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PREMIER ROMAN

Bienvenu(e)s,

Les aventures de Lilhandra Young me viennent d'un rêve totalement loufoque que j'ai fait il y a quelques mois déjà... Comme j'aime écrire, j'ai décidé de jeter les bases ici de mon premier roman.

Chaque semaine, un nouveau chapître viendra s'ajouter au précedent un peu à la façon d'une série TV. Je compte sur vous pour me donner votre avis et laisser des commentaires.

A très bientôt j'espère...


karaloris@karaloris.com
Vendredi 10 juillet 2009 5 10 /07 /2009 15:48

Si la Mère Nature lui avait donné des ailes, c’était pour voler… Pas pour se retrouver enfermée dans une caisse à savon se déplaçant à une telle vitesse que son estomac avait failli rencontrer ses lèvres à plusieurs reprises. Kévin et Raven avaient bien tenté de lui faire la conversation mais après avoir constaté les lèvres pincées et le teint verdâtre de Lilhandra, ils avaient décidé de garder le silence et de laisser la jeune fae tranquille durant le reste du trajet.

 

Depuis qu’ils avaient quitté les vastes campagnes du Connecticut, ils avaient roulé sans s’arrêter. Alors qu’ils quittaient l’autoroute, Lilhandra ne put s’empêcher de s’émerveiller devant la mégapole qui s’étalait sous ses yeux. Jusqu’alors, le paysage s’était composé de campagnes mornes entrecoupées d’hideuses constructions dégingandées, toutes reliées entre elles par des chemins nauséabonds au sol poussiéreux et par des câbles aériens de toutes tailles. Mais avec la distance et sous la clarté d’une lune éclatante, la mégapole humaine étincelait de tous ses feux dans la nuit comme le ferait une rivière de diamants sur la peau d’ébène d’un unseelie, un fae noir. Jusque dans sa silhouette hachurée, la ville humaine évoquait à Lilhandra le palais troglodyte du Frostland, taillé à même la glace la plus pure et la plus limpide et où les faes noirs vivaient depuis la découverte d’Alter-Mundia et leur départ du Monde Premier aujourd’hui appelé Terre.

 

- Quelle est cette cité ?

 

- New York, répondit Raven avec une pointe de fierté dans la voix. La plus belle de toutes les villes. Et c’est même plus qu’une simple ville. Ici, tout y est démesuré mais la diversité y règne en maîtresse absolue. Ici se trouve un concentré du monde entier. On l’aime ou on la déteste, mais New York ne laisse jamais personne indifférent. Vous verrez.

 

- Oui, je comprends… Une terre natale demeurera toujours la plus belle aux yeux de ceux qu’elle a vu naître.

 

Alors que Kévin s’engageait sur une vaste artère, Lilhandra émit brusquement un hoquet de stupeur. Devant elle, sur une ligne d’horizon bleutée, se tenait certainement la plus grande représentation humaine qu’elle ait jamais vue. Devant son air ébahi, Raven ne put s’empêcher de sourire.

 

- La statue de la liberté… Elle est magnifique n’est ce pas ?

 

A court de mots, Lilhandra acquiesça d’un hochement de tête.

 

- Elle mesure un peu moins de 50 mètres, 46 mètres pour être précise, et est considérée partout dans notre monde comme un symbole de liberté et de démocratie.

 

- Elle est vraiment magnifique… répondit Lilhandra, d’une voix à peine audible tout en se tordant le cou afin de ne pas quitter un seul instant des yeux la dame émeraude tandis que la voiture obliquait sur la gauche pour se retrouver non loin du front de mer. Puis, alors que le véhicule s’engouffrait dans le parking d’un immeuble de bureaux plutôt imposant, la jeune fae observait avec stupéfaction la maîtrise avec laquelle les humains avaient dompté la Magie Technologie pour l’intégrer à leur vie de tous les jours.

 

Pourtant, malgré le plaisir de la découverte, à peine la voiture fut-elle arrêtée que Lilhandra se précipita à l’extérieur, haletante et chancelante, le cœur au bord des lèvres, cherchant malgré son malaise à retrouver un semblant de dignité.

 

- Vous vous habituerez rapidement à la voiture et vous vous y habituerez d’autant plus vite qu’elle est l’un des principaux moyens de transport pour les humains que nous sommes… D’ici à la fin de la semaine, vous ne devriez plus ressentir de nausée, lui fit Raven d’un air compatissant.

 

Kévin, quant à lui, verrouilla le véhicule et se dirigea d’un pas rapide vers l’ascenseur sans prononcer un mot. Raven et Lilhandra lui emboîtèrent le pas aussi rapidement que possible afin de le rattraper. Alors que les portes de l’ascenseur se refermaient sur eux, Kévin fixa intensément le scanner rétinien camouflé derrière la plaque des recommandations d’usage et enclencha sa clé dans la serrure réservée généralement aux techniciens de maintenance. Tout cette affaire le laissait perplexe. La Seelie n’avait pas dit grand chose pendant le trajet. Elle avait beau être aussi verte qu’un vieux sandwich moisi, elle avait parfaitement su maîtriser l’art de la langue de bois. De plus, le peu d’informations qu’il avait obtenu n’augurait rien de bon. Raven avait beau le traiter de parano hors catégorie, l’arrivée de Lilhandra, du moins de ce qu’elle représentait, allait à l’encontre des missions habituelles de son unité et il aurait parié sa toute nouvelle chemise Armani qu’en réclamant le soutien des faeryns comme l’avait fait la Maison Blanche avec les différentes régences des SurNats (êtres surnaturels), elle s’était mise dans de sales draps. Seulement les doutes ne suffisent pas et il avait véritablement besoin du seul SurNat ayant déjà rencontré des faes par le passé pour valider son hypothèse.

 

- Cet enfoiré de vampire a intérêt à être présent, grinça t’il entre ses dents.

 

- Marat sera là. Tu as enfin réussi à éveiller sa curiosité en annonçant l’arrivée d’un Seelie. Même s’il n’en a rien laissé paraître, je suis certaine qu’il ne raterait cela pour rien au monde…

 

- Un vampire ? s’inquiéta Lilhandra d’une voix hypertendue. Les vampires sont les ennemis héréditaires des Seelies… Je ne sais pas si vous avez bien compris les conséquences pour vous de mon arrivée dans votre agence mais vous risquez de l’apprendre très vite si le vampire m’approche de trop près…

 

Agacé, Kévin balaya les craintes de la jeune Seelie d’un revers de la main avant de décider qu’il valait peut-être mieux qu’elle se sente à son aise s’il souhaitait en tirer le maximum.

 

- Marat fait parti de l’Agence et de ce fait travaille pour moi. Il ne vous touchera pas ou je le cloue moi-même au mur ! De plus, il est le seul à pouvoir m’aider à tirer au clair toute cette affaire…

 

- Tu sais bien qu’il serait capable d’aimer ça… rétorqua Raven puis, se tournant vers Lilhandra, elle murmura, le sourire aux lèvres.

 

- Kévin a raison, tu n’as rien à craindre de Marat. Il sait se maîtriser… contrairement à son patron…

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur un vaste hall marbré et où se trouvait en son centre un grand comptoir d’accueil de granit noir surmonté de boiseries sculptées. A l’arrière et courant sur toute la largeur de la pièce, une grande cloison japonaise noire habillée de carreaux de verre dépolis dissimulait en son milieu une porte coulissante automatique, de celles que l’on trouve dans les grands magasins. Une lumière nacrée se diffusait au travers des carreaux opalescents tandis que des éclats de voix trahissaient la présence d’un grand nombre de personnes.

 

Raide comme un piquet, Lilhandra s’arrêta net devant le comptoir. De nouveau, son estomac la travaillait. Elle n’avait jamais ressenti la peur aussi souvent en si peu de temps. En fait, elle n’avait jamais ressenti autant d’émotions contradictoires à la fois. C’était une sensation nouvelle fort désagréable et Lilhandra eut la détestable impression qu’elle serait récurrente à brève échéance. D’instinct, sa main saisit le bras de Raven, l’incitant à se retourner. Le sang avait totalement quitté le visage de la Seelie et la peur s’y lisait maintenant distinctement. Raven lui adressa un sourire rassurant puis passa sa main sous le plan de travail du comptoir et activa un interrupteur. Les deux portes s’ouvrirent laissant apercevoir un open-space luxueusement aménagé. Dès lors les voix se turent et tous les regards convergèrent vers le trio.

 

- C’est quoi ce bordel ? demanda Kévin d’une voix grincheuse.

 

Une minuscule jeune femme se fraya un passage et se plaça devant lui, mains sur les hanches, un large sourire s’affichant sur son petit visage mutin. Sa tignasse rousse coupée courte et la multitude de tâches de rousseur qui envahissaient son visage lui donnaient un air de lutin. Mais il s’agissait d’une Elfe, Lilhandra en était certaine.

 

- Chef… J’espère que vous vous souvenez avoir dit que si les Seelies daignaient enfin envoyer un agent pour compléter cette équipe, vous étiez prêt, selon vos propres termes, à bouffer votre cravate ? C’est bien ce que vous avez dit, n’est ce pas ?

 

Les joues de Kévin s’empourprèrent comme s’il venait de prendre un aller-retour monumental en pleine figure mais avant qu’il ne puisse dire un mot, la jeune Elfe reprit la parole.

 

- Alors, nous nous sommes dits qu’il serait certainement plus agréable pour tout le monde d’offrir le verre de l’amitié à notre nouvelle collègue plutôt que de vous voir vous étouffer avec votre belle cravate en soie… Alors voilà… Tout ça vient de chez Bond Street et naturellement, c’est vous qui offrez…

 

- Naturellement… marmonna t’il, mi-goguenard, mi-furieux. Ca m’apprendra à fermer ma grande gueule. Au moins, j’aurais sauvé une de mes cravates.

 

- Raven, tu veux bien t’occuper de faire les présentations ? J’ai besoin d’avoir un petit entretien en tête-à-tête avec Marat…

 

- Est-ce que c’est ce que je pense ? demanda Raven, l’air soupçonneux.

 

- Je crains que oui et personne n’a rien vu venir… Tu fais faire le tour du propriétaire à Charlotte aux Fraises comme la bonne maîtresse de maison que tu es et tu ne la quittes pas d’une semelle… Nous vous rejoindrons après…

 

Avant même que Kévin ne prononce son nom, le vampire s’était dirigé droit vers son supérieur non sans jeter auparavant un bref coup d’œil à la fae. Pas besoin que Kévin l’appelle. Son ouie ultra sensible lui avait permis de capter entièrement la conversation entre le directeur et son adjointe. Sans même un regard, Marat passa devant eux et entra directement dans le seul bureau individuel. Kévin referma la porte derrière lui, laissant Raven et Lilhandra au beau milieu de la petite sauterie organisée en l’honneur de l’arrivée de cette dernière.

 

- S’il vous plait… S’il vous plait… Un peu d’attention, commença Raven. Comme vous le savez, dès qu’il y a une sale besogne administrative, c’est moi qui m’y colle. C’est donc moi qui aie été chargée de faire les présentations. Chers amis, je vous présente Lilhandra qui arrive tout droit de la grande cité de Sidh’Danan, capitale du royaume Faeryan.

 

Tandis que l’elfe faisait le service et proposait tour à tour saketinis, sushis et sashimis, Raven entreprit de présenter à Lilhandra chaque personne composant le département. La jeune Seelie déglutit à l’idée de devoir mémoriser les noms et visages de la vingtaine de personnes présentes tout en se demandant à quel genre protocole humain elle devrait se plier. Raven, sentant le malaise de la fae, se pencha vers elle en lui murmurant à l’oreille qu’une poignée de main serait amplement suffisante.

 

Tandis que l’Elfe qui les avait accueilli tout à l’heure et faisait actuellement le service proposait une coupe aux deux femmes, Raven entreprit de faire les présentations. Ainsi, Lilhandra fit la connaissance de Lyl’Lee. Seelies et Elfes partageaient auparavant le Monde Premier puis ces derniers avaient suivi les Seelies lorsque ceux-ci s’installèrent sur Alter-Mundia. Les deux peuples avaient toujours vécu en paix et si les souvenirs de Lilhandra étaient exacts, les Elfes étaient des êtres très serviables et excellaient dans la diplomatie en toutes circonstances tout comme dans la magie directement liée à la nature dont ils sont issus. Aussi Lilhandra se détendit-elle un peu en la présence de Lyl’Lee. Peut-être s’agissait-il tout simplement de l’enthousiasme naturel dont faisait preuve l’Elfe et qui manquait tant à Lilhandra à ce moment précis. Elle se demanda d’ailleurs si Lyl’Lee était native de ce monde ou bien si elle était une transfuge, comme elle… Mais elle aurait probablement la possibilité de discuter de cela à une autre occasion.

 

Alors qu’elles discutaient toutes les trois, une splendide amazone vint les rejoindre d’un pas souple. Raven lui présenta alors Terry Jackson, son assistante ainsi que celle de Kévin. Terry avait tout d’une panthère noire : une peau couleur cacao, de grands yeux marrons bordés de longs cils et des cheveux noirs crépus délicatement tressés avec de fines mèches auburns qui donnaient l’impression d’être plaqués sur son crâne alors qu’un entrelacs d’étroites nattes coulaient le long de ses épaules et se terminaient par des petites perles nacrées, créant un contraste magnifique avec sa couleur de peau. Elle possédait un corps svelte mais puissamment musclé et dépassait la fae d’une bonne tête et demie. Terry salua Lilhandra d’une poignée de main ferme et vigoureuse, s’attardant quelques secondes plus que nécessaires avant de prononcer quelques mots de bienvenue d’une voix extraordinairement grave et sensuelle. Lilhandra pressentit tout de suite que derrière le maquillage sophistiqué et la tenue ultra féminine de Terry se cachait une véritable femme d’action. Car une chose était sûre : Terry ne se bornait certainement pas à accueillir les visiteurs ou à classer des documents… Lilhandra se contraignit à ne pas fixer Terry davantage de peur de paraître impolie ou pire, insolente.

 

 

Alors qu’elle avalait rapidement quelques sushis afin de masquer son embarras, Lilhandra vit foncer vers le petit groupe un homme à l’allure époustouflante. Il était l’archétype du séducteur dans toute sa splendeur et en jouait avec une insolence et une dextérité qui lui conférait une élégance à la James Bond. Chacun de ses pas semblait charrier une escorte féminine qui paraissait le suivre discrètement tout en gardant une distance respectable. La comète et la queue de la comète… en quelque sorte. Tandis qu’il leur décochait un sourire éblouissant, Terry eut un petit sourire en coin avant de se pencher vers la Seelie.

 

- Matt Dougan… Un loup. Ne le laissez jamais prendre l’ascendance sur vous…

 

Sans bien comprendre ce que venait de lui susurrer Terry à l’oreille, Lilhandra écouta Raven faire les présentations avec attention. Elle l’avait surnommé le gentleman loup-garou, pourquoi ? C’était la première fois que Lilhandra entendait parler de cette espèce. Mais ce qu’elle retint de cette brève rencontre fut tout d’abord la beauté sauvage de l’homme qui lui faisait face. Outre une silhouette imposante et musclée, Matt arborait un regard comme elle n’en avait encore jamais vu : ses yeux de jais étaient bordés par de très longs et épais cils noirs. Un loup au regard de biche… Elle comprit alors ce qu’avait essayé de lui dire Terry. De son regard captivant, tout comme celui d’un loup, elle pouvait y déchiffrer le besoin vital de domination tandis qu’il plongeait ses yeux dans les siens. Soutenir le regard d’un loup n’était pas un exercice dont la jeune Seelie avait l’habitude et elle aurait probablement perdu ce combat si l’attention de Matt n’avait pas été attirée par Terry qui lui proposait de remplacer son verre vide. Matt décocha de nouveau un large sourire à la Seelie tout en portant son verre à ses lèvres puis engagea rapidement la conversation avec son entourage. Lilhandra se tourna vers Terry mais cette dernière se contenta d’un bref hochement de tête dans sa direction.

 

Vinrent ensuite Seamus le Gobelin et Angus le Géant, apparemment deux inséparables drilles qui travaillaient en duo depuis un bon moment à en juger par les familiarités qu’ils se balançaient comme s’ils avaient été élevés ensemble et faisaient partie de la même famille. On aurait pu croire que Seamus était simplement atteint de nanisme si l’on omettait ses oreilles biscornues, ses dents pointues, ses pupilles jaunes et ses doigts osseux flanqués de griffes. Ses cheveux hirsutes semblaient indomptables et étaient aussi noirs que le charbon. Bref, pas vraiment agréable au premier abord mais les Gobelins ne sont de toutes façons pas des êtres très sympathiques de nature. Quant à Angus, c’était quasiment le même individu que le Gobelin mais en grand format. Très, très grand format. Sa carrure l’obligeait à passer les portes de coté tout en baissant la tête. Pourtant, il n’émanait pas du Géant la même animosité que du Gobelin. Ses yeux verts et son sourire timide y étaient certainement pour quelque chose.

 

Le duo était accompagné de Rachel Delgado, une changeling, dont la forme animale était un aigle. Son air pincé et son regard perçant trahissait son coté prédateur ailé mais son apparence humaine était plutôt banale. A peine plus grande que Lilhandra et plutôt trapue, Rachel était jolie sans vraiment l’être, sans doute à cause de sa queue de cheval serrée et de ses vêtements un peu trop masculins qui lui donnaient davantage l’air d’une catcheuse que d’une danseuse étoile. Pourtant, il tardait à Lilhandra de la voir dompter le ciel sous sa forme animal. Les Seelies étant eux-mêmes pourvus d’ailes, ils avaient le plus grands respects pour les maîtres des cieux qu’incarnent les oiseaux.

 

Enfin, Raven lui présenta Hannibal Jarvis, nécromancien de son état mais qui était avant tout son époux. Raven et Hannibal formaient un couple particulièrement bien assorti quoique plutôt insolite. Le type hispanique de Raven tranchait radicalement avec la blondeur achromique d’Hannibal. Cependant, ils s’accordaient à merveille, aussi bien par leur stature et leur silhouette quasi identiques que par leur style vestimentaire presque similaire où seule la nature féminine de Raven marquait la différence. Sans parler de leurs compétences spécifiques particulièrement complémentaires…

 

Pour terminer, le couple lui présenta un nombre impressionnant d’humains : laborantins, statisticiens, théoriciens, historiens, etc… Bref tout un tas de gens avec des qualificatifs en « ien » qui travaillaient un peu sur le terrain mais surtout dans des laboratoires et maîtrisaient parfaitement bien la Magie Technologie. Raven lui avait aussi assuré qu’elle apprendrait petit à petit à les reconnaître ainsi que leurs spécialités au cours des différentes investigations menées par l’Agence auxquelles elle participerait.

 

Tout le monde s’était rassembler autour de la Seelie et semblait s’amuser tandis que la musique envoyait un rythme entêtant. Un peu étourdie par autant de monde, Lilhandra trouva un petit recoin tamisé tout prêt d’une plante étonnant verte et en bonne santé et pour cause - elle était en plastique - puis s’y réfugia afin d’apprécier quelques minutes de solitude avant les nouvelles sollicitations qui ne tarderaient pas à arriver. Lilhandra sirotait doucement son cocktail tout en le petit groupe d’un air distrait. Sa tranquillité ne dura pourtant pas plus d’une minute. Matt - et donc une partie de ses groupies, même à bonne distance - vint la rejoindre et ce dernier lui tendit un nouveau verre.

 

- Il s’agit de votre première venue dans notre monde, n’est ce pas ?

 

- Est-ce donc si évident ? murmura la seelie en évitant dorénavant de le fixer droit dans les yeux mais en posant son regard au niveau des lèvres de son interlocuteur. Elle se rendit alors à quel point il était difficile de soutenir une conversation avec un tel homme dans ces conditions.

 

- Il y a peu de faes qui acceptent d’être vus sans leur glamour et donc de montrer leur apparence réelle. Pour ma part, je n’en ai rencontré que deux au cours des mes enquêtes et uniquement sous leur forme humaine.

 

- Je ne vois pas pourquoi je devrais me cacher derrière une apparence humaine… Je suis comme je suis…

 

- Et j’en suis le premier ravi, chère Lilhandra, répondit-il en s’inclinant dans un baise-main parfait.

 

Se sentant rougir et un peu mal à l’aise par le brusque intérêt que lui portait Matt, Lilhandra trouva plus prudent d’orienter la conversation vers un autre sujet.

 

- Quelles sont les missions de l’AFIS exactement ? demanda Lilhandra d’une voix qu’elle voulait sûre.

 

- Officiellement, l’AFIS est une des branches du SRIS - Service de Régulation de l’Immigration Surnaturelle - qui est chargé de fournir une identité administrative officielle aux SurNats voulant vivre sur Terre et essentiellement aux Etats-Unis. Mais l’AFIS est avant tout une sorte de compromis entre la CIA et le FBI qui reste indépendante de toute administration et est sous le contrôle direct de la Maison Blanche. L’un des rôles principaux de l’AFIS est d’enquêter sur tous les crimes et délits liés à la magie ou impliquant des SurNats, qu’ils soient victimes ou coupables. Considérons ces missions comme la partie visible de l’iceberg...

 

- Oh… Vous êtes donc des policiers. Les choses ne m’avaient pas été présentées de la sorte… Je les voyaient plus… bureaucratiques, murmura Lilhandra en fronçant les sourcils.

 

- Tout est relatif, belle Lilhandra et les mots n’ont pas la même signification pour les uns et pour les autres. Mais n’ayez aucune crainte, Kévin veillera à ce que vous soyez parfaitement à votre aise dans notre monde avant de vous mettre sur une enquête. Et vous travaillerez en binôme, comme nous l’avons tous faits à notre arrivée dans ce département.

 

- Oui. Je suppose qu’il me faut tout d’abord bien connaître les différentes infrastructures de votre cité avant de pouvoir me rendre véritablement utile ici…

 

- Et je me ferais une joie de vous initier à tous les plaisirs dont regorge New York, rétorqua Matt, tout sourire.

 

- Nous n’en doutons pas Matt mais j’ai déjà attribué cette mission à Terry. Et pour le moment, nous aurions besoin de nous entretenir avec Lilhandra, si tu le permets.

 

Kévin et Marat s’étaient approchés discrètement du couple. L’air fermé de Kévin n’incitant pas Matt à continuer la conversation sous l’aspect libertin qu’il lui avait donné, il adressa un hochement de tête aux deux hommes puis un grand sourire étincelant à l’adresse de la jeune seelie avant de se diriger vers le buffet et d’entamer une nouvelle discussion avec Raven et Hannibal.

 

- Et bien… il ne perd pas le Nord, le loup… murmura Marat.

 

- Lilhandra ? Nous aimerions vous entretenir d’une théorie relative aux informations que vous nous avez fournies.

 

- Oui. Je crains aussi que cela soit indispensable au vu des informations qui viennent de m’être communiquées. Mais je…

 

La jeune seelie jeta un bref coup d’œil au vampire avant de s’interrompre. Lilhandra n’avait jamais rencontré de vampire mais leur réputation depuis la guerre des Deux Pouvoirs les dépeignaient comme des êtres abjects et indignes de confiance et surtout comme des assassins en puissance. C’était à cause des vampires que les faes avaient du fuir le Monde Premier pour Alter-Mundia afin de préserver leur espèce. Les vampires avaient décimé près des deux tiers des seelies et les Grands Ecrits mettaient en garde les futures générations dès leur plus jeune âge quant aux vampires.

 

Kévin invita la jeune seelie à le suivre puis la fit entrer dans son bureau. Alors que le vampire franchissait le seuil, Kévin en ressortit presque immédiatement pour aller chercher Raven, laissant seuls les deux SurNats. Adossée au mur le plus éloigné de Marat, Lilhandra observa minutieusement le vampire par dessous ses cils. Il était immense et devait mesurer dans les deux mètres donc près de quarante centimètres de plus qu’elle. Malgré la pâleur inhérente à son espèce, Marat avait un teint mat, preuve d’une vie au grand air… quand il faisait encore partie des humains. Ses cheveux châtains et bouclés encadraient son visage aux traits parfaits. Cependant, Lilhandra ne pouvait déterminer si ses yeux étaient noisettes ou verts - le regard d’un vampire pouvant être tout aussi dangereux que l’individu lui-même - elle évita soigneusement de le regarder dans les yeux.

 

De son coté, Marat ne pouvait détacher son regard de Lilhandra. Il y avait longtemps qu’il n’avait plus vu de seelie. Bien sûr, il en avait senti quelques uns durant ses enquêtes mais les seelies vivant sur Terre s’évertuaient à cacher leur vraie nature grâce à leur glamour. De plus, vampires et faes s’évitaient autant que possible. Lui-même faisait en sorte de ne jamais se retrouver seul avec un seelie. Il ne comprenait donc pas pourquoi celle-ci agissait à l’inverse de ses semblables. De plus, quelque chose clochait. Tous les SurNats de l’équipe avaient été sélectionnés par leur régence respective mais en tenant toujours compte de l’avis de Kévin comme stipulé dans la convention d’aide inter-espèces. Or, après des mois de silence au sujet du négoce d’un de leurs agents, les seelies leur avaient expédiés l’une des leurs sans soucier du protocole en vigueur, protocole qu’ils n’avaient toujours pas signé d’ailleurs… Bien sûr, politiquement parlant, il avait bien une petite idée des motivations de l’actuel gouvernement seelie. Cependant, le peu d’égard que la reine et ses ministres avaient eu en défiant la politique de rapprochement entreprise par les Humains l’inquiétait bien plus encore. Il connaissait suffisamment la politique seelie pour savoir qu’il n’était pas dans les habitudes de négliger de potentiels alliés. Et en politique, rien n’était laissé au hasard. Il était bien placé pour le savoir… Marat mit de côté ses réflexions pour se concentrer de nouveau sur la seelie. Depuis son arrivée, une ancienne faim qu’il croyait disparue le tenaillait. Une faim qu’il avait cru domptée et disparue. A l’évocation de ce souvenir, il ne put retenir un infime râle mêlé de désir et de frustration.

 

Alors que Marat était sur le point de franchir les quelques pas qui le séparait de Lilhandra, Raven et Kévin entrèrent dans le bureau en discutant à voix basse.

 

- Et bien vous voyez, commenta ce dernier en adressant un regard amusé à la jeune seelie, vous êtes toujours en vie. Retenez bien ceci : dans cette maison, la seule règle qui prévaut c’est la loyauté. Sans elle, ce département n’existerait pas. Asseyez-vous donc Lilhandra. Vous aussi, continua t’il en s’adressant à Raven et Marat.

 

Bien. Je me suis permis de rapporter à Marat la petite conversation que nous avons eue dans la voiture ainsi que la perplexité dans laquelle elle m’avait laissée. Seriez-vous prête de nouveau à répondre à quelques questions ?

 

- Bien sûr. Ce sera avec joie, répondit la seelie en accompagnant sa réponse d’un hochement de tête.

 

- Bien. Lilhandra, êtes-vous parmi nous de votre plein gré ?

 

- Non.

 

- Et bien cela a au moins le mérite d’être clair… Qui est votre reine ?

 

- Akasha.

 

- Ce n’est pas le nom que vous m’avez donné tout à l’heure !

 

- Vous m’avez demandé qui était ma reine. Pas qui était la reine. Et ma reine est Akasha.

 

- Ne vous foutez pas de moi…

 

- Si vous permettez… intervint Marat. Les seelies ignorent le mensonge. Toutefois leur interprétation des faits et de la vérité est tout à fait subjective. Vous ne lui posez pas les bonnes questions.

 

- Tiens donc… Dans ce cas, je vous laisse prendre les choses en main … vociféra Kévin.

 

Le vampire ne sourcilla pas et se planta devant la seelie qui eut un bref mouvement de recul avant de se reprendre et de lui faire face de toute sa hauteur. C’est à dire un mètre soixante... Un bon point pour toi, pensa Marat, en cachant un sourire de satisfaction.

 

- Pourquoi n’êtes-vous pas parmi nous de votre plein gré ?

 

- J’ai été bannie par notre reine, murmura la jeune seelie. Par notre nouvelle reine, corrigea t’elle après une brève hésitation.

 

- Vous êtes Quayan Faeryn, ce qui veut dire que vous appartenez à la maison royale. Il est donc évident que votre sympathie allait à la reine déchue. Qui était-elle pour vous ?

 

Les lèvres de la jeune seelie se mirent à trembler et Marat pu apercevoir l’espace d’une seconde la pointe des longues canines de Lilhandra.

 

- Ma mère…

 

Raven et Kévin se regardèrent, interloqués. Pourquoi diable leur envoyait-on une petite princesse détrônée pour assumer un poste aussi risqué que celui d’agent fédéral au sein d’une agence cosmopolite comme l’AFIS ? Le contrat était pourtant très clair : ils devaient envoyés l’une des leurs capable de se battre si nécessaire… Pas une jeune ingénue sortie tout droit d’un manga à l’eau de rose pour jeunes filles en fleur…

 

- Putain de merde… laissa échapper Kévin. Ils l’ont envoyé ici pour qu’elle se fasse buter !

 

Marat acquiesça tandis que Lilhandra ne semblait pas du tout surprise par cette hypothèse. Quant à Raven, l’effet de surprise passé, son expression se rembrunit et elle se mit à réfléchir aux conséquence politiques qu’impliqueraient la mort d’un membre de la famille royale seelie sur le sol américain. Pour une fois, Kévin avait eu le nez creux : ils s’étaient fait piégés et n’avaient pour l’instant aucun moyen de s’en sortir sans dommage.

 

- C’est un crime passible de la peine capitale que de s’en prendre à la vie d’un membre de la famille royale à moins que celui-ci n’ait pris les armes. Prendre les armes, pour les seelies, équivaut à ce que vous appelleriez un duel à mort. Deux combattants, un seul vainqueur. Votre mère a t’elle pris les armes ? demanda Marat d’une voie neutre.

 

- Oui…

 

A l’évocation de ce rituel, des larmes bleues coulèrent le long des joues de Lilhandra. Sa cage thoracique se contracta si fort que la jeune seelie eut un mal de chien à reprendre son souffle et les efforts qu’elle fit pour faire de nouveau entrer l’air dans ses poumons lui arrachèrent un hoquet de douleur. Pourtant, elle fit de son mieux pour garder la tête haute et sécha ses larmes d’un revers de la main.

 

- Mais pas vous… Votre mère vous a t’elle interdit de prendre les armes à votre tour ?

 

La jeune seelie acquiesça d’un hochement de tête avant de répondre.

 

- Pas seulement interdit, elle m’a ordonné de rester à l’écart. Et on ne désobéit pas à la Reine, pas même lorsque l’on est sa fille… Mon lignage me permettrait pourtant de défier Lyssandre afin de tenter de reprendre le pouvoir. Elle et son unseelie…

 

Un grondement sourd provenant de la poitrine du vampire envahit brusquement la pièce. Dans un accès de rage, Marat se mit à cracher, les muscles de son cou tendus à l’extrême alors qu’il commençait à adopter une position de combat. Ses pupilles s’étaient assombries au point de devenir aussi noires que de l’encre de chine et toute humanité disparut de son visage.

 

- Que viens-tu de dire ? hurla t’il à la face de Lilhandra.

 

Kévin, Raven et Lilhandra se regardèrent, hébétés. Non seulement le vampire, qui jusque là avait fait preuve d’une grande courtoisie s’était mis à tutoyer Lilhandra mais il faisait maintenant preuve d’une agressivité plus qu’effrayante. Tremblante, la jeune seelie reprit pourtant la parole, non sans un regard interrogateur vers les deux humains.

 

- Que mon rang me permettrait de défier Lyssandre et Naguir, son unseelie, et que j’aurais très certainement l’appui de notre peuple. C’est pour cela que j’ai été bannie et envoyée dans votre agence alors que je sais à peine me battre… Puisqu’ils ne peuvent pas me tuer, ils espèrent que d’autres le feront à leur place…

 

- Lyssandre !! grogna Marat, plein de haine.

 

- Mais qui est Lyssandre, bordel de merde ! grogna Kévin à la face du vampire, furieux du tour que prenaient les choses. Et rangez-moi ces putains de crocs ou je vous les arrache à la tenaille !

 

Kévin blémit de colère. Il avait assuré à la jeune seelie quelques heures plus tôt qu’elle était en parfaite sécurité à l’Agence et ce crétin de buveur de sang était entrain de le faire mentir.

 

Marat regarda Kévin droit dans les yeux mais ce dernier détourna rapidement le regard avant de répéter son ordre. La fureur du vampire était palpable et chacun n’avait qu’une seule envie : que Marat retrouve au plus vite la maîtrise de lui-même. Ce dernier ferma les yeux quelques secondes tout en inspirant bruyamment un air dont il n’avait aucunement besoin afin de retrouver son calme.

 

- Ma femme…

 

 

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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