Terry était déjà couchée lorsque Lilhandra fut de retour à l’appartement. Allongée sur son lit, elle se remémorait le plan
d’action définit par Kévin. Il était clair que chaque membre de son équipe était apte à ce genre d’intervention mais elle s’en sentait tout bonnement incapable. Elle n’était pas faite pour
cela ! Son domaine, c’était les parchemins et les livres, le savoir et sa transmission. Même si elle avait réagit positivement aux différentes épreuves et entraînements menés par Terry, là
il n’était plus question de se faire la main… et la peur qu’elle ressentait était sans commune mesure. Elle avait beau essayer de se remémorer sa fin de soirée avec Léonard, rien n’y
fit.
Contre toute attente, elle avait obéi à Marat et s’était tenue hors de portée de Léonard. Comme promis, elle l’avait
rejoint dans son appartement au dessus du club. Elle avait eu droit à un cours de cuisine privé et s’était délecter du menu qu’ils avaient concocter ensemble. Durant ce laps de temps, elle avait
tout oublié : Kévin et ses plans casse-cous, Terry et son entraînement de commando, Matt et sa douleur d’avoir perdu un proche. Bref, elle avait passé une soirée très agréable et Léonard
avait même réussi à provoquer chez la fée quelques fous rires mémorables. Mais maintenant qu’elle était seule, tout ce qui avait été dit durant la réunion déferlait dans son esprit comme une lame
de fond.
Lilhandra attrapa Danaé qui était venue la rejoindre quelques minutes plus tôt et passa ses longs doigts dans son épaisse
fourrure. La chatte, tout à son aise, émit une série de ronronnements de grande satisfaction avant de mordiller le bout des doigts de la jeune femme.
- Ingrate, murmura Lilhandra tout en continuant pourtant à caresser l’animal.
Elle n’avait pas été surprise d’apprendre que Kévin ne l’avait pas incluse dans les interventions que se préparaient. Elle
comprenait parfaitement sa position et de toutes façons l’un comme l’autre savait qu’elle n’était pas encore prête. Mais elle ne s’était certainement pas attendue à ce qu’il lui avait demandé.
Certes, Marat l’accompagnerait et bien qu’elle aurait préféré la compagnie de Terry ou de Rachel, elle était heureuse de ne pas être totalement seule sur ce coup là…
Se levant d’un coup au point que Danaé, qui s’était endormie, émit un crachement de surprise, Lilhandra se dirigea vers la
salle de bains. Elle vérifia qu’Abbyss ne manquait de rien avant de se faire couler un bain. Puis, retournant vers sa chambre, elle ouvrit en grand son placard avant de porter son choix sur une
tenue ramenée de Sidh’Danaan, une fine combinaison pourpre sortie tout droit des soieries de Erin’tal, cité principale des Elfes et un corset-plastron de dentelle du même ton. Fouillant tout en
bas du placard, elle ressortie aussi une petite paire de spartiates et disposa le tout sur son fauteuil. Elle ôta enfin ses vêtements et se glissa dans le bain presque brûlant qu’elle venait de
se faire couler. Là encore, elle savourait avec délices la Magie Technologie des Humains. A Sidh’Danaan, les sources chaudes des cascades lactées étaient ce qu’il y avait de mieux pour se
détendre et les cavités rocheuses naturelles permettaient à chacun de se trouver un coin tranquille pour profiter de son bain. Mais aucun Seelie n’aurait eu l’idée d’amener l’eau chaude jusqu’à
la cité…
- Athanor ?
La surface du miroir de la salle de bains se troubla et le visage de l’avatar apparut.
- Que puis-je faire pour toi ?
- J’aimerais que tu me parles d’Alter Mundia et de ce qui s’y passe… La maison me manque de plus en plus…
Un sourire chaleureux étira les lèvres de l’Elfe.
- Je pensais bien qu’un jour tu aurais ce désir. J’ai bien mieux que cela…
Le visage d’Athanor disparut pour laisser place à un paysage qu’elle ne reconnaissait que trop bien : Galaan, le piton
rocheux qui marquait le début du territoire des sirènes et au-delà duquel nul pécheur ne devait s’aventurer. Puis, l’image se mit à bouger telle une caméra et enveloppa les alentours de
Sidh’Danaan. Pendant presque trois quart d’heure, Lilhandra put revoir sa cité et ses environs : le palais, qui semblait s’être vidé de la joie de vivre qui le caractérisait, le jardin des
Délices où une grande variété d’arbres fruitiers avaient été plantés pour le seul plaisir des papilles des Seelies le traversant et la Grande Apogée, l’équivalent sans doute de ce qu’était la
grande bibliothèque d’Alexandrie à son époque, et où se trouvaient la totalité du savoir seelie. Puis l’image remonta la grande promenade qui conduisait au forum et au marché public pour ensuite
se perdre dans le dédale des petites voies des quartiers résidentiels. Puis l’image devint floue et le visage d’Athanor réapparut.
- Par quel prodige le Mage a t’il pu faire cela ? murmura t’elle d’une voix rauque qui trahissait son
émotion.
- Il a toujours été fasciné par la Magie Technologie des Hommes. Il s’en inspire beaucoup pour créer de nouveaux sorts.
Celui-ci s’apparente à ce que les Hommes appellent caméra vidéo, sans le son malheureusement mais il me semble que c’est à l’étude. Apparemment cela t’a plu… Les images ont été capturées il y a
un peu plus d’une semaine, après Samain.
Pendant un moment, les deux SurNats discutèrent de leurs cités respectives et Athanor transmis à Lilhandra les quelques
informations qu’il avait pu obtenir sur le devenir des siens à Sidh’Danaan. Elle apprit ainsi que la plupart de ses amis avaient fini par être relâcher, faute de la preuve d’une quelconque
trahison envers la nouvelle monarchie et que Deneft, son maître scribe, le seelie qui lui avait tout appris de l’art des parchemins avaient trouver refuge dans la cité-forteresse de Brag-Nart,
chef-lieu des Nibelungen, les Nains du Nord. Quant à son cousin Mitrane et sa cousine Kaaly, les Elfes de la cité d’Actriis, informés par une seelie proche de l’ancien pouvoir, les avaient fait
officieusement sortir de Sidh’Danaan et leur avaient offert asile alors que leurs parents avaient été exécutés pour haute trahison. Mais sa plus grande surprise fut d’apprendre que Prentis, son
amant, celui à qui elle se destinait, avait rejoint les rangs de Lyssandre et était même devenu, pour l’heure, l’un de ses concubins. Devant la déception plus que visible de la fée, Athanor
préféra garder le silence.
- Athanor… J’ai besoin d’un conseil, commença Lilhandra au bout d’un moment. J’ai une mission très particulière à
effectuer. J’ai pour cela besoin de me rapetisser mais ici, j’ai de grande difficulté à me maîtriser et il se trouve que je vais devoir traverser une canalisation de plusieurs mètres faite de
métal toxique.
L’avatar fronça les sourcils.
- Quel genre de mission ?
- Un cambriolage…
Devant la mine déconfite de l’Elfe, Lilhandra entreprit d’informer Athanor des grandes lignes de l’enquête en cours et de
l’importance du rôle de l’agence pour arrêter un dangereux SurNat. Elle lui expliqua ensuite les détails de l’opération que Kévin avait mis au point et l’importance qu’il attachait à la réussite
de cette mission. Au fil de son histoire, le visage de l’avatar se décomposa.
- Si c’est une plaisanterie, Princesse, elle est loin d’être drôle ! Un cambriolage ! Avec un vampire en
plus ! Ton art, c’est le parchemin, pas le baroud !
Visiblement, Athanor ne désapprouvait pas seulement son coéquipier de mission mais toute l’opération.
- C’est pour cela que j’ai besoin des conseils de ton créateur !! Je ne tiens pas à y laisser mes
ailes !
- Je vais voir ce que je peux faire… Mais ne t’attends pas à ce que le Mage approuve ce que tu t’apprête à faire… S’il peut
t’en empêcher, il le fera…
- Merci Athanor.
Athanor la salua un bref hochement de tête puis son visage disparut derrière un voile de brume. De nouveau, la surface du
miroir se troubla avant de reprendre, cette fois, son aspect d’origine.
Perplexe, Lilhandra s’enfonça davantage dans l’eau jusqu’à ce que la mousse lui chatouille le menton. Mais qu’est ce qui
était passé par la tête de Kévin pour lui faire jouer les monte-en-l’air ! D’accord, avec Marat, elle était la seule à pouvoir défier l’apesanteur et c’est d’ailleurs pour cela que Kévin
avait décrété que c’était ce dernier qui devait l’accompagner et personne d’autre. Mais de là à cambrioler les bureaux du SRIS !