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PREMIER ROMAN

Bienvenu(e)s,

Les aventures de Lilhandra Young me viennent d'un rêve totalement loufoque que j'ai fait il y a quelques mois déjà... Comme j'aime écrire, j'ai décidé de jeter les bases ici de mon premier roman.

Chaque semaine, un nouveau chapître viendra s'ajouter au précedent un peu à la façon d'une série TV. Je compte sur vous pour me donner votre avis et laisser des commentaires.

A très bientôt j'espère...


karaloris@karaloris.com
Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /2009 14:12

Lilhandra avait du traverser entièrement la 6ème avenue avant de garer tant bien que mal sa vieille Chevrolet tout près du King of Greene street, situé à quelques pas de l’Ivy Lounge, le night-club de Marat. Derrière les gratte-ciels, un soleil rouge annonçait la fin de la journée et l’arrivée d’une nuit sans lune. Lilhandra frissonna. Les nuits sans lune étaient synonymes de mauvais présages sur Alter Mundia et aucun fae ne se risquerait à organiser quoi que ce soit durant cette période. Aussi n’appréciait-elle que très modérément le fait d’entrer dans un nid de buveurs de sang justement ce soir.

 

L’Ivy Lounge était exactement le genre d’endroit que Lilhandra n’espérait pas découvrir de sitôt. La façade du club était entièrement réalisée à partir de pièces de métal noircies savamment sculptées et encastrées dans des cloisons de bois couleur ébène. Mais ce qui mettait Lilhandra mal à l’aise, c’était plus particulièrement les vitraux insérés au centre des plaques de métal. Pas plus gros qu’un billet de cinquante dollars, ils représentaient différentes scènes d’orgies mêlant sang et sexe, annonçant la couleur avant même de franchir le seuil.

 

Lilhandra avait choisi une tenue très chic selon le code vestimentaire humain. Davantage pour prouver à Tryss qu’elle ne s’en sortait pas si mal dans cette société si compliquée que par goût personnel. Elle avait fait totalement confiance à Terry sur ce point car elle avait bien compris que pour les humains, l’allure comptaient autant que la personne, sinon plus… Mais l’Ivy Lounge lui faisait maintenant regretter son choix de ce soir. Sa salopette slim anthracite à col bateau et son chemisier en voile parme aux manches dignes de celles de Jack Sparrow ne laissait aucune place à l’imagination et moulait la moindre parcelle de son corps juché sur dix centimètres de talons.

 

Deux gardiens aux muscles impressionnants se tenaient de part et d’autre de la porte d’entrée, refoulant systématiquement et sans concession ceux et celles qui ne correspondaient pas aux critères de la maison. Tous deux vêtus d’un costume sombre sur un tee-shirt moulant pourpre au logo du club, ils avaient l’air aussi sympathiques que deux trolls en goguette ! En fait, ils se ressemblaient étrangement bien que l’un avait la peau mate, presque noire, et les yeux aussi noirs qu’une nuit sans étoile alors que l’autre était blond comme les blés et avait des pupilles bleu azur. Sinon, ils arboraient tout deux une mâchoire aussi développée que leurs biceps, probablement due au réflexe systématique de crispation que connaissent les body-builders pratiquant régulièrement le développé-couché. De plus, ils étaient sensiblement de la même taille et leurs coupes de cheveux, une brosse militaire savamment exécutée, étaient identiques. Sans qu’elle sache pourquoi, le clip vidéo de Michael Jackson usant du morphing du début à la fin lui revint à l’esprit. Lilhandra ne put réprimer un sourire. Black & White possédaient exactement la même gestuelle, qu’il s’agisse de vérifier une pièce d’identité ou bien de refouler les indésirables. Une vraie chorégraphie dont il ne manquait plus que la musique.

 

Lilhandra gravit les deux marches qui la séparait des deux hommes puis fit naviguer sa plaque sous le nez des deux gardiens.

 

- Je veux voir Léonard Latchuss. C’est très important.

 

Black s’empara de la plaque en grognant quelque chose de totalement incompréhensible puis la retourna dans tous les sens avant de la lui rendre non sans la dévisager des pieds à la tête.

 

- Vampire ?

 

La jeune femme se raidit et le rouge lui monta aux joues de colère.

 

- Est ce que j’ai la tête d’un buveur de sang ?

 

Black haussa les épaules.

 

- Vous avez des crocs et votre badge de mentionne pas ce que vous êtes !

 

Un claquement sec tel un étendard frappé par le vent se fit entendre. Tandis que ses ailes se déployaient, leur texture lisse et translucide capta la lumière des réverbères et se mirent à étinceler tel un miroir laissé en plein soleil.

 

Surpris, Black porta son avant-bras devant ses yeux tandis que White regardait Lilhandra, totalement hébétée.

 

- Je suis la fée du Logis, ducon, alors ayez l’obligeance de prévenir Monsieur Latchuss que je l’attends ou bien je me verrais contrainte de vous métamorphoser en balais à chiottes ! … et ne me traitez plus jamais de vampire !

 

Sur ces mots, les ailes de la fae se replièrent dans un mouvement fluide et presque aussi vite qu’elles s’étaient déployées. Des murmures montèrent de la file d’attente. Au temps pour la discrétion se morigéna Lilhandra. Toutefois, elle était satisfaite d’avoir réussi à impressionner Black & White. La méthode Kévin combinée à elle de Terry était un plus indéniable lorsqu’il s’agissait de combat psychologique. Elle se promit d’ailleurs d’exploiter ce filon aussi souvent que possible. D’une part parce que cela faisait gagner du temps et ensuite parce qu’au bout du compte, elle s’était follement amusée.

 

Black & White avaient repris leurs postures de chien de garde. Le regard mauvais, Black sortit son téléphone portable de la poche intérieure de sa veste et malgré un geste tout ce qu’il y avait de plus minimaliste, Lilhandra aperçu tout de même la crosse d’une arme émergeant d’un holster de ceinture. Lilhandra émit un ricanement à peine perceptible. Des gardes armés ? Marat aurait-il des ennemis ? Comme c’est curieux !

 

Avant même qu’elle n’ait eu le temps de pousser plus loin sa réflexion, Black rengaina son téléphone à l’intérieur. Puis, ouvrant la porte, il invita Lilhandra à entrer d’un signe de tête. En lui passant devant, Lilhandra pouvait non seulement voir la colère dans ses yeux mais aussi la sentir comme si cette dernière était une nappe de vapeur étouffante. Pourtant, Black ne prononça pas un mot et se détourna d’elle derechef afin de reprendre son travail comme si de rien n’était alors qu’une musique métallique assourdissante semblait faire vibrer les murs.

 

L’intérieur du club n’avait rien à envier à sa façade. Les murs plaqués de panneaux de bois sombres étaient percés par des vitraux représentant orgies et bacchanales et derrière lesquels un système électrique diffusait une lumière vive atténuée par les couleurs primaires du verre. Une piste centrale au parquet marqueté accueillait une foule de danseurs bigarrés alors que des petits box isolés par de lourdes tentures pourpres longeaient et deux plus longs murs en se faisant face. Ouvertes, les tentures laissaient apparaître une large banquette recouverte par un velours épais à la couleur sombre indéfinissable, un guéridon de bois et de fer forgé où trônait généralement les consommations liquides ou solides de ses occupants tandis qu’une applique murale de style baroque diffusait une lumière tamisée. Une fois les rideaux fermés, ces box laissaient peu de place à l’imagination quant à leur usage dans un endroit comme celui-ci. Alors que Lilhandra tentait de trouver ses repères, un individu au costume sombre se planta devant elle en baragouinant des mots incompréhensibles à une compagne qu’elle ne pouvait voir puisqu’il lui bouchait totalement la vue. Tandis qu’elle le contournait pour aller vers ce qui lui semblait être un accès réservé au personnel, elle sentit des doigts puissants lui enserrer l’avant-bras. Avant qu’elle n’ait pu faire un geste, l’homme se pencha vers elle. Il lui fallut plusieurs secondes alors pour comprendre qu’il s’adressait à elle depuis le début. L’entraînant derrière lui, Lilhandra se faufila tant bien que mal entre les corps qui s’agitaient au rythme de la musique tandis que son éclaireur se mouvait avec une aisance un peu trop parfaite pour être humaine sans la lâcher une seule fois. Pourtant, elle sentait la paume chaude et moite de l’homme contre la peau de son bras. S’il n’était pas humain, au moins il n’était pas un vampire. Enfin, ils passèrent une première porte battante les isolant de la salle et qui menait, entre autre chose, aux cuisines et aux vestiaires du personnel puis une nouvelle porte battante s’ouvrait vers un petit couloir qui distribuait cette fois deux portes en bois finement ouvragé. L’homme se dirigea vers la première porte qui s’ouvrait sur un vaste bureau digne de celui d’un PDG.

 

- Je suis navré de n’avoir pu me présenter plus tôt mais avec un tel raffut difficile de faire autrement... Je suis Léonard Latchuss, l’associé de Marat.

 

- Et je suis ?

 

- Pardon ?

 

- Vous vous êtes planté devant moi puis m’avez attrapé et traîné derrière vous sans vous poser de question. J’aurais tout aussi bien pu être un saumon d’Alaska !

 

Un immense sourire étira les lèvres sensuelles de Léonard Latchuss. A bien y regarder, il n’y avait pas que ses lèvres qui étaient sensuelles. Toute sa personne évoquait le plaisir. Léonard devait friser le mètre quatre vingt, voir un peu plus. Son costume d’une facture élégante tranchait radicalement avec sa peau dorée et ses cheveux mi-longs savamment coiffés. D’un châtain plutôt soutenu, de fines mèches blondes soulignaient la coquetterie manifeste de Léonard. Enfin, sa voix chaude et suave était marquée par une pointe d’accent que Lilhandra de pouvait identifier.

 

- Je vous ai reconnue, Mademoiselle Young. Les descriptions de Marat sont toujours très précises et les caméras de sécurité ont eu le plaisir d’immortaliser une vraie fée dans toute sa splendeur. Mais rassurez-vous, ces images ne quitteront pas ces lieux, continua t’il tandis que je blêmissais.

 

D’un geste de la main, Léonard m’invita à m’asseoir dans un confortable fauteuil en cuire tandis qu’il contournait le bureau pour s’y installer.

 

- Alors, que puis-je faire pour vous, Mademoiselle Young ?

 

- Je suis chargée d’attendre Marat ici et prendre contact avec notre chef pour connaître les nouvelles consignes.

 

- Hmmm… Contrairement à moi, Marat ne loge pas ici mais il ne devrait plus tarder.

 

- Quel type de SurNats viennent dans votre club ?

 

- Principalement des oiseaux de nuit, Mademoiselle Young, répondit-il dans un sourire. Principalement des vampires et des humains, quelques sorciers peut-être. Vous êtes notre première fée.

 

- Je ne suis pas une cliente.

 

- Pour l’instant… Mais je manque à tous mes devoirs. Désirez-vous boire quelque chose ?

 

- Un coca light, si vous avez…

 

- Un coca light… Décidément, les femmes sont vraiment toutes les mêmes.

 

- … avec une larme de whisky, s’il vous plait.

 

- Ah… c’est déjà mieux, rétorqua t’il dans un large sourire. Ainsi, vous êtes la petite dernière de l’AFIS. J’ai cru comprendre que vous n’étiez jamais venue dans notre monde. La transition n’est pas trop difficile ?

 

Lilhandra saisit le verre que Léonard lui tendait puis, trempant ses lèvres dans la boisson, ferma les yeux quelques secondes.

 

- Si…

 

- A ce point ?

 

Lilhandra sursauta brusquement et rouvrit les yeux. Marat se trouvait devant elle tandis que Léonard avait quitté la pièce dans le plus grand silence. Contrairement à son habitude lui sermblait-il, Marat avait laissé tomber ses costumes élégants pour un jean noir et un pull-over noirs. Un long trench de cuir de la même couleur avait négligemment posé sur l’accoudoir du fauteuil qu’occupait Léonard quelques instants plus tôt. Quant à ses chaussures, coquées et ornées d’une fine plaque métallique gravée, elles n’avaient plus rien à voir avec les fines chaussures italiennes qu’elle l’avait vu arborer. Irritée d’avoir été surprise de la sorte, Lilhandra vida son verre d’une traite avant de le poser un peu brutalement sur un coin du bureau avant de sortir son portable de son sac.

 

- Kévin attend notre appel.

 

- Bonsoir, oui, je vais très bien, merci de vous en soucier, commenta Marat avec ironie.

 

- Je ne vous ai rien demandé !

 

- Non effectivement. Mais j’oublies toujours que la politesse et la courtoisie n’étaient pas l’apanage des fées.

- Je… commença Lilhandra en rougissant.

 

- N’en parlons plus. Je vous ai senti dès que je suis arrivé au club. J’ai donc déjà appelé Kévin. Nous devons le rejoindre immédiatement à Central Park. Léonard est parti chercher la voiture, c’est lui qui nous conduira.

 

- Vous ne conduisez pas ?

 

Le temps d’un battement de cils, Marat se retrouva derrière elle, trench sur le dos et les mains malaxant les épaules de la jeune fae.

 

- Pourquoi faire ? fit il en ricanant.

 

Lilhandra tenta de s’extirper du fauteuil mais la poigne d’acier du vampire la cloua contre le dossier. Puis, ses lèvres froides effleurèrent la pointe de son oreille pour glisser doucement vers le lobe avant de se refermer dessus. Sa main glissant lentement jusqu’à la gorge de Lilhandra, Marat s’enivra des battements désordonnés de son cœur. La jeune fille se mit à frissonner et aussitôt Marat se plaça à sa gauche, lui tendant le bras afin de l’aider à se lever.

 

- Nous y allons ?

 

Sans un mot, Lilhandra posa sa main sur le bras du vampire puis se redressa. Il ne lui ferait pas une seconde fois le coup du manque inné de savoir-vivre des faes.

 

- La prochaine fois que vous faites cela, je m’occuperais si bien de vous que vous tiendrez dans un cendrier…

 

Marat éclata de rire et plongea son nez dans l’opulente chevelure de Lilhandra.

 

- Si seulement tu pouvais mettre tes préjugés de coté, nous formerions un duo d’enfer…

 

Une dizaine de voitures équipées de gyrophares avaient envahis le parking du Wildlife Center, traçant dans la nuit une strie lumineuse, telle une guirlande de Noël. Léonard s’était garé un peu plus loin, et alors que Marat sortait du véhicule, Léonard contourna le véhicule puis ouvrit la portière et tendit sa main à la jeune femme.

 

- Soyez prudente.

 

- Merci. Je me manquerais pas de l’être, répondit doucement Lilhandra tandis que Léonard regagnait déjà la voiture et que Marat la rejoignait.

 

L’équipe était là au grand complet. Rachel occupait les cieux et tournoyait en réalisant des cercles chaque fois plus grands, Raven et Hannibal se concentraient sur le sort de localisation qu’ils étaient entrain de jeter et Matt était entouré d’une meute de loups comprenant facilement une cinquantaine d’individus. Kévin, de son coté, avait réussi à mobiliser une partie des forces de police du quartier et chargeait Lyl’Lee, Seamus et Angus de quadriller le périmètre du zoo à la recherche du moindre indice. Terry, toute de noire vêtue, se préparait pour une éventuelle intervention armée et emmagasinait dans son treillis armes de poing et munitions. Si l’on devait compter son katana ranger le long de sa colonne vertébrale et le semi automatique qu’elle tenait en bandoulière, elle devait bien peser dix kilos de plus que son poids initial. Enfin, Shon Nagura et deux techniciens du laboratoire s’apprêtaient à les accompagner pour le cas où des indices devaient être prélevés.

 

Marat et Lilhandra se dirigèrent tout droit vers Terry et Kévin. Ce dernier détailla Lilhandra des pieds à la tête avant de grogner quelque chose d’incompréhensible. Marat ne broncha pas et Lilhandra fit mine de ne rien entendre. La situation tendue ne s’accommoderait certainement pas à la pointe d’ironie qui signait habituellement l’humour de la fae. Terry, le visage crispé lui tendit une arme qu’elle ne reconnut pas immédiatement.

 

- Shon a modifié ton SIG. Il a remplacé la plupart des parties métalliques par un alliage à base d’argent pour amoindrir la nocivité du fer et il l’a ensuite totalement recouvert d’un vernis isolant à base de silicone. Toutes les parties lourdes ont été refaites avec la même céramique qu’utilise la NASA pour ses navettes spatiales ce qui rend ton arme bien plus légère tout en lui conservant sa puissance de tir. Tes munitions ont subi le même traitement, tu peux donc les toucher à main nue. Quant au holster, je l’ai fait faire sur mesure. Bienvenue au Croque-Monstres Show, ma belle !

 

Alors que Lilhandra haussait les sourcils, Marat l’informa que c’était ainsi que les flics surnommaient les interventions de l’AFIS. Ayant trouvé ça plutôt cool, Kévin avait gardé cette appellation.

 

Terry décocha à Lilhandra un sourire éclatant tout à l’aidant à enfiler le holster d’épaule. Lilhandra ne manqua pas de remarquer les fins entrelacs en relief marquant l’ouvrage et les rivets en argent ciselé maintenant les lanières. Un vrai travail d’orfèvre.

 

- Il est magnifique… balbutia Lilhandra tandis qu’elle rangeait son arme dans son nouvel étui.

 

- Etait-il nécessaire de le lui fournir ce soir ? Elle a des munitions en argent, je n’ai pas envie de me faire dégrouper parce qu’une débutante s’est loupée ! Et j’imagine que Marat et Matt penseront de même, ne serait-ce que pour la sécurité des loups ! lança Kévin.

 

- Et je doute que vous ayez envie d’annoncer au gouvernement Seelie qu’un des membres de la famille royale s’est fait descendre en pleine intervention parce qu’on n’a pas jugé utile de lui donner les moyens de se défendre… Je connais Lyssandre, cette mort ne sera qu’un prétexte pour mettre les Humains au pied du mur. Dois-je vous rappeler à quel point Lyssandre fait peu de cas des vôtres ? rétorqua Marat, doucereux.

 

- Putain de merde… OK ! Debbie Richard a disparu depuis moins de vingt quatre heures, nous avons peut-être encore une chance de la trouver vivante. Nous attendons que le sort de localisation du couple Houdini soit lancé et que l’aigle royal nous confirme le lieu. Notre groupe se chargera de sécuriser le périmètre en question et les loups de Matt pisteront Richard jusqu’à ce qu’ils la trouvent…

 

- Pourquoi pas d’ici ? demanda Lilhandra.

 

- A cause des autres animaux. Les loups ont un flair extrêmement développés et les effluves bestiales émanant du zoo leur compliquent les choses. Sans oublier qu’il y a eu pas mal de passages depuis hier. Les pistes ici sont loin d’être fraîches.

 

Tous se retournèrent d’un coup. Matt s’était approché silencieusement. Lilhandra scruta scrupuleusement son visage. Matt était nerveux, tendu et en colère. Mais ce qui mettait Lilhandra mal à l’aise avant tout, c’était la haine qui émanait de lui.

 

- Mes loups sont prêts.

 

- Quoi que l’on trouve, je compte sur ton statut d’Alpha pour maintenir l’ordre dans tes troupes.

 

Un grondement sourd monta de la poitrine de Matt.

 

- Ce n’est pas négociable, Dougan ! Soit tu tiens tes lycanthropes, soit toi et ta meute restez à l’écart ! Ce sont des civils ! Ils ne devraient même pas être là, bordel de merde ! Alors pas de grabuge !

 

- Je suis l’Alpha ! Ils m’obéiront ! gronda Matt d’une voix rauque avant de retourner vers la meute. Puis, il se déshabilla entièrement.

 

- Que fait-il ? murmura Lilhandra, perplexe.

 

- Il va se transformer. Même si sa lycanthropie le rend bien plus rapide que n’importe lequel d’entre nous, hormis Marat, il ne pourrait jamais suivre ses loups en restant humain. Encore moins se faire obéir d’eux.

 

Alors que Matt rejetait la tête en arrière et qu’un hurlement lugubre s’échappa de sa gorge, les muscles de son corps commencèrent à rouler sous sa peau. Celle-ci se mit à produire une sorte de surfactant visqueux lui donnant un aspect brillant. Soudain, un craquement sourd émanant de Matt se fit entendre. La douleur lui fit mettre un genou à terre mais il avait encore une allure humaine lorsque la peau de son dos se déchira le long de sa colonne vertébrale laissant jaillir par la saillie sanguinolente des plaques de fourrure noire. Petit à petit, le reste de son épiderme se craquela, cédant la place à une fourrure aux longs poils soyeux. Dans le même temps, son squelette se modifia de secondes en secondes, modifiant l’homme qu’était Matt en un animal faisant facilement un mètre vingt au garrot. Les muscles se plaquèrent d’eux-mêmes sur le squelette fraîchement modifié, bien plus volumineux alors même que Matt possédait déjà une musculature développée. La nuit ainsi que la position de Matt n’avait pas permis à Lilhandra de voir la transformation faciale qu’avait subi Matt mais après ce qu’elle venait de voir, elle n’était plus trop certaine d’en avoir envie. La transformation de Matt avait à peine duré plus de trois minutes, ce qui était hallucinant compte tenu des changements que son corps avait subi et du fait qu’il fallait en moyenne un quart d’heure pour qu’un loup-garou se métamorphose entièrement. Là où se tenait Matt quelques instants auparavant, un loup majestueux au profond regard jaune se dressait, à l’affût. Shon s’approcha de lui avec prudence. Lilhandra pouvait l’entendre murmurer des paroles apaisantes avant de le voir plonger sa main dans la fourrure sombre de l’animal. Puis, il plaça un collier émetteur autour du coup de l’Alpha avant de reculer tout aussi prudemment en prenant bien soin de ne jamais tourner le dos aux loups qui s’étaient rassemblés autour de leur chef. Un long hurlement déchira la nuit, suivi par ceux de la meute. Ils étaient prêts, trépignant d’impatience de retrouver enfin l’une des leurs.

 

Au même instant, un éclair aveuglant s’échappa d’entre les mains de Raven avant s’élever au-dessus de la cime des arbres et de s’immobiliser.

- Chef ! Le sort est prêt ! Je n’ai plus qu’à lancer l’ordre !

 

Kévin se tourna vers les Jarvis et leva les yeux au ciel. Rachel tournoyait toujours au-dessus d’eux, attendant le moment où le feu-follet émeraude qu’avait créé Raven lui indique le chemin à suivre.

 

- Vas-y ! maintenant !

 

Raven murmura quelques mots dans une langue ancienne et le feu-follet sembla s’animer. Il se mit d’abord à tourner sur lui-même pendant quelques instants avant de filer comme une flèche, laissant derrière lui une traînée de poussière lumineuse comme celles que laissaient les avions dans le ciel à la seule différence que celle-ci était d’un vert magnifique et semblait tout droit sortir de la baguette magique d’une des fées de Walt Disney. Au même instant, Matt se lança à la poursuite du sortilège, suivit de ses loups, déchirant les broussailles qui avaient la malchance de se trouver sur sa route.

 

Dans le ciel, Rachel fonça dans le sillage du sortilège comme si cette boule de lumière n’était rien d’autre qu’une proie. Il n’y avait plus qu’elle et cette boule de feu. Virevoltant entre la cime des arbres, évitant des branches de justesse, Rachel filait comme le vent sans plus tenir compte de la distance croissante qui la séparait de ses coéquipiers bipèdes et quadrupèdes. Elle serait la première sur les lieux mais surtout, elle y serait seule.

 

- Putain, je ne la vois plus ! grogna Kévin. Vous trois, en voiture ! On file le train à la meute.

 

A peine Marat et Lilhandra eurent-ils le temps de s’installer à l’arrière que le véhicule fit un bond en avant et fonça à toute vitesse. Après un quart d’heure de route ponctué de secousses accompagnées du bip régulier du traceur pistant Matt, la voiture retrouva Matt et ses loups au pied de Cherry Hill. Le feu follet vert stagnait au dessus des eaux sombres du Lake hésitant à piquer une tête dans l’eau pour rejoindre son objectif. Au-dessus du lac, Rachel continuait de tournoyer dans les airs, piquant de temps en temps vers le lac avant de redresser et retrouver la cime des arbres.

 

- Nagura ! Ramenez vos fesses à Cherry Hill et au trot ! J’ai besoin de vos spots et de votre science ! brailla Kévin dans la radio. Vous pouvez voler en rase-motte ?

 

- Pardon ?

 

- Vous êtes une fée, vous avez des ailes. Est ce que vous pouvez voler en rase-motte au dessus de l’eau ?

 

- Oui… Je pense que oui. Mais je n’ai pas les capacités visuelles d’un loup ou d’un vampire…

 

- Marat vous accompagnera.

 

- Je ne vole pas…

 

- Non mais vous lévitez. Vous devez certainement pouvoir combiner vos dons. Démerdez-vous ! termina Kévin en retournant vers le véhicule. Et il fout quoi, le yakuza !!

 

Terry, quant à elle, avait pris position et tenait en joue le lac, comme si le monstre du Loch Ness allait en surgir et qu’il lui fallait à tout prix le descendre. Statique, seul son regard mobile permettait de dire qu’il ne s’agissait pas d’une sculpture hyperréaliste de Ron Mueck. Peu importe le temps que cela prendrait, peu importe la douleur qui naîtrait dans ses bras ou dans ses cuisses ou encore la fatigue qui lui piquerait les yeux à force de trop fixer l’obscurité. Si une chose devait surgir du lac, elle la buterait.

 

Comme elle l’avait fait quelques heures plus tôt à l’entrée de l’Ivy Club, Lilhandra déploya ses ailes tandis que Marat se plaça juste devant elle, invitant Lilhandra à lui enserrer la taille de ses bras.

 

- Je ne pourrais jamais vous soulever, marmonna Lilhandra que cette position, un peu trop intime à son goût, mettait mal à l’aise.

 

- Je peux annihiler mon propre poids, et probablement le tiens, pour léviter mais je ne peux pas me déplacer. Contente-toi de nous mouvoir, princesse. Je me charge de voir ce qu’il y a à voir.

 

Avant même le premier battement d’aile, Marat et Lilhandra se trouvèrent à près d’un mètre au-dessus du sol. Puis, Lilhandra s’orienta vers le lac, un léger bruissement d’aile les accompagnant dans leur déplacement.

 

- Dirige-toi vers le centre du lac.

 

- Elle est là ! je sens qu’elle est là ! s’écria Lilhandra, tout excitée.

 

- Oui… Moi aussi, répondit Marat d’un ton lugubre. Rejoins la rive.

 

- Là ! Regarde ! Elle est là ! Je vois ses cheveux flotter ! Et regarde ses bras ! Elle essaye de se maintenir à la surface ! Il faut l’aider avant qu’elle ne coule !

 

- Je t’ai dit de retourner vers la rive !

 

- Marat ! Nous pouvons la sortir de là ! Tu es puissant, tu peux la sortir de l’eau ! Et moi je suis certaine de pouvoir tous nous ramener sur la terre ferme ! Alors pourquoi attendre !

 

Sur ce, Lilhandra descendit vers le miroir sombre, en direction de Debbie Richard sans tenir compte des protestations du vampire. Mais alors qu’elle venait de repérer la jeune femme, la scène l’interpella. Quelque chose clochait. Lilhandra ne savait pas combien pouvait mesurer Debbie Richard, mais il était clair que ses bras étaient bien trop écartés pour lui permettre de brasser l’eau.

 

- Putain, Lilhandra ! Fait demi-tour !

 

- Il y a un truc qui ne va pas. Tu vois quelque chose ?

 

- Tu n’aimeras pas ce que j’ai sous les yeux… Rentrons, ma belle. Il n’y a plus rien à faire pour elle.

 

Alors qu’il prononçait ces mots, Lilhandra était descendu suffisamment bas pour saisir enfin le sens des paroles de Marat. Ce n’était pas Debbie Richard dans son intégralité qui flottait au milieu du lac mais des morceaux de Debbie Richard, notamment sa tête, son torse et ses deux bras. Les divers morceaux du corps, éloignés les uns des autres de près d’un mètre au point de donner l’impression de voir la victime d’un écartèlement, flottaient sur les eaux noires telles des bûches abandonnées dérivant au grès du courant. La scène morbide arriva à son paroxysme lorsque la tête, du fait d’un léger mouvement d’eau, se mit à tourner lentement sur elle-même et dériva jusqu’à se retrouver coincée entre le torse et l’un des bras. Un violent hoquet souleva la cage thoracique de la jeune seelie et un flot de vomissure franchit ses lèvres tandis qu’un voile opaque se déroulait devant ses yeux. Sans trop savoir comment, ses pieds finir par toucher le rivage et deux bras puissants la soulevèrent pour l’asseoir sur la banquette arrière d’un véhicule de police. Une couverture recouvrit rapidement ses épaules. Lilhandra sentit plusieurs présences à ses cotés sans pour autant parvenir à les identifier. A travers les hurlements sans fin des loups et l’écho de ses tempes battues par la violence de son sang circulant dans ses veines, elle parvenait à peine à saisir quelques bribes de la discussion qui se tenait sous son nez. Le voile opaque qui avait envahit son champs de vision était encore plus dense, la maintenant dans un épais brouillard gris.

 

- Comment va t’elle ?

 

- Et bien… la dernière fois qu’elle a vu une tête rouler, c’était celle de sa mère. Je pense ne pas beaucoup me tromper en disant qu’elle est en état de choc.

 

- Et depuis quand êtes-vous diplômé en psychologie ? rétorqua Kévin.

 

- Depuis que je me suis fait gerber dessus, ironisa Marat avant de s’éloigner.

 

- Putain de vampire…

 

C’est alors que tout devint noir.

 

Par Kara LORIS - Publié dans : ROMAN
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