Il était près de 14 heures lorsque Terry fit irruption dans la chambre de Lilhandra. Danaé, qui avait pris l’habitude de dormir avec
la fée, s’étira longuement avant d’entamer une toilette légère et de filer vaquer à quelques obscures occupations félines.
- Lilhandra… murmura Terry.
- Hmmm…. Quoi…. Il est temps ? demanda la fée d’une voix éteinte.
- Non. Mais je dois prendre des dispositions pour ce soir. Ne m’attends pas, je serais absente tout le reste de la journée. Marat
viendra te chercher directement ici. Tiens-toi prête, le soleil se couche à 21h37 ce soir.
La jeune fée, dont seules quelques mèches violettes dépassaient de sous la couette, émis un grommellement signifiant qu’elle avait
entendu avant de s’enfoncer davantage dans son lit.
- Soit prudente… souffla Terry avant de sortir de la pièce.
- Toi aussi… répondit Lilhandra.
Trois quart d’heure plus tard, la fée émergea finalement de sous la couette. Après un petit tour express dans la salle de bains,
Lilhandra s’octroya un solide petit déjeuner. Le plateau chargé d’une grande tasse de café, de muffins, de pancakes au miel et de fruits, Lilhandra se posta devant la télévision. Il lui restait
quelques heures à tuer avant que Marat ne vienne la chercher et elle espérait bien en profiter pour se reposer. Attrapant le plan du bâtiment, Lilhandra suivit du doigt encore une fois le chemin
qu’il lui faudrait parcourir. 27 mètres dans une gaine d’aération, ça pouvait paraître peu, mais lorsque l’on fait à peine une quinzaine de centimètres, cela prend vite l’aspect du parcours du
combattant d’autant que si elle entrait en contact avec les parois, s’en serait fini d’elle. Pour cela, elle avait sollicité l’aide du créateur d’Athanor.
Sa mission était simple tout en étant dangereuse. Il lui fallait traverser la gaine d’aération, totalement métallique comme par
hasard, pour aller dans la salle où se trouvait l’unité centrale du SRIS. Mission uniquement rendue possible par la taille des gaines, 30 cm de largeur, 20 de hauteur et parce que les grilles les
refermant étaient toutes en plastique, réduction budgétaire oblige. Depuis l’épisode du chat, Kévin avait gardé en tête le fait que Lilhandra pouvait se faufiler presque partout et il ne s’était
pas gêné pour lui demander cette faveur. Ce que vous pourriez trouver de plus gros là-dedans est de l’ordre d’une souris, vous devriez pouvoir en venir à bout sans problème. Je
compte sur vous. Ben voyons ! Une souris ! Comme si elle avait l’habitude de descendre dans l’arène combattre des rongeurs ! Lilhandra esquissa une grimace puis se concentra
de nouveau sur le plan. Une fois arrivée au bout de la gaine, un sort de propulsion devrait suffire pour faire basculer la grille de l’autre coté. Il ne lui resterait plus qu’à ouvrir la porte de
la salle informatique à Marat qui se chargerait du reste, les serrures électriques n’étant codées qu’à l’extérieur. Le but de cette opération : récupérer certaines informations sans laisser
la moindre trace et filer.
Ayant fini jusqu’à la dernière miette de son petit déjeuner, Lilhandra se débarrassa du plateau sur un coin du bar puis se dirigea dans sa chambre, laissant Danaé ronronner au rythme de
MTV.
Alors qu’elle vérifiait une dernière fois ses vêtements, son attention fut attiré par un objet oblong déposé bien en évidence aux
pieds du miroir à paroles. Ce qui semblait être un médaillon disposait d’un tour de cou rigide, comme les précieux bijoux magiques qu’avaient l’habitude de porter les Elfes. Prudemment, Lilhandra
le disposa autour de son cou. Le médaillon entièrement en argent ciselé représentant des armoiries elfiques, trouva sa place au milieu de sa poitrine. A peine le bijou avait-il touché sa peau
qu’il se fixa à son corps, lui ceignant la taille et le cou à l’aide de tresses d’argent semblant sortir de nulle part. Lilhandra avait déjà vu des gravures de ce genre de médaillons dans La
Précieuse Histoire Elfique, un livre plus que centenaire écrit par l’un de ses prédécesseurs de la Grande Apogée. Ces médaillons étaient, à la base, destiné à repousser les sorts d’attaques les
plus courants en créant une sorte d’aura magique autour de son propriétaire. Il ne faisait aucun doute que le Mage en avait détourné la fonction. Lilhandra exerça une pression sur le médaillon et
celui, rétractant ses tresses argentées, tomba lourdement sur le sol.
- Merci Athanor, murmura t’elle en le ramassant et en le déposant avec ses vêtements.
Alors qu’elle était sur le point d’aller se laver, son portable se mit à sonner. Un coup d’œil rapide lui apprit qu’il s’agissait de
Léonard. Léonard. C’était autant à cause de la mise en garde de Marat que par fidélité à Prentis qu’elle avait refusé de terminer la soirée avec lui la dernière fois. Leonard est un prédateur
aussi dangereux que moi, dans un autre registre. La phrase de Marat ne cessait de tourner en boucle dans sa tête depuis. La soirée qu’elle avait passé avec Léonard avait été parfaite jusqu’à
ce qu’elle se souvienne des étranges sensations qu’elle ressentait à chaque fois qu’il la touchait. Et elle avait le sentiment qu’il n’était question que de désir. Une boule d’amertume se forma
au fond de sa gorge et elle reposa le téléphone sur son bureau. Il fallait peut-être mieux ne pas répondre pour l’instant et rester concentrer sur la mission qu’elle devait
accomplir.
Après une douche rapide, Lilhandra enfila ses vêtements et ses spartiates. Tant pis si les codes vestimentaires seelies n’avaient
strictement rien à voir avec ceux des Humains. Elle avait besoin de se sentir à l’aise. Fixant une petite bourse de velours au bas de son corset, elle y fit glisser le médaillon elfique. Puis,
avec des gestes sûrs, elle déverrouilla les sceaux magiques du tube de régénérescence d’Abbyss et se saisit de l’épée à pleine main. Au repos depuis son arrivée dans le Monde Premier, Abbyss
étincelait de mille feux comme si elle venait juste d’être forgée. Lilhandra la glissa dans son fourreau dorsal. Puis elle sortit son holster d’épaule ainsi que son SIG. Pas question non plus
qu’elle parte en mission sans arme. Les Humains appellent cela de la paranoïa, dans son cas, ce n’était que de la prudence…
- Athanor ?
Le miroir à paroles se voila et le visage de l’Elfe apparut.
- Lilhandra, répondit-il en la saluant d’un hochement, le visage fermé.
Elle avait bien conscience qu’il n’était qu’un avatar et qu’il reflétait avant tout les émotions de son créateur, mais elle eut du mal
à regarder l’Elfe droit dans les yeux. Fixant son regard sur le plastron militaire de l’avatar, elle déglutit avant de se lancer.
- Je tenais à te remercier pour le médaillon. J’ai bien conscience de son importance pour la famille du Mage, j’ai reconnu les
armoiries des Trynn gravées dessus. Je te promets d’en prendre le plus grand soin.
- Ainsi tu as reconnu le blason des Trynn… fit Athanor d’une voix douce. Ce médaillon n’appartient pas au Mage et il ne s’agit pas
d’un prêt mais d’un cadeau. Mais, ce n’est pas pour le remercier que tu m’as convoqué, je me trompe ? Tu as de peur, n’est ce pas ?
- Oui…
- Il est encore temps pour toi de faire marche arrière.
- Je ne peux pas, Athanor. Il y a un SurNat extrêmement dangereux dans la nature, il tue les nôtres et les dévore pour s’approprier
leurs pouvoirs. Si nous ne l’arrêtons pas, qui le fera ?
- Alors je ne peux que te souhaiter bonne chance et t’offrir ceci.
Athanor tenait dans la paume de sa main une petite sphère de cristal. Il prononça quelques paroles dans une langue que Lilhandra ne
comprit pas, de l’Elfe Ancien, probablement. La sphère disparut de la main d’Athanor pour apparaître aux pieds de la fée.
- Prends-la avec toi.
- Qu’est ce que c’est ? demanda Lilhandra.
- Cela n’a pas encore de nom mais c’est avec cela que le Mage a capturé les images de Sidh’Danaan pour te les offrir. Il te suffit de
la projeter en l’air pour l’activer. Elle te suivra comme ton ombre et capturera toutes les images autour de toi.
- Merci, murmura la fée, touchée par le geste de l’avatar.
Brusquement, Athanor se raidit comme aux aguets.
- Ce doit être le moment. Il y a un cadavre sur ton balcon.