Lorsque sur les coups de vingt et une heures, Matt traversa le hall de l’agence les bras chargés de sodas et de hamburgers, la quasi
totalité de l’équipe s’était déjà retrouvée dans la salle de réunion. Raven et Hannibal mettaient de l’ordre dans les piles de dossiers qu’ils devaient encore étudier et Lyl’Lee, Seamus et Angus
relataient leur absence de découverte à Central Park et à Cavanaugh & Portmann Society à Terry et Lilhandra. Rachel avait commencé à éplucher les papiers personnels de Dayton à la recherche
d’informations à exploiter. Seul Kévin s’était retranché dans son bureau, prétextant une myriade de coups de fil à passer. Tout le monde attendait l’arrivée de Marat pour commencer le briefing
quotidien.
A peine les sacs avaient-ils étaient déposés sur la table, que tous s’agglutinèrent autour, à la recherche du menu commandé une demi
heure plus tôt. Les mets furent à peine déballés que Kévin fit son entrée dans la salle de réunion. Tous s’assirent, laissant à Matt le soin de dispatcher les commandes.
- Voilà et ça, c’est la commande spéciale fée… fit-il en adressant un clin d’œil à Lilhandra. Je serai vraiment curieux de
savoir où vous allez mettre tout ça, chère enfant…
- Pourquoi ? Tu n’es pas le seul à avoir une faim de loup, répliqua Terry dans un petit sourire.
- Oui, continua Lilhandra en saisissant sa commande de trois hamburgers, deux maxi frites et un litre de soda, on a toujours besoin
d’un plus petit que soi, le tout c’est qu’il soit en forme…
- Justement… Vous allez avoir la chance de nous montrer comment vous aller dépenser toutes ces calories, avança Kévin, entre deux
bouchées. Cela fait plus d’une semaine que l’on ne sait pas trop ce que vous manigancez toutes les deux mais j’aimerais bien savoir quelles sont les atouts dont vous disposez.
Lilhandra jeta un bref coup d’œil à Terry qui acquiesça un mouvement de tête discret. La jeune fae prit une profonde inspiration avant
de parler.
- En fonction de leur saison de naissance, les nouveaux-nés seelies sont associés à un élément fondamental. Je suis née à la saison
des feuilles bleues et donc l’eau est mon élément. J’ai donc la capacité de manipuler l’eau sous toutes ses formes.
- Démonstration, lança Terry, en plaçant une carafe d’eau devant la jeune seelie.
Lilhandra se leva et regarda fixement la carafe. Aussitôt, l’eau se glissa en dehors du récipient et flotta au-dessus de la table,
formant une sphère parfaite. Brusquement, de fins filaments de glace partant du centre de la sphère s’étirèrent lentement, la bardant ainsi de centaines d’aiguilles protectrices. Puis, à peine la
sphère de glace s’était-elle formée qu’une intense brume enroba la boule en lévitation et transforma cette dernière en un nuage de vapeur parfaitement sphérique. Enfin, la sphère s’étira avec
lenteur pour prendre une forme cylindrique et commença à tournoyer sur elle-même, créant un minuscule tourbillon qui vint s’engouffrer dans la carafe pour reprendre, à son contact, son aspect
liquide.
- Hmmm… C’est mignon tout plein, mais ce ne sont pas des boules de noël qui vous sauveront la vie en cas de… marmonna
Kévin.
- Nous travaillons sur différentes adaptations de son pouvoir, l’interrompit Terry.
- Comme quoi ? demanda Hannibal
- Transformer les gouttes de pluie en projectiles de glace ou encore aspirer l’eau d’un corps vivant.
- Démonstration ? lança Matt, avec un grand sourire.
Sur ce, Terry attrapa la pomme que Raven venait de prendre en main et la lança vers le plafond. Aussitôt, sans que quiconque n’ait le
temps d’analyser le phénomène, la pomme se ratatina, complètement flétrie tandis que des milliers de gouttelettes microscopiques demeuraient en suspension autour d’elle. Puis, tout aussi
soudainement, le phénomène s’inversa et la pomme retrouva son aspect lisse et brillant avant de choir lourdement sur la table.
- Tu peux la goûter, elle est exactement comme avant.
- Putain… Vous avez de drôle de jeux toutes les deux… Terry, lorsque je t’ai demandé de prendre en main l’entraînement de Charlotte
aux Fraises, c’était pas pour en faire une arme de destruction massive ! Est-ce qu’elle est fiable au moins ?
- Tout dépend que ce que tu appelles fiable. Lorsqu’il s’agit de Magie, elle assure. Bien plus qu’avec un flingue en tout cas… Mais
pour le reste… Elle ne vaut pas un clou… Elle n’est pas prête pour aller sur le terrain, lança Terry.
- Je… Je ne suis pas très douée avec votre technologie et je ne sais pas me battre…pas encore… balbutia Lilhandra.
- Très impressionnant tout de même… Ma vodka manquait justement de glace…
Toutes les têtes se tournèrent vers la porte. Marat s’était nonchalamment adossé au chambranle, sirotant tranquillement son
verre.
- Putain, Marat, vous êtes là depuis combien de temps ? grogna Kévin.
- Suffisamment longtemps…
- Parfait. Assez joué. Tout le monde au boulot maintenant.
En quelques minutes, la table retrouva sa fonction première et les dossiers de la veille firent leur réapparition, faisant face à leur
propriétaire respectif. Raven distribua rapidement un compte-rendu informatif du jour avant de baisser la lumière et d’enclencher le vidéo-projecteur.
- Bien, Jarvis va nous faire un petit topo de vos recherches respectives. Si jamais une idée brillante devait faire son apparition
dans les limbes de vos cerveaux, vous êtes priés d’en faire profiter les autres, merci.
- Bien. La nouvelle inspection sur les lieux de l’enlèvement n’ayant rien donné, je vais passer directement au profil de la victime.
Brad Dayton, âgé de trente et un ans, est originaire du Nebraska où ses parents, Jack et Mary Dayton, sont agriculteurs. Pas de petite amie régulière mais a une passion avérée pour les chats. Il
a un frère aîné, Jimmy, qui a repris dernièrement la direction de la ferme familiale qui lui assure des revenus corrects. Ses meilleurs amis sont pour la plupart ses collègues de travail avec qui
il sort assez fréquemment après le bureau. Ses employeurs le décrivent comme un élément essentiel à leur cabinet. Rigoureux et proactif, Dayton est davantage considéré comme un associé que comme
un employé. Il loue un appartement situé entre Colombus Avenue et la West 72th rue, dans le West Side. Ses voisins le décrivent tous comme un homme discret et respectueux des autres,
toujours prêt à rendre service. Pour rejoindre son travail, le cabinet de courtage Cavanaugh & Portmann Society dont les bureaux se trouvent dans la East 72th rue, il traverse
quotidiennement Central Park. Celui-là, fit Raven en suivant du doigt la Olmsted Drive sur le plan projeté sur écran géant. Au mieux la victime n’était connue que de vue parce qu’elle empruntait
toujours le même itinéraire. L’interrogatoire de ses collègues de Central Park n’a pas donné grand chose : bon collègue, la tête sur les épaules. Dayton avait l’habitude de déjeuner dans le
même diner tous les midis et là, même son de cloche : Brad Dayton était un client sans histoire. La fouille de son appartement n’a pour l’instant rien donné. Tout y était nickel. Les disques
durs de son ordinateur professionnel, son portable personnel ainsi que ses papiers personnels sont actuellement passés au peigne fin par notre équipe de fouines. A noter le passage d’un
technicien de TV&Sat. Il est passé chez Dayton lui installer un nouveau décodeur et n’est resté qu’une heure environ, temps habituel pour ce type d’intervention. Dayton était absent et c’est
le mari de la gardienne qui l’a accompagné dans l’appartement et est resté avec lui. L’intervention a été programmée deux jours auparavant par Dayton lui-même.
- Des problèmes d’argent ? demanda Kévin.
- Dayton gagne dans les deux à trois mille dollars par mois en fonction de ses résultats et il envoie systématiquement cinq cent
dollars à ses parents depuis son arrivée à New York. Il paie toujours son loyer dans les temps et son compte, sans être blindé, est toujours créditeur. Enfin, il a contracté une assurance-vie dès
son arrivée dans le cabinet de courtage et dont ses parents et son frère sont bénéficiaires. Pas de casier ni de condamnation, jamais de contravention. Bref, Dayton est ce que l’on appelle dans
le jargon un gars bien.
- Un profil concernant les kidnappeurs ? demanda Kévin.
- La recherche de cas de disparitions similaires sur les six derniers mois n’a rien donné. Nous savons qu’il s’agit de SurNats
pratiquant au moins la Magie Elémentaire. Un sorcier ou un nécromancien. Peut-être même les deux mais nous n’avons toujours pas pu déterminer le type de la seconde aura sur le scanner. Ils sont
parfaitement au point et n’ont laissé aucune trace exploitable ce qui nous pousse à dire que Dayton n’est pas leur première victime. Nous avons lancé une recherche sur les SurNats déjà condamnés
pour enlèvement et tentons de recouper ceux qui répondent au profil et qui auraient pu faire connaissance en milieu carcéral. Enfin, nous pensons aussi qu’il peut s’agir de deux SurNats
totalement inoffensifs séparément mais qui, ensemble, forment un duo démoniaques. Dans ce cas de figure, il se peut que ni l’un ni l’autre n’ait un casier.
- Bien, commença Kévin. Angus et Seamus, vous vous chargez de la recherche en milieu carcéral. Matt, Terry, Marat et Lilhandra, vous allez faire un petit tour dans les clubs de prédilection de la
victime et chercher à savoir si la victime n’aurait pas été abordée par deux personnes à la fois. Si ses proches ne peuvent rien nous apprendre, il n’est pas dit qu’un habitué des lieux ne puisse
pas nous aidé. Les Jarvis, vous essaierez d’entrer en contact avec l’âme de Brad Dayton dès ce soir. S’il a été tué, il pourra peut-être nous conduire à son cadavre. Rachel, je veux une filature
discrète - c’est-à-dire à tire d’aile, des collègues et voisins de Dayton. Quant à Lyl’Lee et moi, nous partirons dès demain dans le Nebraska rencontrer la famille de Dayton. Un homme bien sous
tout rapport ne se fait pas enlever. Brad Dayton a donc un secret. Un secret qui a été découvert et jugé suffisamment important aux yeux de ses kidnappeurs pour passer à l’acte. Notre avion
décolle à sept trente demain matin. Nous devrions être de retour en fin d’après midi. On se retrouve ici demain soir et avec des résultats cette fois… Bon, c’est pas tout ça, la journée n’est pas
finie pour tout le monde !
Alors que chacun ramassait ses affaires et quittait la pièce, Kévin se rapprocha discrètement de Lilhandra.
- Ainsi vous allez emménager chez Terry ? Remarquez, je ne peux pas vous en vouloir, j’adore ma femme mais sa cuisine est
infecte… Kévin marqua une pause en contemplant la ville qui s’étalait sous ses pieds. Vous êtes sûre de savoir ce que vous faites ? C’est que je suis responsable de votre sécurité et nous
savons tous les deux pourquoi vous êtes ici…
Lilhandra lui adressa un sourire timide tout en lui pressant le bras.
- Je vous suis extrêmement reconnaissante à vous et à votre famille d’avoir bien voulu m’héberger mais c’était de toute façon une
situation provisoire. Mais vous savez aussi bien que moi que rester plus longtemps chez vous mettrait un jour ou l’autre votre famille en danger. Terry m’offre la possibilité de me sentir chez
moi quelque part tout en continuant à me former et à me protéger jusqu’à ce que j’en sois capable moi-même. C’est une offre que je ne pouvais refuser. Et puis, nous avons des origines communes...
Et enfin oui, c’est vrai, la nourriture de votre épouse est infâme mais elle est toujours faite avec amour… conclut-elle en souriant.
- Très bien… C’est vous qui voyez… Je me chargerai de vous rapporter vos affaires. Vous les trouverez dans mon bureau dès
demain.
- Remerciez encore votre épouse pour moi.
- Ce sera fait, fit-il en s’éloignant tandis que Terry s’approchait à grands pas.
- Nous avons du pain sur la planche. Je ne serais pas avec toi ce soir aussi contente-toi d’être une parfaite compagne et laisse faire
ton partenaire sur ce coup. Profites-en pour étudier ton environnement. Et surtout pas de magie…
Raven et Hannibal se dirigèrent vers la sortie, laissant les deux jeunes femmes seules dans la salle de réunion.
- On va se préparer ici… J’ai juste un coup de fil à passer avant. Choisis une tenue plutôt habillée, je reviens tout de
suite.
Terry adressa à la jeune fae un petit sourire d’encouragement avant de quitter la pièce à son tour. Lilhandra en profita pour ranger
le dossier contenant les éléments de l’enquête sur la disparition de Brad Dayton dans l’un de ses nombreux sacs. Elle essaierait d’y jeter un coup d’œil avant de dormir un peu. Elle se passa
doucement les mains sur les yeux en laissant échapper un bâillement. Il fallait qu’elle s’adapte plus vite à cette nouvelle façon de vivre sinon elle allait y laisser sa santé. Une seule Lune, un
sommeil peu réparateur, une alimentation trop pauvre et en quelques jours elle n’était plus l’ombre que d’elle-même. Même Abyss qui se nourrissait entre autre de sa magie montrait des signes de
faiblesse. A l’heure actuelle, n’importe quel tueur à la solde de Lyssandre pouvait tenter sa chance, elle ne serait pas en mesure de se défendre.
- Chanel…Terrence a toujours été une femme de goût. Je vois qu’elle vous initie avec grandeur à l’art vestimentaire, commenta Marat un
jetant un coup d’œil nonchalant dans l’un des sacs.
Lilhandra sursauta brusquement et renversa le contenu du sac qu’elle tenait. Par chance, celui-ci ne contenait qu’une paire
d’escarpins vernis et un petit sac de soirée noir affublé d’un gros nœud en soie beige sur le coté.
-Je ne voulais pas t’effrayer, dit Marat d’une voix grave et malicieuse.
- Si c’était vraiment le cas, vous vous seriez annoncé tout de suite plutôt que de me surprendre, rétorqua Lilhandra, soudain sur ses
gardes.
Marat s’écarta légèrement de la table, non sans arborer un sourire satisfait. Oui, effectivement, il aurait pu. Mais le plaisir qu’il
avait éprouvé en la voyant sursauter avait le goût de l’ambroisie. Il aimait se nourrir de la peur qu’il engendrait, même si celle-ci était toute relative au sein de l’agence. Mais surtout, la
seelie l’intriguait et s’amuser un peu avec elle pourrait s’avérer intéressant.
- Vous voilà donc sur le point de devenir le clone de Terrence… Ce n’est pas peu dire… J’espère qu’elle ne fagocytera pas jusqu’à
votre personnalité !
- Terry m’aide à m’intégrer dans votre société, elle ! Et il vaut mieux que je sois son clone plutôt que celui de Laura
Ingalls !
Marat éclata de rire. Ses yeux pétillaient de malice. La partie s’annonçait grandiose. Se calant contre le mur, il détailla la fae des
pieds à la tête.
- Quelle culture ! Laura Ingalls au pays des gros méchants… Intéressant cette faculté de rependre à ton compte les traits de
caractère les plus marqués de chacun d’entre nous. Kévin se délecte de ce genre de comparaisons, Terrence est toujours très distinguée quelle que soit les circonstances. Mais tu es loin d’avoir
fini ton apprentissage.
- Et vous ? Que pourriez-vous m’apporter ? répliqua Lilhandra, acerbe.
En une fraction de seconde, Marat se glissa derrière Lilhandra, posa ses mains sur sa taille et, plongeant le nez dans la chevelure
violette de la jeune femme, prit une grande inspiration.
- Tu le sauras toujours bien assez tôt… J’espère que tu as prévue une tenue habillée pour ce soir. Grace et le Bungalow 8 sont des
endroits plutôt sélects.
- Parce que j’y vais avec vous ? croassa Lilhandra, en se dégageant de l’étreinte du vampire.
- Cela te pose un problème ? ironisa Marat.
- Cela ne posera aucun problème Marat. Lilhandra et moi allons nous changer tout de suite. La robe et les escarpins noirs feront
parfaitement l’affaire, continua Terry à l’adresse de Lilhandra tout en attrapant les vêtements en question et en la tirant hors de la pièce par le bras.
Matt et Terry étaient partis les premiers et Lilhandra attendait dans le hall d’accueil en faisant les cents pas, fulminant de rage.
Terry avait pris le temps de l’avertir pendant qu’elles se changeaient pour la soirée : Marat prenait énormément de plaisir à distiller la peur autour de lui, c’était l’un de ses dons, et elle ne
ferait pas exception à la règle. Du coup, la jeune fae réprimait une colère sourde qui allait crescendo. Il allait lui payer ça ! Ils étaient en mission non de non ! Sa première mission
et après lui avoir foutu la trouille de sa vie, Draculito faisait mu-muse avec son téléphone ! Elle ne put retenir un soupir d’exaspération. Sûr que ce n’était pas à elle que cela
arriverait : d’abord, elle n’avait un portable que depuis aujourd’hui, n’avait pas été foutue de l’allumer malgré les diverses explications de Shon, l’informaticien de l’agence, et puis de
toute façon, elle n’avait personne à appeler, elle…
Dans son impatience grandissante, Lilhandra ne pouvait s’empêcher d’observer le vampire. Vêtu d’un costume sans âge composé d’un
pantalon noir de coupe classique, d’une redingote en jacquard du même ton sous laquelle apparaissait une chemise à jabot en soie d’une blancheur immaculée, Marat semblait sortir tout droit d’un
magazine de mode… de mode excentrique mais de mode quand même… Ses cheveux mi-longs étaient maintenus par un catogan en velours pourpre, mettant en valeur sa mâchoire volontaire, ses pommettes
hautes et ses lèvres charnues. Marat n’était pas beau. Il était plus que cela et en jouait avec aisance. Et il avait un cul à tomber par terre…
- Quand tu auras fini de me passer en revu, ma douce, nous pourrons peut-être y aller…
Quelle que soit votre caractère, si la nature vous a doté d’un teint d’ivoire, que vous matez les fesses d’un homme et qu’en plus il
s’en aperçoit, le rouge-honte est fait pour vous ! Sans oublier les petites bouffées de chaleur qui vont avec, histoire d’être ridicule jusqu’au bout. Il restait à Lilhandra deux
solutions : continuer à rougir comme une pucelle ou bien prendre le mors aux dents. Vu qu’il n’était pas question de passer pour une pleutre, Lilhandra mit immédiatement en pratique ce que
Terry lui avait appris tout récemment : la meilleure défense, c’est l’attaque…
- Tu seras bien moins arrogant, Vampire, lorsque Abyss t’empalera et fera éclater ton cœur comme un fruit pourri !
A son tour, Marat détailla la jeune seelie des pieds à la tête avec un léger sourire en coin qui semblait dire, qu’en plus de
l’échange verbal, il appréciait ce qu’il avait sous les yeux, accentuant davantage le malaise de la jeune fae. Lilhandra portait une longue robe noire de coupe empire dont la partie supérieure
était en voile transparent. Un fin bustier drapé couvrait sa poitrine tandis que soie sauvage et voile retombaient en plis élégants jusqu’à ses pieds. Des escarpins noirs, coordonnés à une fine
pochette surmontée d’un nœud de soie beige complétaient sa tenue. Ce n’était certainement pas dans ces vêtements qu’elle pourrait tenir tête à un vampire vieux de plusieurs siècles mais peu lui
importait. Autant crever l’abcès tout de suite et en finir. Elle n’appréciait pas le buveur de sang et encore moins le petit jeu qu’il jouait. Les vampires étaient les ennemis héréditaires des
seelies. Elle avait été conditionnée pour cela et rien n’y ferait. S’il la cherchait, il la trouverait ; dut-elle pour cela y laisser un peu plus que des plumes…
- Lorsque je t’empalerai, ma douce, non seulement tu me remercieras mais tu en redemanderas… rétorqua Marat d’une voix chaude
et sensuelle. En attendant ce moment de volupté, nous avons une mission à accomplir.
Dans un sourire narquois, le vampire tandis son bras à Lilhandra afin de l’accompagner jusqu’à l’ascenseur. Dédaignant cette offre
galante, Lilhandra le dépassa allégrement sans lui prêter la moindre attention et se posta devant la porte métallique. A peine s’était-elle figée que Marat éclata d’un rire retentissant. Puis il
se rapprocha d’elle au point qu’elle sentit son souffle près de son oreille.
- Très impressionnant, ma douce. Mais tu serais tellement plus crédible si tu daignais libérer l’ourlet de ta robe de cette magnifique tresse de dentelle qui te sert de
sous-vêtement.
Pivotant d’un quart de tour devant les portes réfléchissantes de l’ascenseur, Lilhandra eut la désagréable surprise de constater que
depuis qu’elle s’était vêtue dans les toilettes des dames, c’est-à-dire depuis plus d’une demie heure, le bas de sa robe était resté coincé dans son string, dévoilant la totalité de sa fesse
droite… De nouveau, le feu lui monta aux joues tandis que Marat se délectait du spectacle alors qu’elle extirpait tant bien que mal de son string l’objet du délit. Nul doute que sa dignité venait
encore d’en prendre un sacré coup… Vampire : 2, Seelie : 0… La partie commençait mal… Et merde…