Des choses couraient un peu partout sur son corps, des insectes probablement, que Brad Dayton sentait se délecter de ses plaies.
Relevant avec peine la tête dans un effort qui lui semblait démesuré, il laissa échapper un cri de douleur. Il lui semblait qu’un feu d’artifice explosait au fond de son crâne. Un frisson
parcouru son échine, ravivant le feu de ses chairs à vif. Il avait si mal qu’il s’enjoignit à maîtriser les tremblements sporadiques de son corps afin de limiter la douleur.
Prenant une grande inspiration qui semblait lui brûler les poumons, Dayton s’évertuait à retrouver son calme. Il avait toujours été un
homme doté d’un calme olympien, c’était le cadeau divin de sa seconde nature. Il se contenta cette fois de relever les yeux au maximum pour découvrir que son univers actuel se résumait à une
sorte de souterrain humide et désaffecté. Entre inconscience et somnolence, Dayton avait perdu la notion du temps. Mais il savait qu’il n’avait pas bougé. Il percevait la même pénombre, le même
silence, la même odeur de moisissure qu’à son arrivée. Les odeurs d’urine et d’excréments en plus. Les siens. Dès les premières minutes, Dayton avait tenté de discuter avec son kidnappeur, de
négocier puis l’avait finalement supplié. Sans le moindre résultat. Ce dernier, impassible, n’avait pas décroché un mot, se contentant de poursuivre la tâche qu’il s’était assigné. A part pour
lui faire ingurgiter de l’eau à profusion à heures régulières aux fins de noyer son estomac, Dayton était resté totalement seul des heures durant. Il s’était demandé pourquoi son ravisseur
l’avait délesté de tous ses vêtements avant de le ferrer au mur comme une bête. En fait, ce dernier attendait patiemment que sa victime se vide, ni plus ni moins. Une fois que Dayton l’avait
compris, la terreur ne l’avait plus quittée.
En y repensant, cela faisait un moment que sa noyade intestinale avait cessée et la peur s’était de nouveau frayée un chemin jusqu’à
la plus petite terminaison nerveuse de son corps. Cette torture ayant cessée, une autre allait commencer. Il en était certain. Et elle serait pire. Bien pire. Ce genre de tarés ne pouvait obtenir
le plaisir dont ils étaient esclaves qu’en allant crescendo dans la démence et l’horreur.
Soudain, un cliquetis se fit entendre. Un nouveau frisson parcouru le corps de Dayton. Un frisson d’effroi qui lui fit émettre un jet
d’urine involontaire. Quelques bruits de pas et puis plus rien. Il était là. Tout près de lui à l’observer. Puis le craquement caractéristique d’une allumette se fit entendre. Au bout de quelques
secondes, une lueur vacillante perçait enfin l’obscurité. C’est là qu’il le vit. Non pas qu’il ne l’avait pas reconnu mais il ne put retenir un cri d’épouvante qui se propagea le long des parois.
En fait, il ne pouvait plus s’arrêter de hurler. Devant lui, vêtu d’une paire de bottes en caoutchouc et d’un vaste tablier de boucher en cuir marron, l’homme déroula dans un calme absolu une
ancienne trousse médicale en cuir, de celle que l’on voit dans les westerns, pleine d’instruments prêts à infliger des souffrances insoutenables. Du mini scalpel destiné à la chirurgie esthétique
au hachoir de boucherie en passant par le couteau à désosser, tout y était.
L’homme plissa les yeux tandis qu’il caressait du bout du doigt le contenu de sa trousse. Il lui serait impossible de travailler dans
les mêmes conditions que la dernière fois. Il avait déjà procédé ainsi et cela avait été une catastrophe. Fouillant dans sa grande poche de tablier, il en extirpa un bâillon sado-maso et enfonça
profondément la boule entre les dents de Dayton avant de serrer les sangles derrière sa tête. Ce n’était pas le genre d’ustensiles qu’il affectionnait mais il devait reconnaître que c’était
foutrement efficace.
- Navré. Mais j’ai besoin de calme pour travailler.
L’homme détacha Dayton du mur avec douceur et le soutint en passant l’un de ses bras autour de sa taille. C’était l’occasion
rêvée ! En le repoussant de toutes ses forces, Dayton savait qu’il avait une chance de s’en sortir. Le repousser et même le frapper si nécessaire. Il lui suffirait ensuite de lui balancer en
pleine figure les lourdes chaînes dont il était encore affublé. Après cela, attraper la vieille lampe à gaz où et puis filer aussi vite que ses jambes pourraient le lui permettre. C’est ce qu’il
devait faire !
A peine eut-il le temps de réfléchir à son évasion qu’il se retrouva plaqué à plat ventre sur une énorme table de bois. Comment ?
Où était donc passé ce laps de temps qui devait lui permettre de sauver sa peau ? Il y a une seconde encore, il était enchaîné au mur ! Une seconde, ou peut-être bien une minute… De
nouveau, des larmes coulèrent sur ses joues en comprenant qu’il avait employé ce temps si précieux à se bercer d’illusions.
Sans même lui adresser un regard, l’homme lui enfonça le visage dans une alvéole creusée dans la table, vraisemblablement réalisée
pour cet usage. Les larmes de Dayton redoublèrent non plus parce qu’il avait peur, il était bien au-delà dorénavant. Mais parce qu’il n’était plus considéré comme un être humain par son bourreau,
il savait que sa mort ne surviendrait qu’après une lente agonie.
L’homme lui sangla tout les endroits de son corps susceptibles de mouvements brusques : nuque, taille, coudes, poignets, genoux,
chevilles. Le peu qu’il avait pu voir dans sa position et dans cette semi obscurité, fut l’installation d’un ample seau en plastique suspendu par son anse à un crochet fixé sous le plateau, juste
entre les pieds de la table. Contre toute attente, de la musique d’ambiance, suffisamment forte pour la rendre désagréable, envahit la pièce. Brusquement, un puissant jet d’eau glacée lui mordit
la peau pendant quelques secondes, descendant puis remontant le long de son corps à plusieurs reprises. Puis il sentit la brûlure sur chaque centimètre carré de son corps de ce qui lui semblait
être un gant de crin tandis qu’une forte odeur de savon lui emplissait les narines. Après un savonnage dynamique, le jet d’eau froide vint cette fois le soulager de ce décapage énergique. Enfin,
la douceur d’une serviette éponge vint effacer toute trace d’eau avant qu'il ne sente les mains de l’homme badigeonner ses jambes avec ce qui semblait être un produit antiseptique. Il
ne passa pas plus d'une seconde avant qu’une douleur effroyable ne lui arrache la poitrine.
Peu de sang avait jailli de la plaie car cette fois il avait pris son temps pour trancher net le tendon d’Achille. Avec application,
il effectua le même geste précis sur l’autre cheville. Toujours avec une assurance sans faille, il trancha un à un les différents tendons qui reliaient les mollets aux genoux. Il avait bien
appris de ces erreurs précédentes. Les tressautements de son dernier sujet l’avaient obligé à s’y reprendre à plusieurs reprises pour obtenir un travail soigné. les sursauts de sa proie étaient
devenus tellement insupportables qu’il avait été obligé de lui trancher la gorge avant même d’avoir fini. Il avait agit sous le coup de l’énervement et l’a regretté presque aussitôt. Quand le
sang ne circule plus, les muscles ne sont plus oxygénés et se rigidifient rapidement et il devait reconnaître qu’en agissant ainsi, il avait nettement perdu en qualité.
Cette fois, il s’y était pris autrement. Il avait pris le temps de réfléchir à la résolution de ce genre de problèmes et il savait qu’il mettrait moitié moins de temps pour officier cette
fois-ci. En fait, il avait rédigé une procédure type qu’il appliquait à la lettre et qui lui évitait dorénavant de patauger dans les fluides divers et variés que provoquait immanquablement son
travail.
Déjà, de la musique. Elle lui permettait de se concentrer sur ses gestes tout en couvrant les différents bruits et gargouillis qui
pouvaient détourner son attention. Puis, il avait enrichi son matériel avec des outils de professionnels et améliorer son établi de travail par l’ajout de plusieurs sangles et d’un seau de
récupération. Enfin, il avait établi un calendrier très précis afin de ne pas revivre la même mésaventure que la dernière fois. Un sourire étira ses lèvres minces. Il ne devait pas perdre le fil
de ce qu’il faisait. Il aurait tout le temps plus tard de se féliciter sur la maîtrise dont il faisait preuve pour obtenir ce dont tous ces imbéciles se privaient volontairement et qui lui
revenait de droit.
Lentement, il enfonça le scalpel juste sous l'entaille pratiquée en dessous du genou puis incisa profondément la peau en suivant la
courbe du mollet jusqu’à la cheville, sectionnant plusieurs vaisseaux sanguins au passage. Telle une nappe d’huile, le sang se répandit de façon homogène sur la table avant de rejoindre la
rainure sculptée qui faisait le tour du plateau avant de s’écouler lentement dans le seau prévu à cet effet. Se munissant d’une très fine spatule métallique, l’homme entreprit de décoller
doucement la peau des muscles devenus visibles et turgescents. Décidément, c’était son jour de chance : il n’y avait pas une once de graisse à nettoyer. De nouveau, un sourire étira ses
lèvres. Assurément, il se surpassait aujourd’hui. S’il continuait à ce rythme, il aurait largement le temps de tout remettre en ordre avant de partir se préparer un bon petit plat et de regarder
les rediffusions de Charmed à la télé. Putain, ce qu’il aimait cette série !