Mardi 25 août 2009
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Il était tout juste dix neuf heures lorsque Hannibal entama la préparation de la cérémonie rituelle. L’heure n’avait aucune importance
dans le rituel mais Hannibal avait tenu à le faire dès qu’il avait quitté les locaux de l’AFIS. L’idée qu’appeler une âme ou bien relever un mort ne pouvait se faire qu’en pleine nuit, et si
possible à minuit pile, relevait du folklore mais il fallait reconnaître que la disparition de l’astre solaire semblait faciliter les contacts d'outre-tombe.
Hannibal mettait la dernière touche à la cérémonie rituelle qui permettrait d’entrer en contact avec l’âme d’un défunt. Il observa une
dernière fois la console en vieux chêne qui lui servait d’autel et vérifia que tout était bien à sa place. Il fallait impérativement que tout soit prêt avant de commencer. Déjà parce que cette
cérémonie allait lui demander de mobiliser beaucoup d’énergie mais surtout, parce qu’une fois commencée, elle ne devait en aucun cas être interrompue. Et seul un nécromancien suffisamment
puissant pouvait arriver à bout d’un rituel à la durée complètement aléatoire.
Raven se tenait au fond de la pièce, silencieuse. Le sol du garage avait été creusé afin de construire cette petite pièce totalement
close dont on pouvait accéder par une trappe métallique. Elle servait principalement à Hannibal qui avait souvent besoin d’une obscurité presque complète pour officier et le fait de se trouver
sous terre lui permettait d’invoquer plus facilement les morts. Raven, elle, pratiquait en pleine nature. Elle n’était pas nécromancienne mais elle savait que ce rituel demandait beaucoup
d’énergie à celui qui l’invoquait. Tout ce qu’elle pouvait faire, c’était être là, et en cas de besoin, pour coupler son énergie à celle de son mari si nécessaire. Mais ce qui l’inquiétait
davantage était qu’il faille répéter ce rituel jusqu’à ce que l’âme de Dayton apparaisse à Hannibal.
Hannibal alluma les deux candélabres disposés de part et d’autre de la table puis éteignit le plafonnier. Déposant au fond d’une large
coupelle en argent les quelques cheveux de Dayton récupérés lors du passage de Lyl’Lee et de son équipe au domicile de la victime, Hannibal saupoudra le tout avec une pincée de jusquiame séchée.
Puis, saisissant son athamé, il s’entailla l’avant-bras, laissant couler quelques gouttes de sang dans la coupelle. Totalement immobile devant l’autel, ses deux mains entourant la coupelle,
Hannibal psalmodia les paroles rituelles. Il devrait les répéter jusqu’à ce que l’âme de Dayton se manifeste. Cela pouvait prendre quelques minutes si celle-ci était déjà libérée de son corps ou
bien plusieurs heures, voir plusieurs jours dans le cas contraire. Malheureusement, la réussite de ce rituel ne dépendait que de la mort de Dayton.
Ce n’est qu’au bout de six heures, que le premier contact se fit. Bien qu’Hannibal était à bout de force, balbutiant plus que
prononçant les mots magiques qui avaient appelé l’âme de Dayton, il se raidit brusquement. Une petite lumière blanche apparut au centre de la coupelle puis grossit jusqu’à devenir aussi grosse
qu’une orange avant de s’élever au-dessus du récipient. Avec une douceur infinie, les mains d’Hannibal caressèrent la sphère étincelante comme pour la réconforter. A un moment, celle-ci sembla
même se lover contre les paumes chaudes de vie de celui qui l’avait appelée. Tout en continuant à psalmodier sa litanie, Hannibal se concentra, paupières mi-closes, afin d’absorber les flashes
désordonnés que lui imposait l’âme qui se trouvait entre ses mains tout en buvant le spectacle fabuleux que lui offrait cette âme de toute beauté.
Raven, toujours silencieuse, observait la scène avec gravité. Bien sûr, elle avait déjà vu Hannibal appeler une âme et son
émerveillement était toujours plus intense à chaque apparition de l’une d’elles. Mais son inquiétude grandissante depuis qu’Hannibal avait commencé le rituel l’empêchait de profiter pleinement de
ce moment précieux. Cela avait pris plusieurs heures à Hannibal pour faire venir l’âme de Dayton et son épuisement était visible. Mais ce qui l’inquiétait le plus, c’était le temps qu’il passait
en sa présence. Hannibal lui avait déjà raconté ce qu’il percevait à chaque contact : des flashes de vie aléatoires, parfois des bribes de mots mais surtout Hannibal pouvait ressentir les
mêmes émotions que le défunt. Et ça, cela l’effrayait plus que tout parce que dans leur boulot, la mort frappait toujours avec violence. Dieu seul sait ce que vivait Hannibal actuellement et s’il
supporterait une nouvelle fois d’endurer autant de souffrance et de douleur.
Tout doucement, Hannibal se désengagea du rituel et tandis que la sphère perdait de sa substance en retournant au fond de la coupelle,
il recouvrit cette dernière de ses mains et chuchota quelques mots apaisants afin de l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure. Petit à petit, la lueur se fit moins intense jusqu’à ne plus être
qu’un point lumineux vacillant avant de disparaître définitivement.
- Adieu Brad. Repose en paix mon ami, murmura Hannibal avant de souffler les bougies.
Raven quitta enfin sa place et se glissa juste derrière son mari, passant ses bras autour de sa taille.
- Comment te sens-tu ?
- Fatigué…
- Je devrais peut-être te préparer quelque chose à manger pour…
- Je suis fatigué de ne tenir dans mes mains que des âmes innocentes… continua t’il sans prêter attention à ce que sa femme venait de
dire.
Puis il se retourna vers elle et devant sa mine inquiète, la prit tendrement dans ses bras. Ils restèrent ainsi, blottis l’un contre
l’autre, un long, très long moment. Jusqu’à ce que le téléphone sonne…