tryss à propos du salut humain déjà ?

 

- Ceci n’est pas mon nom mais mon statut, répondit la jeune Seelie alors qu’elle lui tendait la main à son tour, paume vers le sol. L’homme hésita un court instant puis glissa sa paume dans la sienne avant d’effectuer un quart de tour. La poignée de main fut brève mais vigoureuse et un léger picotement provoqué par le contact direct s’ensuivit, réveillant l’aura de la Seelie avant de se propager jusque dans la moelle de ses os. La sensation fut déroutante mais relativement agréable même s’il lui semblait qu’elle était la seule à la ressentir.


- Mon nom est Lilhandra La Jeune. Je suis navrée. J’espère ne pas avoir dérogé à un quelconque protocole de bonne conduite par mon incompétence impardonnable. Bien que j’aie appris votre langue sans aucune difficulté, je ne suis pas encore bien à mon aise avec vos différentes coutumes.

 

- Aucunement, soyez en assurée. Quant à moi, je vous présente mes excuses pour cette bévue. J’avoue n’avoir encore jamais rencontré de fae et ne pas être familiarisé avec vos différentes strates sociales… Je suis Kévin Crawford, directeur de l’AFIS, l’Agence Fédérale des Investigations Surnaturelles et voici Raven Jarvis, mon adjointe qui est aussi notre sorcière, continua t’il en désignant d’un geste de la main la jeune femme qui était restée au milieu du champ. Mais il serait plus judicieux de ne pas trop nous attarder, j’ai convoqué la totalité de l’équipe afin de pouvoir vous présenter à elle le plus tôt possible et nous avons de la route à parcourir. Cela nous donnera d’ailleurs l’occasion de discuter un peu de vous et des modalités de votre insertion dans notre agence.

 

- Je serais ravie de répondre à toutes vos questions mais il se peut que vous n’en appréciiez pas toutes les réponses… Pour cela, je suis autorisée à vous présenter les excuses les plus sincères de Lyssandre, notre… nouvelle reine.

 

La jeune Seelie avait hésité un infime instant au moment d’évoquer sa souveraine mais cela n’avait pas échappé à Kévin. Un air perplexe se dessina sur son visage mais il ne fit aucune remarque désobligeante. Il y avait eu bien trop de déférences dans les propos de la jeune Seelie qui n’avait pourtant pas hésité une seconde avant de lui présenté des excuses qui ne tarderaient pas à trouver leur justification, il en était certain. Alors que Kévin invitait Lilhandra à le suivre, il ne put s’empêcher de l’inspecter sous toutes les coutures et eut un mal de chien à détacher ses yeux de ses magnifiques ailes. Si leur forme ressemblait davantage à celle de certains papillons, leur texture lisse et translucide s’apparentait plus à celle d’une libellule voir d’une mouche et comportait des centaines de fines nervures argentées sur toute leur surface. Frappées par les rayons du soleil, les ailes de la fae renvoyaient une myriade de couleurs kaléidoscopiques selon l’angle sous lequel elles étaient observées. L’effet miroir ne dura que quelques secondes mais fut suffisant pour aveugler momentanément Kévin, qui se protégea les yeux avec le dos de sa main.

 

Lilhandra ne devait pas dépasser le mètre soixante et Kévin se trouvait même plutôt généreux. Il était prêt à parier qu’elle était plus petite car sa silhouette filiforme était à même de l’induire en erreur. Son teint ivoire était rehaussé par des pupilles mauves et des lèvres d’un rose soutenu qui lui rappelaient les pivoines pourpres que sa femme avait plantées dans le jardin. Sa longue chevelure, quant à elle, était d’un violet profond, presque noire aux racines, et frôlait régulièrement le bas de ses reins au moindre mouvement. Une fine tiare en argent sertie d’une pierre de lune ceignait son front et la même pierre, taillée en cabochon sur une monture en argent finement ciselée, habillait le pommeau de la longue épée effilée qu’elle portait à la ceinture. Enfin, la jeune Seelie était vêtue d’une longue robe parme, particulièrement échancrée dans le dos, octroyant ainsi un maximum de liberté à ses ailes diaphanes. Elle était taillée dans un tissu vaporeux qui semblait être plus léger et plus doux que la soie. Une longue paire de mitaines en argent complétait sa tenue simple mais raffinée. Mitaines n’était peut être pas tout à fait le terme approprié pour décrire cet entrelacs de fils d’argent savamment tissés qui remontait le long de ses avant-bras et dont la texture semblait être à mi-chemin entre la dentelle et la toile d’araignée. En définitive, Kévin avait sous les yeux le portrait vivant d’une délicate poupée de porcelaine à la beauté éthérée. Seulement depuis qu’il faisait ce job, il avait appris à se méfier des petites choses fragiles, aussi jolies fussent-elles…


- Tu pourrais être un peu plus discret… lui fit remarquer Raven, tandis qu’elle lui emboîtait le pas. On dirait un gamin entrain de lorgner son premier magazine porno  !

 

Kévin s’éloigna rapidement en bougonnant, ce qui fit rire Raven aux éclats et attira l’attention de la jeune fae. Il était déjà presque sorti du champs et s’approchait d’un gros objet métallique scintillant.

 

- C’est ce que l’on appelle une automobile, n’est ce pas ? demanda Lilhandra de sa voix cristalline.

 

- Tout à fait.

 

La jeune sorcière regarda la Seelie, la tête légèrement penchée sur le coté, cherchant la formule la plus appropriée à une situation qui ne l’était pas du tout.

 

- Et… justement. Vous avez une astuce pour ranger vos ailes ? Parce que sinon je ne vois pas comment vous allez pouvoir vous asseoir sans quelques difficultés… répondit Raven, tout sourire. D’ailleurs, étant donné que c’est la première fois que vous montez en voiture, je vous suggère de vous asseoir à l’avant. Sinon vous prenez le risque de dégobiller sur la banquette arrière et le chef est plutôt pointilleux quand il s’agit de sa voiture.

 

- Dégobiller ?

 

- Dégobiller, vomir, gerber…

 

- Ah... Je vois... Et cela ne se produira pas si je m’installe à l’avant ?

 

- Ca, je n’en sais rien… Mais au moins vous aurez le choix entre le costume à 2 000 $ de notre vénéré directeur ou son vide-poches ! Et dans un cas comme dans l’autre, il serait bien capable de vous être reconnaissant d’avoir épargner ses sièges en cuir !

 

- La ferme, Jarvis ! cria Kévin au loin.

 

Lilhandra les contempla tour à tour et comprit à leurs visages ouverts et souriants qu’il ne s’agissait là que d’une boutade et leur répondit par un sourire éclatant. Puis, pour répondre à la question que lui avait posée Raven quant à ses ailes, celles-ci se plièrent et se replièrent pour finir par totalement disparaître derrière la chevelure de la Seelie.

 

- Voilà qui est pratique ! Si je pouvais faire pareil avec les huit kilos que j’ai en trop ! ironisa Raven en ouvrant la portière coté passager et en invitant Lilhandra à s’installer.

 

Alors que les deux humains étaient entrain de s’asseoir dans le véhicule, Lilhandra observa encore une fois avec attention le paysage qui venait de l’accueillir. Aussi loin que ses yeux puissent y voir, tout n’était que champs mordorés ou verdoyants. La nuit empiétait maintenant largement sur les derniers rayons du soleil qui étaient bien incapables à présent de traverser le bosquet devenu si obscur qu’il semblait n’être qu’une énorme tâche d’encre. Là, reposait l’un des rares portails de voyage encore actif que les humains n’avaient pas encore détruit, la plupart du temps par inadvertance. Dorénavant éteint, plus rien ne la reliait aux siens. Mis à part peut-être la magie ambiante qu’elle avait ressentie à son arrivée. Du bout des lèvres, Lilhandra adressa ses salutations à la Nature de ce monde, qui l’en remercia immédiatement par le biais d’une tiède caresse sur le visage. Peu puissante, elle était pourtant bien présente et si la Nature de cette contrée avait refusé sa présence, jamais elle n’aurait pu franchir vivante le portail de voyage. Il était donc tout naturel qu’elle lui adresse ses respectueuses salutations.

 

- Lilhandra… Nous devons y aller maintenant, murmura la voix douce de Raven tandis que Kévin avait déjà démarré la voiture.

 

La voix de Raven tira Lilhandra de sa méditation. Cette dernière constata alors que la boule d’angoisse qui avait pris racine dans son estomac n’avait pas disparue. Elle avait juste réussi à se faire oublier. S’installant sur le siège passager, Lilhandra jeta un bref coup d’œil à Kévin et à Raven afin de reproduire avec attention les gestes qu’ils venaient d’exécuter. Mal installée dans un siège qui lui semblait bien peu confortable et avec en prime une sangle démoniaque aussi souple qu’un nerf de bœuf, Lilhandra était très loin d’exulter. Malgré tous ses efforts, la sangle lui barrait la poitrine et menaçait de l’étrangler à chaque mouvement. Tu vas y arriver, tu vas y arriver… se répétait-elle tandis qu’elle combattait avec vaillance pour enclencher la boucle de la courroie sans que celle-ci ne lui rabote le nez. Un clic salvateur se fit enfin entendre et c’est naturellement à ce moment précis que la sangle décida de remonter brusquement, collant la fae stupéfaite au fond de son siège.

 

- Désolé, le mécanisme est bloqué et je ne peux pas régler la ceinture de sécurité plus bas. Il faudra faire avec… fit Kévin avec un sourire amusé.

 

Tu verras, la Magie Technologie est tout bonnement incroyable. C’est ce que lui avait assuré Tryss durant l’une de leurs longues veillées. Apparemment, la Magie Technologie pouvait être aussi bornée et imprévisible que la Magie Naturelle…

 

 

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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